ROME, 3 mars (IPS) – Environ cinq millions d’enfants en dessous de cinq ans meurent de malnutrition chaque année dans le monde en développement. L’aide alimentaire – qui contient essentiellement des farineux faibles en nutriments – intervient peu pour faire face à l’absence d’un régime varié qui pourrait prévenir cette condition.
L’organisation d’aide humanitaire Médecins sans frontières (MSF) est par conséquent en train d’encourager des décideurs à accroître la sécurité alimentaire et à améliorer la qualité de l’aide alimentaire qui nourrit les personnes affamées dans le monde. Toutefois, pour combattre la malnutrition dans le long terme, les gouvernements africains doivent investir dans l’agriculture à petite échelle afin de créer l’autonomie alimentaire. Plus de 20 millions d’enfants souffrent de malnutrition grave et aiguë dans le monde en développement. La moitié des 9,7 millions de décès des enfants en dessous de cinq ans chaque année sont causés par cette condition, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Il faudra cinq milliards de dollars chaque année pour nourrir les enfants en dessous de trois ans dans des pays en développement, a déclaré MSF. La malnutrition est non seulement provoquée par un manque de nourriture, comme on le suppose généralement, mais également par une mauvaise qualité nutritionnelle. Elle est particulièrement dominante dans les zones telles que la région du Sahel, où des enfants ont peu d’accès à une variété de régime qui contient une variété de minéraux, de protéines et de vitamines. Dans beaucoup de pays en développement, des familles doivent se nourrir à base de féculents, tels que le maïs, le millet et le sorgho. “Cela montre que l’Objectif du millénaire pour le développement (OMD) 1, qui est de réduire de moitié la pauvreté et la faim d’ici à 2015, et l’OMD 4, qui veut réduire la mortalité infantile de deux tiers d’ici à 2015, sont fortement liés. La faim influence directement des niveaux de mortalité infantile”, a indiqué Huub Verhagen, chargé de programmes de MSF. “Pourtant, la malnutrition est mondialement peu reconnue comme un problème et n’est même pas spécifiquement mentionnée dans le document des OMD comme l’une des causes de la mortalité infantile”, a-t-il ajouté. Fournir toute sorte de nourritures pour remplir l’estomac des populations affamées n’est pas pourtant suffisant pour résoudre le problème. L’aide alimentaire a besoin d’être variée pour constituer une base nutritionnelle saine afin que ceux qui ont souffert de la faim renforcent leur énergie, prennent du poids et reconstruisent les muscles de manière saine. Mais la plupart de l’aide alimentaire actuellement, envoyée vers les régions où la faim et la pauvreté sont élevées, est constituée des produits lourds en hydrate de carbone et des produits à base de céréale, faibles en protéines et en vitamines, développés il y a plus de 30 ans. “Ces produits à base de céréale sont complètement de qualité inférieure parce qu’ils manquent de vrais nutriments et protéines dont ont besoin les personnes sous-alimentées”, a expliqué Verhagen, suggérant que les gouvernements et les agences d’aide investissent plutôt dans des aliments thérapeutiques nouvellement développés et prêts à être consommés, qui sont spécialement fabriqués comme des repas hautement nutritifs pour aider les personnes qui souffrent de la malnutrition à se rétablir rapidement. Aide alimentaire de qualité inférieure Dans une large mesure, la question de la faim et de la malnutrition au sein des pays africains reste non résolue du fait de raisons politiques, a poursuivi Verhagen, parce que les gouvernements sont réticents à reconnaître l’ampleur du problème et ne sont pas prêts à investir dans l’aide alimentaire parce que “l’alimentation est une question politiquement sensible”. “La faim est souvent un problème qui ne semble pas financièrement réglable, alors des gouvernements essayent de tirer le rideau sur lui. Ils ne veulent pas attirer l’attention mondiale sur le fait qu’ils sont incapables de nourrir leur population”, estime-t-il. Le gouvernement nigérian, par exemple, a interdit à MSF de travailler sur la malnutrition dans ce pays. Pourtant, en fin de compte, la faim et la malnutrition ne sont pas évitées en fournissant une aide alimentaire de haute qualité aux personnes affamées, mais en permettant aux gens de se nourrir – à travers de gros investissements dans l’agriculture locale. “L’aide alimentaire est une forme d’assistance d’urgence nécessaire, mais elle devrait aller au-delà d’une solution de réparation rapide”, a ajouté Verhagen. “Nous devons développer des politiques à long terme et économiques pour attaquer le problème de la malnutrition et de la faim”.
Malheureusement, cela n’a pas été le cas au cours des deux dernières décennies. “Il y a eu une grande baisse de l’allocation de financement à l’agriculture, malgré le fait qu’il y a plus d’un milliard de personnes affamées dans le monde”, a affirmé Laurent Thomas, directeur de la division des opérations d’urgence et de réhabilitation de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). “La malnutrition est devenue une urgence chronique”, a ajouté Thomas, indiquant qu’il faut annuellement 30 milliards de dollars pour combattre la faim dans le monde, “mais cet investissement n’a pas été fait”. Urgence chronique Il y a eu peu de progrès dans l’augmentation du soutien pour l’agriculture, notamment pour les petits paysans dans les pays en développement, et aucune amélioration dans l’accroissement de la production alimentaire, a-t-il expliqué, tout en soulignant le fait que “cela a besoin d’être l’intervention principale et partagée par tout le monde si nous voulons réduire la faim”. Pio Wennubst, représentant permanent adjoint de la Suisse à la FAO, au Fonds international pour le développement agricole (FIDA) et au Programme alimentaire mondial (PAM), est d’accord avec Thomas. “Des programmes comme le PAM, ne sont pas en réalité faisables parce qu’ils amènent de la nourriture dans des pays d’une manière très chère. Cet argent pourrait être par contre investi dans l’agriculture afin que les gens puissent cultiver et manger des aliments localement produits”, a souligné Wennubst. Les programmes d’aide internationaux doivent inclure des clauses qui aident les pays en développement à protéger leurs agricultures locales, particulièrement l’agriculture à petite échelle, et de les rendre durables, a-t-il poursuivi. Plus de 80 pour cent des terres agricoles à travers le monde sont exploitées par de petits paysans qui possèdent chacun moins de deux hectares de terre, selon le FIDA. Mais ces paysans, qui sont essentiellement des femmes, n’ont généralement pas l’accès à l’irrigation, à l’infrastructure et aux marchés pour écouler et vendre leurs produits agricoles. En outre, à cause de la discrimination de genre, les femmes sont fréquemment incapables de posséder la terre et d’accéder aux crédits et aux ressources. Par conséquent, leurs rendements sont limités et leurs ventes faibles. “L’agriculture à petite échelle a un visage de femme”, a affirmé Annina Lubbock, une conseillère technique principale au FIDA sur le genre et la sécurité alimentaire du ménage. “Les femmes produisent 60 pour cent à 80 pour cent de l’alimentation mondiale, pourtant leur travail reste largement inconnu”.
“Paradoxalement, la plupart des gens affamés sont ceux qui produisent la nourriture”, a admis Thomas. “Pour faire face à la cause première de la crise alimentaire, nous devons appuyer les agriculteurs à petite échelle et les propriétaires de bétail”.
Les gouvernements et les agences d’aide ont besoin de mettre en œuvre des politiques et programmes à long terme visant l’augmentation de la capacité de production des paysans, a-t-il demandé. “La bonne nouvelle est que la récente crise alimentaire a élevé la conscience internationale renouvelée autour de l’importance de la production des aliments locaux plutôt que de se focaliser simplement sur la construction des filets de sécurité”.

