DROITS-SEYCHELLES: Des problèmes au paradis

VICTORIA, 8 juil (IPS) – Annette* est une petite femme pleine de vitalité, entre 60 et 70 ans. Mariée à un homme grossier — qui une fois a versé de l'eau bouillante sur elle, l'emmenant à l'hôpital — elle ne répétait pas l'histoire avec son fils alcoolique et drogué. Seulement, au moment où son mari devenait plus âgé et plus calme, son fils devenait de plus en plus violent.

Ainsi Annette a dénoncé les violences de son fils au Tribunal de la famille. Il a ignoré les avertissements répétés et a été finalement accusé d'agression et envoyé en prison pour deux ans. Certains voisins l'ont critiquée, mais la mère n'a pas changé d'avis. "Ce n'est pas correct pour un fils de maltraiter sa mère et j'en avais assez du père", a-t-elle déclaré à IPS. Annette vit à Mahé, la plus grande île dans l'archipel des Seychelles (85.000 habitants), dans l'océan Indien. Considérées comme un paradis touristique pour leur nature impeccable et leurs stations luxueuses, les Seychelles connaissent une augmentation inquiétante des violences conjugales. En 2006, le Tribunal de la famille a enregistré 172 cas de violences conjugales, montant à 226 en 2007. Une plus grande sensibilisation sur le problème, à travers des campagnes médiatiques et des procédures de dénonciation plus faciles à la Brigade de police, explique seulement en partie l'augmentation de 31 pour cent. "Le nombre de cas enregistrés n'est que la partie visible de l'iceberg", affirme Tessa Siu, responsable des recherches au secrétariat du genre au ministère de la Santé et du Développement social. Des experts ajoutent que les violences conjugales sont attisées par la montée en flèche du coût de la vie et la forte consommation d'alcool. "Les violences conjugales surviennent lorsque les hommes boivent du baka (une infusion locale bon marché) de même que du whisky", explique Jean Claude Matombe, responsable à la communication du Conseil national pour les enfants, qui a dirigé des campagnes médiatiques contre la maltraitance des enfants. Une enquête nationale conduite par le secrétariat du genre, l'année dernière, a révélé que 42 pour cent des femmes et 36 pour cent des hommes ont souffert des violences émotionnelles de la part d'un(e) partenaire intime; 27 pour cent des femmes et 23 pour cent des hommes ont subi des violences physiques modérées; et 28 pour cent des femmes et 26 pour cent des hommes ont subi des violences physiques graves. Bien que des hommes et des femmes subissent des mauvais traitements, des violences physiques font plus mal aux femmes : 33 pour cent des femmes ont connu des douleurs durables de ce fait, comparés à 16 pour cent des hommes, et 17 pour cent des femmes ont signalé des bleus au visage, comparés à six pour cent des hommes. De façon inquiétante, l'enquête a révélé que 11 pour cent des femmes ont été violées par un partenaire intime. Parmi 555 femmes sondées, huit ont raconté avoir contracté le VIH à cause de ces violences et 21 femmes sont tombées enceintes après qu'un partenaire les a violées. Les conclusions de la recherche sur les hommes maltraités soulignent ce que les rapports de la police présentent. Plus d'hommes portent plainte pour les violences — de huit cas en 2006 à 18 en 2007, ce qui indique à la fois un accroissement des violences contre les hommes et une plus grande volonté des hommes à chercher de l'aide, selon Siu. Henri*, un homme calme entre 50 et 60 ans, employé comme un agent de sécurité dans le marché à Victoria, la capitale, a enduré des années de violence verbale, émotionnelle et physique de la part de sa femme. Elle gérait les affaires de la famille, était infidèle, l'insultait et le frappait à coups de poings. Une fois, elle l'a menacé avec un couteau. Il a enduré autant qu'il pouvait, alors il a recherché de l'aide du Tribunal de la famille et a finalement divorcé d'elle, il y a deux ans. "J'ai peu d'instruction, mais mes parents m'ont enseigné des valeurs et le respect des autres", a-t-il dit à IPS.

Lui et d'autres rescapés des violences conjugales s'exprimaient lors d'un atelier sur la question, organisé en juin dans la capitale par le secrétariat du genre et le 'GenderLinks', un groupe de défense régional. L'atelier faisait suite à l'approbation du Conseil des ministres d'une stratégie nationale sur les violences conjugales, au début de cette année. Cette stratégie comprend des campagnes de sensibilisation médiatiques, une meilleure fourniture des services aux rescapés et une réhabilitation des auteurs des sévices, ainsi qu'un changement dans la loi pour que les violences conjugales, classées maintenant comme des agressions, soient reconnues comme un crime spécifique avec un magistrat spécial, et traitées rapidement par le biais des tribunaux. Le problème est d'amener les gens à dénoncer les abus et à chercher de l'aide. L'enquête a souligné que la plupart des victimes cachent ces violences aux agences, familles et amis. Les raisons avancées étaient les faibles perspectives d'aboutissement et l'amour pour le partenaire violent. Les services pour les rescapés existent, mais ils sont lents et éclatés. La police transfère d'habitude les victimes du viol à l'hôpital pour le traitement de la prophylaxie post-exposition (PEP) pour prévenir l'infection du VIH. Mais cela peut prendre des mois pour obtenir un rendez-vous avec le Tribunal de la famille, les Services de probation, ou le Service de la brigade de police qui s'occupe des enfants maltraités. Si le policier local est ami ou parent à l'auteur des sévices, la plainte ne va pas loin — telle a été l'expérience des quatre rescapés qui ont parlé à IPS.

L'année dernière, Sharon Telemaque, du groupe d'activistes du genre, GEM PLUS, a formé quelques nouvelles recrues de la police sur les violences conjugales et formera un autre contingent cette année. "Leur première attitude a été, si je suis un homme, je peux gifler ma partenaire, mais à la fin de la journée, nous avons commencé à voir des changements", a-t-elle indiqué à IPS. L'enquête a également révélé que bien que six sur dix adultes aient été témoins des incidents de violences conjugales, ils ne sont pas intervenus parce qu'ils les considèrent comme une affaire privée. "Quand j'étais enfant, j'avais appris dans la rue qu'une femme devrait être battue et j'ai dû le désapprendre", affirme Matombe. Le secrétariat et un groupe d'organisations non gouvernementales et d'églises envisagent une campagne d'information massive contre les violences conjugales pour les 16 Jours d'activisme contre les violences à l'encontre des femmes du 25 novembre au 10 décembre. Ceci aidera les gens à désapprendre les mauvais modèles de violences conjugales. *(Les noms ont été changés pour protéger la vie privée des gens).