ANTANANARIVO, 29 jan (IPS) – Une journée ville morte a été décrétée ce jeudi à Antananarivo, la capitale de Madagascar, par Andry Rajoelina, le maire de la ville. Le mouvement a été massivement suivi car peu de bureaux et de magasins sont ouverts, et toutes les écoles sont fermées depuis deux jours.
“Peu de bus travaillent en cette journée. La capitale n’a jamais connu un tel calme”, déclare à IPS, Marie Ratovonirina, une épicière dans le centre-ville qui a dû fermer son magasin tôt le matin faute de clients.
La tension politique, survenue à Madagascar au début de cette semaine, a fait une centaine de morts dont 60 dans la capitale seule, selon le chiffre officiel communiqué par la gendarmerie nationale.
Ces nombreuses victimes ont été recensées après deux journées sanglantes caractérisées notamment par des pillages et incendies des magasins dans plusieurs villes de l’île. Dans la capitale, qui compte le nombre le plus élevé de morts, la plupart sont des victimes ont été prisonnières des feux des incendies provoqués sur 23 centres commerciaux. «On a trouve 39 corps inertes sous les décombres d’un seul centre commercial», affirme le colonel Jaona Andrianaivo, chef de corps des pompiers à Antananarivo.
Par ailleurs, Toamasina, un chef-lieu de province dans l’est du pays, recense 36 morts tandis que Toliara, dans le sud, en compte 19, et deux morts à Sambava, une ville du nord-est. Cette situation meurtrière est la suite de la grève générale organisée lundi par Rajoelina, maire de la ville d’Antananarivo et ses partisans. Ils dénoncent l’absence de la liberté d’expression et accusent le gouvernement d’être un régime dictatorial.
En effet, les stations radio et de télévision ‘Viva’ appartenant au maire ont été fermées, ce qui a déclenché la colère des Tananariviens. Cette colère a dégénéré, provoquant la mise en feu des stations audiovisuelles appartenant à l’Etat et au président malgache, Marc Ravalomanana.
En visitant les lieux du drame mercredi, le chef de l’Etat a promis une réhabilitation rapide des immeubles ravagés. «Je vais envoyer l’avion Air Force One en Afrique du Sud pour chercher tous les matériels nécessaires», a-t-il déclaré devant des journalistes. Toutefois, une autre de ses déclarations a surpris tout le monde. “Deux mandats d’arrêt sont lancés contre Rolland Ratsiraka, ex-maire de Toamasina et le général Dollin Rasolosoa, directeur de cabinet du maire Andry Rajoelina. C’est eux les sources de cette tension”, a-t-il affirmé, sans rien indiquer sur le sort du maire lui-même. De son côté, le maire rejette la déclaration du président, affirmant que des individus ont été payes pour semer des troubles dans la capitale. Aussi a-t-il voulu changer de tactique en organisant une ville morte ce jeudi. “Nous allons reprendre la manifestation samedi”, a ajouté Rajoelina.
Pour l’instant, aucune perspective de dialogue n’est en vue car les deux parties campent sur leurs positions respectives malgré l’appel des organisations de la société civile, des chefs religieux, du groupement du secteur privé et des représentants des missions diplomatiques accréditées dans ce pays de l’océan Indien. Des ambassadeurs ont déjà lancé un appel au dialogue dans un communiqué lu à la presse mardi et qu’ils ont renouvelé mercredi. Monseigneur Augusto Kasuja, représentant du Vatican et doyen du corps diplomatique, a lu le communiqué, indiquant que la communauté internationale regrettait le manque de dialogue devant des innombrables dégâts humains et matériels. «Nous demeurons préoccupés par la situation», a-t-il dit.
En attendant le retour du maire et de ses partisans sur la place du 13 mai, la vie quotidienne reprend petit à petit dans la capitale malgache. Mais ces derniers jours, la vie est devenue pénible pour les ménages, avec l’insuffisance ou la pénurie de denrées alimentaires. L’huile, le sucre et le sel sont introuvables depuis trois jours. Le ravitaillement en ces produits est très difficile”, se plaint Nadine Ralaivao, une commerçante grossiste.

