DODOMA, 5 août (IPS) – Le Fonds commun pour les produits de base envisage de dépenser 100 millions de dollars sur une période de cinq ans pour aider les paysans du monde en développement à transformer leurs produits pour des exportations avec valeur ajoutée.
L'argent est destiné à des millions de petits exploitants agricoles, notamment en Afrique, en Amérique latine et en Asie qui n'ont pas d'autres choix que de vendre leurs produits à bas prix à des intermédiaires qui sont en relation avec des marches extérieurs. “La sécurité alimentaire dans les pays pauvres n'est pas seulement une question de production alimentaire, mais aussi une question de génération de revenus permettant d'avoir accès aux soins de santé et à l'éducation dont les travailleurs en bonne santé ont besoin”, a déclaré Ali Mchumo, directeur général du Fonds commun pour les produits de base (CFC), dans une interview à Dodoma, la capitale de la Tanzanie. L'idée est de raccourcir la chaîne de l'offre en éliminant les courtiers afin de permettre aux pauvres producteurs agricoles de vendre directement aux détaillants et aux supermarchés à des prix plus élevés. Une initiative permettra aux paysans producteurs de café tanzaniens et ougandais d'accroître leurs revenus en produisant des fruits qui entrent dans la fabrication locale de jus. Au mali, au Burkina Faso et en Tanzanie, un autre projet construira des laboratoires respectant les normes internationales pour analyser la qualité du coton produit en Afrique. Dans la région de Tanga située dans l'est de la Tanzanie, a été déjà construite la toute première usine de transformation à grande échelle des résidus du sisal en biocarburant, qui produit environ 150 MW d'électricité par jour. La Tanzanie est le deuxième producteur mondial de sisal, une plante utilisée pour fabriquer de la corde, du fil, et des tapis, entre autres produits manufacturés, après le Brésil et juste avant la Chine. “La meilleure assistance que nous pussions demander est d'utiliser davantage l'usine pour des produits de grande valeur, ce qui nous permettra d'accroître la valeur de l'usine”, a déclaré Salum Shamte, propriétaire de 'Katami Ltd.', qui exploite l'usine de biocarburant.
“Ainsi, les profits des paysans vont s'accroître”.
Crise alimentaire La crise alimentaire mondiale de cette année a mis en exergue les souffrances de 450 millions de petits exploitants agricoles et de 850 millions de personnes affamées ou sous-alimentées dans les nations en développement. La montée vertigineuse des prix des produits alimentaires, due à une demande plus accrue des biocarburants et à une croissance accélérée dans des pays comme la Chine et l'Inde, a frappé plus durement les pays les plus pauvres, indique Guy Sneyers, directeur des opérations du CFC. La Banque mondiale a prévenu que le doublement des prix du blé et du maïs au cours des cinq dernières années pourrait occasionner la faim et la famine chez 100 millions d'autres personnes.
Face à cette crise, les donateurs internationaux ont focalisé leur attention sur la relance de l'agriculture, un secteur qui a été négligé pendant des décennies, a affirmé Sneyers. L'idéal serait que les pays pauvres se focalisent tant sur la production de leur propre nourriture pour réduire la menace de la faim que sur l'accès au marché international pour obtenir des recettes d'exportation tant nécessaires à partir de l'agriculture, a-t-il dit. “Il faut que les paysans vendent quelque chose avec de la valeur ajoutée pour gagner de l'argent”, a souligné Sneyers. “Le manioc est une culture vivrière, mais on peut aussi l'utiliser pour fabriquer des chips de manioc, des boulettes pour des animaux ou de l'éthanol”.
Les producteurs de Tanzanie reconnaissent qu'ils pourraient obtenir des profits plus élevés en transformant leurs produits avant de les vendre.
Les producteurs d'anacarde veulent exporter des noix grillées, non pas seulement la variété brute, et des produits de plus grande valeur tels que les beurres et les condiments, a déclaré Peter Masawe, coordonnateur de 'Regional Cashew Improvement Network for Eastern and Southern Africa' (Réseau régional pour l'amélioration de l'anacarde en Afrique orientale et australe) basé à Matwara, une ville du sud de la Tanzanie.
“Ce dont notre industrie a maintenant besoin est de se concentrer sur la chaîne de valeur. Si nous ne faisons pas de la transformation, l'industrie de l'anacarde ne changera jamais chez nous”, a-t-il dit. La situation est la même chez les producteurs de coton tanzaniens, a indiqué Elizabeth Kimambo, qui aide à diriger le bureau du CFC basé à Dar es Salaam, en Tanzanie. “La plupart des paysans veulent avoir leur propre usine d'égrenage pour vendre le produit final à de meilleurs prix et pour fabriquer d'autres produits tels que l'huile de coton”, a-t-elle ajouté. Le boom des produits de base est une occasion en or pour les paysans, notamment ceux qui produisent les cultures commerciales telles que le café et le tabac, pour accroître la production et améliorer leurs moyens d'existence, a souligné Caled Dengu, chef de projet au CFC. “Ce qu'il nous faut, par exemple, est que les producteurs de café continuent de se concentrer sur leur culture et n'essaient pas se tourner vers les cultures vivrières. Certains seront tentés en raison de la crise alimentaire mondiale”, a-t-il dit. “Ils devraient continuer à se faire de l'argent à travers le café et ainsi, ils peuvent toujours avoir les moyens de s'acheter de la nourriture”.

