KAMPALA, 21 jan (IPS) – Dix ans de négociations sur un nouveau protocole régissant une utilisation partagée du fleuve Nil sont en suspension dans la balance, avec l’Egypte et le Soudan refusant d’abandonner leur pouvoir actuel sur la quantité d’eau utilisée par des pays plus loin en amont.
Le présent accord interdit aux pays en aval d’utiliser les eaux du Nil au-delà d’une courbe convenue, et donne à l’Egypte des pouvoirs de contrôler le courant à des points clé.
“Les technocrates avaient élaboré tous les papiers administratifs en vue d’un bon protocole, mais les politiciens ont jeté un bout de papier sans tache dans la boue”, affirme le professeur Afuna Aduula, président du Forum pour le traité sur le bassin du Nil, un consortium d’organisations de la société civile examinant des questions le long du plus long fleuve du monde. La clause dans le nouvel avant-projet qui a causé l’impasse est l’article 14b, concernant la sécurité de l’eau. L’utilisation de l’eau par des pays en amont a été longtemps limitée par les termes de l’accord colonial signé en leur nom par la Grande-Bretagne en 1929, et homologué de nouveau en 1954.
Le bassin du Nil compte une population de 160 millions d’habitants dans une région de 3,1 millions de kilomètres carrés – dont 81.500 km2 de lacs et 70.000 km2 de marécages, selon des statistiques de l’Initiative sur le bassin du Nil, un organe créé par les Etats riverains du Nil avec un financement de plusieurs donateurs pour harmoniser la politique sur le Nil.
Au cours des années, les niveaux de l’eau dans le lac Victoria, une source importante en eau pour le Nil, sont en baisse. Les niveaux d’eau en 2008 étaient 2,5 mètres plus bas que trois années plus tôt. On croit que cela est dû à une combinaison de facteurs, y compris une pluviométrie en baisse et une utilisation accrue – et cela est en train de causer une panique au sein des Etats qui partagent le Nil. Les 10 pays partageant le fleuve conformément à l’Initiative sur le basin du Nil sont en train de négocier, au cours des 10 dernières années, un nouvel accord-cadre pour gérer l’eau du fleuve. Ces pays sont le Kenya, le Burundi, le Rwanda, la Tanzanie, l’Erythrée, l’Ethiopie, le Soudan, l’Egypte, la République démocratique du Congo (RDC) et l’Ouganda. L’article 6 du Cadre de coopération du bassin du Nil parle de protection et de conservation du bassin et de son écosystème. Et des écologistes considèrent cela comme un évènement marquant pour maintenir les niveaux de l’eau à partir d’un bassin hydraulique plus large alimentant le lac. Mais Frank Muramuzi, de l’Association nationale des professionnels de l’environnement de l’Ouganda, estime qu’une impasse pourrait saper les activités régionales de conservation et de développement conformément à l’Initiative sur le bassin du Nil. Il pense qu’un nouveau protocole garantirait aux pays comme l’Egypte et le Soudan plus de l’eau.
“Ce protocole établirait un cadre pour une utilisation durable des ressources en eau du fleuve Nil”, affirme Muramuzi. Mais si le statut quo demeure, les eaux du lac Victoria, le principal réservoir pour le Nil, continueront par baisser et des ruptures peuvent donner lieu à des conflits, ajoute-t-il. Le traité en discussion actuellement comprend également cinq autres clauses importantes qui ont généré un vif débat dans des négociations précédentes. Il s’agit de l’article 4, qui demande une utilisation équitable et raisonnable des eaux du Nil, de l’article 5 (prévention des dommages causés aux eaux), de l’article 6 (protection et conservation du bassin et de son écosystème) et de l’article 8 (un consentement préalable clair avant l’utilisation des eaux). L’Egypte et le Soudan qui ont une terre déserte vaste, se sont opposés au traité, craignant qu’il les isolerait des eaux du Nil. Dans le nouveau document, la clause 4b concernant un consentement préalable approfondi a été amendée après que le Kenya, la Tanzanie et la RDC ont poussé à sa modification en “informations concernant des mesures planifiées”.
Ce nouveau terme demande une vérification du traité de 1929, qui exigeait que les Etats riverains obtiennent une autorisation avant d’utiliser les eaux du Nil. Ce document prévoit plus loin la création d’une Commission pour le bassin du Nil, avec son siège à Entebbe, en Ouganda. La décision sur la question demeure actuellement en suspens parce que les négociateurs ont renvoyé le problème aux 10 chefs d’Etat du bassin du Nil pour conclure.
Callist Tindimugaya, commissaire de l’Ouganda au ministère de l’Eau, a indiqué à IPS que ce qui peut être fait maintenant, c’est de continuer à coopérer, en attendant la résolution de la clause controversée dans le nouveau protocole. Selon le professeur Patrick Rubaihayo, un expert en développement basé à l’Université de Makerere à Kampala, la plupart des pays en amont risquent de rater les objectifs du millénaire pour le développement si un nouveau protocole plus équitable n’est pas signé.
“Une pauvreté extrême continuelle est l’une des conséquences si un nouveau protocole n’est pas signé”, a-t-il déclaré. Un secteur agricole dynamique est vu comme un moteur essential de développement, mais Rubaihayo ne peut imaginer ce développement sans l’investissement dans des projets d’irrigation massive. L’accord colonial sur le partage des eaux du Nil rend difficiles ces projets parce que l’Egypte et le Soudan doivent approuver des projets d’irrigation, et ils refusent catégoriquement. La ministre ougandaise de l’Eau, Jennifer Namuyangu, estime que la discussion constitue une opportunité pour des pays comme l’Ouganda de corriger une anomalie historique. Elle affirme que l’Ouganda n’acceptera pas un pacte disproportionné sur l’utilisation du Nil. Le professeur Aduula croit que le refus de l’Egypte de signer un nouveau protocole pourrait être basé sur un calcul selon lequel l’un des siens est en voie de devenir le directeur de l’Initiative sur le bassin du Nil et influence donc le processus. Aux termes de la charte qui a créé l’initiative, la direction est assumée par rotation au sein des pays membres du bassin et le directeur a un mandat de deux ans. L’actuelle directrice est Henrietta Ndombe, une Congolaise qui dirigera l’organisation jusqu’en septembre 2010 au moment où quelqu’un de l’Egypte prendra la relève. L’Egypte veut une clause qui stipule que d’autres pays qui partagent le Nil ne devraient pas utiliser l’eau au détriment d’un autre pays. D’autres Etats souhaitent que cette clause soit complètement supprimée à cause de l’implication que les pays en amont devront avoir un consentement pour construire de barrages hydroélectriques et des projets d’irrigation. Mais selon Gordon Mumbo, qui est chargé de créer la confiance au sein des Etats membres du bassin du Nil, on pense maintenant que le problème devrait être envoyé au Conseil des ministres des Affaires étrangères parce que les chefs d’Etat ont exigé de se réunir ensemble pour une signature. Il déclare que la chance de signer en marge du sommet de l’Union africaine au Caire en Egypte, il y a quelque mois, était ratée à cause des désaccords.

