ECONOMIE-ZIMBABWE: Les Augmentations De Prix Déçoivent Les Espoirs Placés Dans Le Budget.

HARARE, 13 oct. (IPS) – Les récentes augmentations des prix de la
plupart
des denrées ont déçu les espoirs que la plupart des Zimbabwéens
plaçaient
dans le budget comptable de cette année qui sera proclamé jeudi.

Farai Mandara, qui gagne sa vie en vendant des boissons non-
alcoolisées dans
la maison que ses parents possèdent à Harare, la capitale,
n'attend aucune
bonne nouvelle du budget.
"Bien avant les augmentations de prix, les gens se plaignaient
que mes
boissons étaient devenues chères. Actuellement, avec les
augmentations
supplémentaires, je ferai faillite car de plus en plus de gens ont
des
difficultés à joindre les deux bouts", explique Mandara.
Comme la plupart des Zimbabwéens, Mandara a toutes les raisons
d'être
pessimiste. Le budget vient à un moment où la confiance des hommes
d'affaires zimbabwéens est à son niveau le plus bas.
Les prix des actions à la bourse zimbabwéenne (ZCE) ont commencé à
chuter
depuis deux ans et le pire est encore à venir. La chute de la
monnaie locale
affecte tous les secteurs.
La hausse de l'inflation et les taux d'intérêt se sont aussi
ajoutés à la
longue liste des malheurs économiques du Zimbabwe. L'inflation est
en hausse
: de 20,1 pour cent en décembre 1997, elle a atteint 27,9 pour
cent en mars
1998 et 29,3 pour cent en août. En conséquence, le taux de
croissance
économique en 1998 baissera, d'après les prévisions, de 3,5 pour
cent à 2,4
pour cent.
Plusieurs jours avant la proclamation du budget, Harare était, par
exemple,
plein de spéculations sur les produits dont les prix seraient
réduits. Il
n'y a cependant pas eu un seul moment où les prix des denrées ont
été
réduits. Même lorsque les prix du pétrole ont été réduits, ces
prix ont
continué à s'accroître. Mais, les gens ont au moins parlé de la
réduction
car ils l'espéraient.
Le budget de cette année est quelque peu différent. Mercredi
dernier, le
prix du maïs, l'aliment de base, a augmenté de 17 pour cent et
celui de
l'huile de cuisine a connu une augmentation de 19 pour cent. Les
prix du blé
et du pain ont aussi connu une majoration de 22 pour cent.
Les prix des autres produits avaient déjà augmenté de 40 pour cent
le mois
dernier, à la suite de la chute du dollar zimbabwéen par rapport
aux
principales devises. Les droits d'importation perçus sur les
produits de
luxe ont aussi augmenté.
Il y a un mois, le gouvernement a doublé les droits d'importation
perçus sur
les produits de luxe, alors que les factures d'électricité ont
connu une
augmentation de 20 pour cent.
"Pour le moment, les exportations ne montrent aucun signe de
relance, après
la dévaluation ; mais cela se comprend à cause de la baisse des
prix des
produits et de l'intense concurrence dépréciative à laquelle se
livrent non
seulement les exportateurs asiatiques mais aussi les exportateurs
de
l'Afrique du sud où la baisse du rand a compliqué les difficultés
auxquelles
les exportateurs font face sur les marchés régionaux", révèle la
Standard
Chartered Bank du Zimbabwe.
Un ident enragé d'Harare déclare qu'il ne va "même pas se gêner"
pour
écouter la proclamation du budget parce qu'il "ne comportera rien
pour les
pauvres".
"Pourquoi perdrais-je mon temps, alors que je souffre déjà ? Nous
souhaitions que le gouvernement réduise les prix des produits
alimentaires,
mais il fait le contraire", indique-t-il.
Après la proclamation du budget, les députés, les groupes
civiques, le
secteur commercial et les groupes d'intérêt auront jusqu'au mois
de décembre
pour apporter des amendements, avant qu'il ne soit approuvé. Ce
délai
donnera un temps adéquat au dialogue relatif aux dispositions
budgétaires.
Les économistes s'inquiètent aussi de l'énormité du déficit
budgétaire qui,
d'après les prévisions, s'accentuera en passant de 14,185
milliards de
dollars zimbabwéens à 17 milliards de dollars.
Un dollar américain équivaut à 33 dollars zimbabwéens.
"A long terme, le financement d'un déficit budgétaire excessif
anéantira
d'autres instruments de politique générale et empêchera l'économie
d'atteindre des objectifs fondamentaux tels que l'amélioration du
niveau de
vie de la majorité des gens", avertit Peter Robinson, un
économiste d'Harare.
"Les principales dépenses en vue sont la réduction des salaires
publics et
des charges salariales ; cela ne se fera pas en décimant la
fonction
publique mais en la restructurant pour que ses prestations de
services
soient plus efficaces en ce moment où le Zimbabwe avance vers le
nouveau
millénaire", affirme Robinson.
Un autre point sur lequel la plupart des Zimbabwéens veulent des
explications et un revirement est la décision du gouvernement
d'envoyer des
troupes en République démocratique du Congo (RDC) pour aider les
soldats de
ce pays à lutter contre les forces rebelles.
Le Zimbabwe dépenserait au moins un million de dollars US par jour
pour
maintenir ses troupes dans l'ex-Zaïre où une mutinerie rebelle a
failli
renverser le gouvernement du président Laurent Kabila.
Le ministre des Finances, Herbert Murerwa, a reconnu que le
déficit
budgétaire a été aggravé par des dépenses imprévues telles que
l'aventure de
la RDC où le Zimbabwe a envoyé environ 3000 soldats.
"Bien que l'ampleur des coûts humains et financiers de cette
décision soit
constamment minimisée par nos dirigeants, il y a de nombreux
Zimbabwéens
inquiets qui croient que, avec le temps, le coût de la guerre
congolaise
deviendra extraordinairement élevé", souligne Robinson.
Pour minimiser la crise, il a exhorté le Parlement zimbabwéen à
défier
l'exécutif et à insister sur la consistance entre la politique et
la réalité.
"Les scénarios cauchemardesques d'hyper-inflation, de fermeture
massive des
entreprises, d'aggravation de la pauvreté et de malaise social
généralisé,
ne sont plus exclusifs aux pessimistes", conclut Robinson.