SANTE-CONGO: Les séropositifs attendent toujours la gratuité des examens biologiques

BRAZZAVILLE, 1 déc (IPS) – “Ce mardi, je passerai mes examens biologiques pour savoir si je suis maintenant en phase de prendre les anti-rétroviraux (ARV). Mais je peux vous confirmer que jusqu'à ce jour, les examens biologiques ne sont pas encore gratuits”, a déclaré à IPS, Ambroise Mamouna, un séropositif vivant à Brazzaville, la capitale congolaise.

“C'est vrai que le gouvernement a beaucoup fait pour nous, surtout pour la gratuité des ARV, mais là, il n'y a rien, et les malades qui n'ont pas de moyens souffrent. Tel est mon cas, un pauvre retraité”, a ajouté Mamouna, président de l'association 'Vivre plus Congo', une organisation non gouvernementale basée à Brazzaville. Le 1er décembre 2007, le Premier ministre congolais, Isidore Mvouba, recevant les séropositifs à Brazzaville, avait publiquement annoncé la gratuité des examens biologiques. Un message qu'il tenait du président Denis Sassou Nguesso, avait-il précisé, à l'occasion de la Journée mondiale de lutte contre le SIDA, l'année dernière. Selon le Conseil national de lutte contre le SIDA (CNLS), ils sont quelque 120.000 malades de SIDA dans le pays. Et le directeur général de la santé, Damas Bozongo, a indiqué à IPS : “Actuellement, nous avons sous thérapie entre 10.000 et 11.000 malades. Les autres malades ne sont pas encore sous ARV en attendant les résultats de leurs examens biologiques”.

Une année après, la mise en œuvre de cette gratuité n'est toujours pas effective. “Il faut dire la vérité aux malades, il n'y a pas de gratuité. Les malades que je reçois tous les jours ici souffrent, et n'ont pas d'argent pour payer ces examens biologiques”, a déploré Dr William Poaty, responsable de prise en charge médicale des séropositifs à la clinique évangélique de Mayangui, dans la capitale. Selon Dr Jean Angouono Moke, responsable du projet de Prévention de la transmission de la mère à l'enfant (PTME), il faut au moins 50 à 60 dollars pour réaliser des examens biologiques essentiels. “Si le médecin demande des examens supplémentaires et sophistiqués comme le scanner, il faut alors prévoir plus d'argent”, a-t-il indiqué à IPS. Les femmes enceintes prises en compte par la PTME bénéficient depuis 2002 de la gratuité des examens biologiques à partir de sept mois de grossesse. “En 2007, plus de 300 femmes enceintes ont bénéficié de cette gratuité”, a ajouté Angouono Moke. Les deux Centres de traitement ambulatoire (CTA) installés à Brazzaville et Pointe-Noire, les deux principales villes du pays, accordent la gratuité des examens biologiques, a dit à IPS, Dr Patrick Nzouza, coordonnateur des CTA au Congo. Selon lui, le CTA de Brazzaville prend actuellement en charge 1.500 malades qui ont tous bénéficié de la gratuité du bilan biologique. Les CTA sont le fruit de la coopération franco-congolaise, et sont financés par la Croix-Rouge française. Les examens biologiques, nécessaires avant de commencer le traitement en ARV, se font essentiellement au laboratoire national et dans les hôpitaux de base de Talangaï et de Makélékélé, à Brazzaville. “J'ai accompagné ma sœur au laboratoire pour ses examens biologiques. J'y ai lassé 28.000 francs CFA (environ 56 dollars) dont 5.000 FCFA (10 dollars) pour la consultation. Ceux qui n'ont pas l'argent ne peuvent même pas voir le médecin”, a déploré Jonas Ibambo, rencontré par IPS à sa sortie de l'hôpital de Talangaï. “Nous n'avons pas les moyens pour faire la gratuité. Dans le fonctionnement normal de notre centre, on fait payer tous les examens. Quand nous avons des recommandations du CNLS, on fait du gratuit”, indique le professeur Henri Joseph Parra, directeur général du laboratoire national. “Mais nous ne pouvons pas tenir longtemps parce qu'il nous faut des moyens, et jusque-là, il n'y a encore rien”, dit-il à IPS, ajoutant : “Ici, le personnel est compétent et prêt. Nous n'attendons que les moyens pour commencer”. Selon les autorités, le processus de gratuité devait encore prendre du temps. “Nous sommes en train d'avancer lentement. En matière d'examens biologiques, il faut des microscopes et nous n'en avons pas dans les hôpitaux, sinon très peu. Nous avons passé la commande, et une partie est déjà arrivée”, a expliqué à IPS, Emilienne Raoul, ministre de la Santé et des Affaires sociales. Elle a affirmé que le gouvernement attendait aussi l'arrivée de plusieurs centaines de millions des réactifs. “Je sais que les malades ont attendu longtemps cette gratuité et je partage avec eux cette souffrance. Je les rassure que le matériel est en train d'arriver, ce sont de grandes quantités et nous sommes passés par plusieurs pays, d'où ce retard”, souligne-t-elle. Le gouvernement a confié l'achat de ce matériel à la Congolaise des médicaments génériques (COMEG), une centrale d'achat basée à Brazzaville. La COMEG achète également des ARV à l'étranger. “La question de matériel ou de médicament du SIDA est très sensible. Nous l'avons confiée à une seule société, quel que soit le temps que ça peut prendre, c'est la sécurité qui compte”, a expliqué Dr Edmond Malalou, coordonnateur du CNLS. Bozongo a déclaré IPS : “Nous attendons que la COMEG nous dise que toutes les commandes sont arrivées. Mais, il est fort probable que toutes les commandes arrivent à Brazzaville d'ici fin-janvier”. “La mesure de gratuité est prise par le président de la République, et nous allons bientôt commencer son effectivité. Je reconnais cependant qu'il y a une petite cacophonie dans sa mise en œuvre. C'est normal pour un début”, a admis, sans d'autres précisions, Dr Marie Franck Purruenhce, secrétaire exécutive permanente du CNLS. Elle a ajouté : “Ce sont des choses nouvelles pour notre pays, donc il faut un peu de temps pour que le personnel de santé se mette au pas. Il y a des difficultés certaines dans la commande des réactifs. C'est ce qui explique que tout ne soit pas encore parfait aujourd'hui. Mais, nous travaillons pour offrir de bons services aux patients”. Depuis janvier 2007, les ARV sont gratuits au Congo. Plusieurs malades de ce pays d'Afrique centrale, qui ont salué cette mesure, continuent à réclamer la gratuité des examens biologiques, en somme une prise en charge globale.