OUAGADOUGOU, 23 déc (IPS) – Pour relancer une filière cotonnière en proie à des difficultés dans les quatre pays de l’Initiative coton, la Banque africaine de développement (BAD) a décidé d’y injecter quelque 28 milliards de francs CFA (environ 56 millions de dollars) dans un projet intitulé «Projet d’appui à la filière coton-textile».
L’objectif principal de ce projet lancé vendredi à Ouagadougou, au Burkina Faso, est de pouvoir transformer, dans cinq ans, 25 pour cent du coton contre cinq pour cent actuellement, et de permettre ainsi aux pays concernés d’engranger une valeur ajoutée.
«Nous accompagnons les Etats membres de l’Initiative coton (Bénin, Burkina Faso, Mali et Tchad), en raison du poids du coton dans l’économie de ces pays», a expliqué à IPS, Zinso Boué, agroéconomiste chargé de suivi des projets au bureau de la BAD au Burkina Faso.
Le coton contribue pour environ 12 à 20 pour cent du produit intérieur brut de ces Etats, indique Boué. La part du coton dans les exportations est d’environ 80 pour cent au Bénin, 66 pour cent au Burkina Faso, et 50 pour cent au Mali et au Tchad. Par ailleurs, la filière occupe plus de 10 millions exploitants répartis dans 20.000 organisations de base dans les quatre pays.
Le projet, qui s’inscrit dans le cadre de la stratégie de lutte contre la pauvreté des quatre pays concernés, s’appuie notamment sur l’Agenda pour la compétitivité de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) visant la sécurisation et l’accroissement des revenus des producteurs de coton. Il s’appuie également sur la promesse de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de travailler pour éradiquer les subventions et d’autoriser toute aide à la filière. L’OMC a été saisie par les Etats africains sur le dossier du coton depuis 2002.
Le projet permettra de sécuriser les revenus de plus de 900.000 exploitations et touchera, dans les quatre pays, une population de près de 10 millions de personnes dont plus de la moitié sont des femmes, explique Boué. L’Initiative coton, lancée en 2003 par ces quatre pays d’Afrique de l’ouest et du centre, vise à défendre leurs producteurs de coton afin qu’ils tirent profit des fruits de leur labeur face aux subventions accordées à leurs homologues du Nord. Les autres résultats attendus sont un accroissement du revenu des cotonculteurs des pays de l’initiative de 15 pour cent pour le coton, 10 pour cent pour le mais et le niébé et une augmentation des revenues des transformateurs du coton de ces pays de 20 pour cent pour les artisans cibles dans des zones rurales et deux pour cent pour des égreneurs.
Les productions additionnelles générées grâce aux bonnes techniques agricoles, sont estimées à 1,84 million de tonnes de coton, 654.000 tonnes de maïs, 240.500 tonnes de sorgho et 192.000 tonnes de mil dans l’ensemble des pays, selon les documents du projet. Les actions du projet devraient également entraîner une augmentation du revenu annuel des exploitants de 45.000 FCFA (environ 90 dollars) à l’hectare.
«Nous avons espoir que ce projet va apporter quelque chose car cela peut limiter l’immigration qui est le résultat pervers de la crise de la filière cotonnière, car l’exode rural commence à prendre de l’ampleur», confie à IPS, Charles Nouatin, économiste et coordonnateur du projet.
Depuis le début des années 2000, la filière cotonnière est malmenée par la baisse des cours du coton au plan mondial, elle-même soutenue par les subventions des pays développées à leurs producteurs de coton. «Le contenu du projet prend en compte les problèmes qui minent le coton», indique François Traoré, président de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB) et de l’Association des producteurs africains (APROCA).
Il y a deux ans, au Burkina, pour redonner confiance aux partenaires, les différents actionnaires de la Sofitex — la principale société cotonnière –, que sont les producteurs, l’Etat burkinabé et la société française DaGris, ont décidé de la recapitaliser de 8,8 millions de dollars à 77,6 millions de dollars environ.
Pour encourager les producteurs, le gouvernement burkinabé a déboursé 6,5 milliards de FCFA (environ 13 millions de dollars) pour subventionner les engrais pour la campagne actuelle afin d’obtenir une augmentation de la production qui a chuté de 700.000 tonnes à 350.000 tonnes de 2007 à 2008.
«Je suis heureux que la transformation soit prise en compte dans ce projet. C’est un axe qu’on avait abandonné, or en l’appuyant, cela va donner de la valeur ajoutée et de l’emploi aux tisseurs, et cela peut contribuer à résoudre la crise financière et sauver la filière», estime Traoré.
Pour permettre la transformation du coton, le projet renforcera, dans les différents pays, les directions nationales de l’artisanat, les artisans autour du volet textile et renforcer, dans un premier temps, les centres de formation artisanale, notamment les centres de jeunes filles. Le projet permettra ainsi aux jeunes filles de travailler pour mieux gagner leur vie.
Namba Yalla, le coordonnateur du projet au Tchad, y voit une opportunité pour redorer le blason d’une filière qui fait vivre deux millions de personnes dans son pays. «Dans les conditions actuelles, le coton crée beaucoup plus de problèmes aux gens qu’il n’en résout», affirme-t-il à IPS.
Au Tchad, le projet prévoit un appui pour le renouvellement des équipements des femmes qui font le tissage, la création d’un centre national d’appui à la formation à la transformation artisanale et semi-industrielle.
Le Tchad a eu sa plus importante production de coton en 2004, avec 225.000 tonnes, mais depuis, elle a chuté, tournant autour de 120.000 et 160.000 tonnes. Le projet prévoit également la construction de plus de 2.500 kilomètres de pistes rurales, 75 magasins de stockage et 60 marchés ruraux pour l’amélioration des revenus des producteurs de coton et la sécurité alimentaire des zones ciblées par le projet.

