POLITIQUE-RD CONGO: 4.000 soldats rwandais contre quelques dizaines attendues!

KINSHASA, 22 jan (IPS) – Le petit espoir que la population du Nord-Kivu a fondé sur la signature de la paix les 16 et 17 janvier 2009 entre le gouvernement congolais et certains groupes de rebelles dissidents, vient de s'effriter à cause d'une nouvelle entrée, cette fois officielle, de quelque 2.000 soldats de l'armée rwandaise dans la localité de Kibumba, à 35 km au nord de Goma, mardi.

Mais ce chiffre est passé à environ 4.000 soldats rwandais entrés dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), et a été confirmé à IPS mercredi à Kinshasa, la capitale congolaise, par Jean Paul Diestrich, le porte-parole militaire de la Mission des Nations Unies au Congo (MONUC). Le nombre des soldats serait passé à plus de 6.000 jeudi, selon certaines sources.

Des analystes comme Emmanuel Kabongo, auteur de plusieurs livres sur la situation de la RDC, estiment que “la présence des troupes rwandaises sur le sol congolais a toujours eu un mauvais augure pour la population qui n'est pas prête à oublier de nombreuses exactions et violations des droits de l'Homme dans lesquelles le Rwanda est impliqué en République démocratique du Congo, particulièrement depuis 1994”.

Pour justifier cette présence des forces rwandaises, les informations données par le gouvernement ne rassurent ni la population ni les politiques qui ont parlé à IPS, notamment à cause du caractère changeant et contradictoire desdites informations. Dans un premier temps, Lambert Mende, ministre congolais de la Communication et des Médias, qui est en également le porte-parole du gouvernement, a exprimé lui-même sa surprise face au grand nombre des militaires rwandais, indiquant qu'il s'attendait “seulement à quelques officiers instructeurs pour venir appuyer la Mission des Nations Unies au Congo”. Ensuite, il est revenu sur ses propos, sans faire allusion au nombre, disant qu'”il s'agit de quelques éléments militaires de l'armée rwandaise invités par le gouvernement pour appuyer une mission d'observation de la paix aux côtés de la MONUC et non pour combattre les milices hutu des FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) comprenant des rebelles hutu rwandais au nombre desquels des 'interahamwe' (anciens responsables du génocide de 1994)”, comme affirmé par certains analystes.

Mercredi, 21 janvier, le même ministre a finalement reconnu que “les troupes rwandaises invitées par le gouvernement sont venues participer à une opération de désarmement forcé des rebelles rwandais qui ont leurs bases arrières en RDC pour les rapatrier au Rwanda”, ajoutant que “cette mission durera entre 10 et 15 jours”. Mais “ceci est techniquement impossible quelles que soient la haute connaissance et la technique qui pourraient être mises en jeu à cet effet” a dit à IPS, Ernest Kyaviro, député national et membre de la Alliance pour la majorité présidentielle (AMP). A Goma et à Kinshasa, la peur de la population va grandissante après que les déclarations du ministre ont été contredites par la MONUC qui a nié “avoir été informée ou associée aux opérations en cours”.

André Bofasa, député national et membre de l'opposition, rappelle une “autre entrée officielle des troupes rwandaises sur le sol congolais lorsqu'elles accompagnaient les rebelles de l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) sous la direction de Laurent Désiré Kabila qui a renversé le régime de feu maréchal Mobutu le 17 mai 1997”. Bofasa a peur que ces troupes rwandaises “se comportent exactement comme en août 1998 lorsque refusant de regagner leur pays, elles ont lancé un assaut militaire sur Kinshasa et sur la partie est de la RDC, et contribué à la création d'une nouvelle rébellion – “Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD/Goma) dont le siège était installé à Goma” – contre le régime de Laurent Désiré Kabila.

L'adhésion soudaine et inconditionnée du rebelle Laurent Nkunda à ces opérations est un autre élément qui inquiète. Selon Bertrand Bisimwa, porte-parole de Nkunda, “il n'y pas de raisons d'empêcher les troupes de l'opération conjointe de passer sur le territoire que nous contrôlons pour traquer la rébellion hutu rwandaise”.

Ce sont plutôt des factions dissidentes du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et du Parti des résistants congolais (PARECO), qui ont signé le récent accord de paix avec le gouvernement congolais à Goma. “Que peuvent bien cacher ces subites alliances alors que l'on connaît bien que Nkunda a toujours été militairement et logistiquement été soutenu par le Rwanda?”, s’interrogent certains habitants de Goma, parmi lesquels Morreau Shamba, avocat et défenseur des droits de l'Homme. Pour Morreau, “le gouvernement devrait davantage informer la population congolaise sur tous ces brusques changements d'attitudes de part et d'autre des forces militairement opposées il y si peu de temps”.

“L'inquiétude réside aussi dans le manque de préparation des mécanismes de protection des populations civiles tout au long de ces opérations”, déclare Kyaviro, pour qui “il sera difficile de savoir qui est rebelle et qui ne l'est pas dans des cités où ces rebelles cohabitent avec des civils et dans des cas où des civils seraient utilisés comme des boucliers humains”.

Les Congolais attendent donc plus d'informations sur ce que viennent faire exactement ces troupes rwandaises sur leur sol et sur la date probable de leur retour dans leur pays. Pendant ce temps, le président Joseph Kabila a réuni mardi, dans son cabinet à Kinshasa, un groupe d'ambassadeurs des pays membres du Conseil de sécurité des Nations Unies et de l'Union africaine pour échanger “sur la situation sécuritaire, humanitaire et militaire” du Congo, selon Alan Doss, représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en RDC, qui a parlé aux journalistes au nom de la délégation.