LILONGWE, 31 déc (IPS) – Le changement climatique affectera plus sérieusement le bassin du fleuve Zambèze que tout autre système fluvial dans le monde, selon Kenneth Msibi, expert en politique et stratégie de l’eau pour la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC).
Des inondations et sécheresses accrues, ainsi que des niveaux élevés de maladies menacent les vies et moyens d’existence de tous le long du fleuve.
“Des inondations fréquentes et des sécheresses intenses deviennent des évènements réguliers dans notre région. Nous avons besoin d’utiliser nos ressources en eau comme un catalyseur pour le développement afin que nous ne soyons pas ensevelis par les effets du changement climatique”, a déclaré Msibi.
La coordinatrice du projet sur le Changement climatique et l’adaptation en Afrique, Miriam Kalanda-Sabola, a indiqué à IPS que les communautés paysannes au Malawi et en Tanzanie, par exemple, ont connu, au cours des 30 dernières années, les effets négatifs des changements climatiques tant dans les zones semi-arides que dans celles de forte pluviométrie. Dans tout le bassin, l’agriculture dépend essentiellement de la pluie, et les populations de ces Etats sont confrontées à une productivité agricole en baisse, qui est en train d’être liée à l’aggravation de la pauvreté et à l’insécurité alimentaire grandissante. Les zones semi-arides de la Tanzanie ont connu des rendements en baisse, une faible production du bétail, et un accroissement des maladies des animaux domestiques. Beaucoup de communautés ont abandonné la production des cultures traditionnelles. Mais les paysans dans les zones de forte pluviométrie rencontrent également des difficultés. “Les zones de forte pluviométrie en Tanzanie sont confrontées à une fertilité du sol en baisse, une croissance retardée des cultures, la destruction des cultures mûres dans le champ et de celles qui sont stockées”, a déclaré Kalanda-Sabola. Dans les zones semi-arides du Malawi, les communautés connaissent des périodes de faim grandissantes et la perte de biens à cause des inondations pendant que des sécheresses ont réduit le pâturage du bétail.
En attendant, les zones de forte pluviométrie connaissent l’érosion du sol et des éboulements fréquents, l’accroissement de l’incidence du paludisme et la perte de cultures et d’animaux du fait des inondations. “Les victimes les plus vulnérables confrontées aux effets des changements climatiques sont les pauvres, les femmes, les enfants, les personnes âgées, les gens moins lettrés, les malades et les communautés des zones disposant de peu d’infrastructures et de moins de réseau social”, a indiqué Kalanda-Sabola Des niveaux nouveaux et élevés de maladies ont également un impact négatif sur l’agriculture, selon le professeur Moses John Chimbari, directeur adjoint au Centre de recherche Harry Oppenheimer Okavango (HOORC), un institut de recherche à l’Université du Botswana. Il affirme que des sécheresses et des inondations, dues aux températures montantes, créent un environnement favorable aux maladies telles que le paludisme et la méningite. Il a indiqué qu’il y a déjà davantage d’épisodes de paludisme dans les Etats riverains du fait de l’atmosphère favorable aux moustiques, qui a été déjà créée à cause des changements climatiques. “Cela a un impact considérable sur l’agriculture et les économies puisque les gens tombent malades la plupart du temps et ils ne sont plus très productifs”, a déclaré Chimbari. Il a déclaré que beaucoup de campagnes dans les Etats riverains de Zambèze ont une faible capacité de s’adapter à l’incidence élevée des maladies et que cela rend beaucoup de personnes encore plus vulnérables. Il s’est inquiété que le VIH/SIDA en rajoute à ces stresses. “Nous avons besoin d’inverser, à travers la sécurité alimentaire, les tendances qui aggravent la vulnérabilité face aux changements climatiques. En réalité, nous serons la région la plus vulnérable si nous continuons d’être là où nous sommes maintenant”, a affirmé Chimbari.
Le chercheur a invité les Etats à améliorer leurs infrastructures sanitaires et à être en mesure de maîtriser les risques de santé qui sont en train d’être créés par le changement climatique. Les stratégies d’adaptation, qui sont en train d’être déployées au Malawi, comprennent le revirement en faveur des cultures résistant à la sécheresse telles que le manioc, l’agriculture par irrigation intensive, la culture des variétés hybrides de produits qui mûrissent vite et l’utilisation de l’engrais organique. En Tanzanie, les paysans sont aussi en train de se tourner vers des cultures résistant à la sécheresse telles que les tournesols. Ils commencent par faire de l’irrigation à petite échelle, par utiliser des réseaux sociaux améliorés tels que les coopératives et l’utilisation des variétés de semences améliorées.
Kalanda-Sabola approuve toutes ces stratégies et appelle par ailleurs à plus de culture du bétail — notamment sur les sites de forte pluviométrie — et à un accès opportun aux informations vitales et simples sur le changement climatique et la variabilité. Elle déclare que les paysans dans la région sont en train d’être handicapés par la limitation des ressources, y compris le manque d’assez de terres cultivables, le manque d’accessibilité à des prêts et aux intrants agricoles. Elle souligne la nécessité de renforcer la capacité de mise en œuvre des communautés. “La plupart des paysans n’arrivent pas à payer les frais de transaction nécessaires pour acquérir les mesures d’adaptation parce qu’ils n’ont également pas ou peu d’accès aux marchés extérieurs”, a-t-elle indiqué.

