POLITIQUE-GHANA: Le nouveau président doit s’attaquer à l’économie

ACCRA, 9 jan (IPS) – En tant que président élu du Ghana, John Evans Atta Mills, a prêté serment mercredi à Accra au cours d'une cérémonie de passation de pouvoir avec son prédécesseur John Kufuor qui se retire après huit ans à la tête de ce pays d’Afrique de l’ouest.

Cette alternance en douceur au sommet de l’Etat a été saluée en Afrique et ailleurs dans le monde. Toutefois, le nouveau président a du pain sur la planche pour traduire plusieurs années de performance macroéconomique en bénéfices tangibles pour la majorité des Ghanéens.

Le parti au pouvoir, le Parti national populaire (NPP), a échoué de justesse pour conserver la présidence, avec son candidat Nana Addo Dankwa Akufo-Addo obtenant 4.480.446 voix, représentant 49,77 pour cent contre 50,23 pour Mills et le Congrès national démocratique (NDC). “Les élections sont terminées. Il n’y a plus un NDC-Ghana, un NPP-Ghana ou un CPP-Ghana. Nous avons un seul Ghana et devons travailler ensemble pour construire le pays”, a déclaré Mills à des supporters grouillants dans un discours de victoire à Accra, la capitale Ghanéenne.

Le candidat malheureux, Akufo-Addo, a reconnu cette division dans son discours de concession. “C’est une nation divisée et ces moments appellent à un leadership de la part de nous tous afin que nous puissions continuer de construire ce pays”. Mills prend sa nouvelle position avec des signaux d’avertissement à l’horizon pour l’économie.

Le groupe de réflexion basé à Accra, l’Institut des affaires économiques (IEA), a indiqué dans un rapport que les “perspectives générales de l’économie dans la période du court au moyen terme ont des chances d’être caractérisées par des niveaux croissants d’inflation, de déficits budgétaires élevés et un élargissement des déficits commerciaux et de la balance des paiements”. Le rapport de l’IEA contredit nettement le message que le président sortant Kufuor avait adressé à l’électorat pendant la campagne. Il a déclaré aux électeurs : “Nous avons stabilisé l’environnement macroéconomique et le pays est sur la bonne trajectoire”. Frederick Ofori-Mensah, directeur de l’investissement des Titres stratégiques africains (Strategic African Securities) à Accra est cependant quelque peu d’accord avec Kufuor : “Nous sommes [conduits] dans la bonne direction en ce qui concerne l’économie”, a confié Ofori-Mensah à IPS. Il a déclaré qu’”en utilisant le PIB (produit intérieur brut) comme l’indicateur principal, nous sommes contents de là où nous sommes aujourd’hui”. Cependant, il souligne rapidement que “ce n’est pas tout le monde qui est en train de contribuer à la croissance du PIB. L’année dernière, la Banque centrale a indiqué que le PIB était environ de 6,3 pour cent. Cette année, elle a prévu 6,8 pour cent”.

Mais les Ghanéens ordinaires ne sont pas convaincus de ces chiffres.

Joseph Boye, un mécanicien à New Town à Accra, a déclaré à IPS : “Nous les avons entendus lire des nombres sur des papiers tous les jours pour nous dire que l’économie est bonne. Cela ne se traduit pas par la réduction des prix dans le marché puisque ma femme se plaint quotidiennement des prix croissants des denrées alimentaires sur le marché”.

Ofori-Mensah soutient cette opinion de la rue, expliquant que “Ce qui s’est passé est que le gouvernement n’a pas bien défini ses priorités. Il y a une croissance dans le secteur des services; le secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) est en plein essor; malheureusement, le gouvernement n’a pas pris du temps pour réorganiser le secteur de la transformation”, a-t-il dit.

Ofori-Mensah a déclaré qu’une grande partie de la population ne peut pas bénéficier d’une forte croissance parce qu’ils ne sont pas qualifiés pour ces secteurs qui ont connu de la croissance. “C’est à cause des taux d’intérêt élevés d’un régime de taux d’échange défavorable qui pourrait affecter l’investissement étranger direct”.

Le parcours n’a pas été facile pour Mills, qui a pris le pouvoir le 7 janvier pour les quatre prochaines années. L’homme âgé de 64 ans a été vice-président de 1996 à 2000. En 2000 et en 2004, il s’est présenté aux élections pour la plus haute fonction du pays contre John Kufuor et avait échoué. Mais il a été chanceux cette troisième fois. L’élection ne s’était pas déroulée entièrement sans obstacles. Deux jours après le premier tour, la mission d’observation du Parlement panafricain (PPA) a affirmé que contrairement aux déclarations de la Commission électorale du Ghana, des allégations d’irrégularités dans certaines parties du Ghana s’étaient révélées vraies.

Authmani Saidi Janguo de la mission du PPA a déclaré aux journalistes que dans la région Ashanti — considérée comme le fief du NPP — l’équipe a observé des agents du NDC refuser de signer les résultats dans au moins quatre bureaux de votes.

Janguo a indiqué que dans la région de la Volta, notamment à Anloga, les observateurs du PPA ont connu des difficultés avec des foules indisciplinées et armées qui ont érigé des barrages sur la route et leur ont ordonné de descendre de leurs véhicules qu’ils ont fouillés. Des dirigeants du NPP croient que la situation a créé l’opportunité pour effectuer des votes multiples. Janguo a cependant noté que les irrégularités observées n’avaient pas compromis l’intégrité du processus électoral qui a exprimé la volonté de la majorité du peuple ghanéen.

Pour maintenir l’allégresse de ses supporters, l’une des priorités de Mills devra être de donner au travailleur ordinaire un peu de soulagement par rapport aux difficultés économiques.