NAIROB, 14 oct. (IPS) – Les avocates africaines ont lancé un
appel pour
mettre fin à la violence à l'égard des femmes et des enfants qui
forment la
majorité des victimes dans les zones de conflit en Afrique.
"Ce sont toujours les populations civiles qui font les frais des
conséquences des conflits armés en Afrique", déclare Irene Odida
de la
fédération internationale des avocates ougandaises(FIDA).
En citant un récent rapport des Nations Unies, elle annonce que 80
pour cent
des 16 millions de réfugiés du monde sont des femmes et des
enfants qui ont
besoin de protection.
Le rapport intitulé "Women : Challenges to the year 2000" (les
femmes :
les défis à relever d'ici à l'an 2000) indique que la plupart des
femmes
sont abandonnées ou veuves et obligées de se déplacer en
permanence. Elles
luttent pour survivre dans des camps surchargés de réfugiés avec
peu
d'espoirs de recommencer une vie normale.
"Dans les camps de réfugiés, les femmes sont chargées de chercher
des
combustibles, des aliments, de l'eau et de faire des activités
alimentaires
les obligeant à s'éloigner des camps où règne une sécurité
relative et à
courir le risque d'être violées, torturées ou tuées par des
rebelles, des
soldats gouvernementaux et des mines terrestres", signale Odida.
La FIDA a récemment organisé une conférence pour examiner l'avenir
de la
femme africaine à Nairobi, la capitale kenyane. Elle (la FIDA)
explique que
les deux parties en conflit ciblent les femmes et utilisent la
violence
comme une arme de guerre ; en effet, elles "livrent la bataille
avec les
corps des femmes et des filles".
Par exemple, au Rwanda où près d'un million de gens ont été
massacrés en
1994, les atrocités telles que le viol, les grossesses et la
maternité
forcées étaient utilisés comme des armes de guerre pour terroriser
et
humilier les femmes.
Au Nord de l'Ouganda, les enlèvements et les mariages forcés ont
été
reconnus comme étant certaines formes de violence se produisant au
cours du
conflit de 12 ans qui oppose le gouvernement du président Yoweri
Museveni
aux rebelles de l'Armée de résistance du seigneur (LRA). Les
rebelles
auraient pris des filles de douze ans et font d'elles les femmes
des
commandants des rebelles.
"Bien que les violences exercées contre les femmes durant le
conflit armé,
sont aussi odieuses que celles dont les hommes sont victimes, les
instruments internationaux ne leur accordent pas encore la même
reconnaissance et ne punissent pas les auteurs de façon aussi
efficace
qu'ils punissent les violences neutres", déplore Odida.
L'attitude de la société face au sort des femmes a aussi été
condamnée.
"Bien que la société entière souffre des effets du conflit armé,
ses
conséquences sur les femmes sont souvent pires à cause de leur bas
statut",
estime-t-elle.
Un exemple typique est la Somalie où les agences de secours
consultent
souvent les "chefs de famille" – qui sont le plus souvent des
hommes –
lorsqu'elles prennent des décisions importantes. En Ouganda, les
survivants
des décennies du conflit qu'a connu ce pays de l'Afrique de l'Est,
clament
que leurs besoins tels que les soins de santé reproductive ne sont
pas
satisfaits de façon adéquate, a rapporté Odida.
FIDA révèle que la Cour internationale de justice de la Haye et le
tribunal
de guerre d'Arusha (Tanzanie), ont commencé à juger les suspects
des crimes
de guerre commis contre les femmes, tout récemment, après
d'intenses
pressions exercées par des groupes de femmes.
Le tribunal rwandais a prononcé un jugement historique contre un
ancien
maire rwandais en septembre, en le reconnaissant coupable de
plusieurs
crimes de guerre, y compris le viol. "Ces deux tribunaux ont
permis
d'élargir la portée et l'application du droit humanitaire à la
violence
exercée contre les femmes lors des conflits armés", explique
Odida.
La FIDA a exhorté les femmes à dénoncer les crimes de guerre dont
elles sont
victimes.
"Il est nécessaire que les femmes jouent un rôle dans les
conflits et la
résolution des conflits car elles sont les plus affectées",
suggère Surinda
Kapila, la présidente sortante de la FIDA. Elle constate que bien
que les
femmes aient un enjeu dans le processus de paix, après les
conflits, elles
sont souvent exclues du processus de prise de décision.
"Il est nécessaire de faire pression sur les centres du pouvoir
au niveau
national et régional pour amorcer le processus et donner aux
femmes leur
place", préconise-t-elle.

