JOHANNESBURG, 13 juin (IPS) – La douzième Conférence ministérielle africaine sur l'environnement (CMAE) s’est achevée mercredi après cinq jours de délibérations entre gouvernements et société civile qui se sont entendus — séparément — sur la nécessité de développer une position commune pour l'Afrique aux discussions de l'année prochaine sur le changement climatique à Copenhague.
"Le changement climatique est la question cruciale de développement humain et de sécurité de notre génération. Ceux qui en sont responsables devraient dédommager les personnes dont les moyens de subsistance ont été détruits de ce fait", a déclaré Ewah Eleri, directeur du Centre international pour l'énergie, l'environnement et le développement au Nigeria. Eleri s'exprimait ainsi lors d'un point de presse conjoint, dans les coulisses de la conférence, organisé par 20 organisations de la société civile (OSC) en provenance de tout le continent. Ces groupes estiment que l'Afrique contribue le moins aux émissions de gaz à effet de serre, pourtant des millions d'Africains étaient obligés de faire face quotidiennement aux effets dévastateurs du changement climatique. Eleri a affirmé qu'un dédommagement obligatoire doit être payé à l'Afrique par les pollueurs mondiaux. Il a été particulièrement critique de la suggestion selon laquelle les gouvernements africains devraient obtenir des prêts pour financer l'adaptation au changement climatique. "Vous ne brûlez pas la maison de quelqu'un et ensuite vous lui offrez un prêt pour la reconstruire", a souligné Eleri. Omokaro Osayade, responsable de projet pour le groupe écologiste Amis de la terre Nigeria, était de cet avis. "Juste au moment où l'Afrique est en train de sortir d'un piège de dettes terrible, nous pourrions être endettés de nouveau par les pays développés et ils pourraient nous dire d'utiliser ces prêts pour compenser les dégâts horribles qui nous sont causés. Nous sommes opposés au nouvel endettement du peuple africain par le biais des prêts d'adaptation climatique". Les OSC appellent les pays développés à contribuer à raison d'au moins un pour cent de leur produit intérieur brut au fonds d'adaptation au changement climatique. On estime qu'au moins un milliard de dollars est nécessaire pour aider l'Afrique à s'adapter au changement climatique. Les groupes écologistes ont soulevé plusieurs questions essentielles à aborder par les gouvernements africains telles que l'incapacité du Mécanisme de développement propre (MDP) à fournir les avantages promis aux pays africains. Ils ont dit que le MDP permet simplement aux pays riches de continuer à polluer, en finançant en échange des projets dans des pays en développement. Ils ont également identifié un besoin d'investissement dans les technologies d'énergies renouvelables abordables afin que les Etats africains puissent développer leurs économies avec de faibles émissions de carbone, et ont demandé des règlements de précaution pour faire en sorte que le développement des biocarburants ne menace pas la sécurité alimentaire en Afrique. Le contenu de la conférence même Le résultat formel de la conférence a été, à certains égards, plus circonspect. Des ministres de l'Environnement africains ont convenu de mettre en place un programme de travail avec des étapes clairement définies pour l'élaboration d'une position commune. Des délégués ont proposé qu'un panel d'experts africains sur le changement climatique soit formé, sur lequel de hauts fonctionnaires travailleront en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), le secrétariat du Nouveau partenariat économique pour le développement de l'Afrique (NEPAD) et la Commission de l'Union africaine pour définir les points focaux africains pour la Convention cadre sur le changement climatique. L'Algérie accueillira la première rencontre de ce panel en octobre 2008; et une session spéciale des ministres de l'Environnement pour adopter une position commune finale aura lieu à la fin de juin 2009 en marge du 13ème Sommet de l'Union africaine. La conférence a suggéré que l'Afrique parvienne à un accord sur un régime mondial futur relatif à la réduction des émissions en vertu duquel tous les pays développés réduiraient d'ici à 2020 leurs émissions à 35-40 pour cent en dessous des niveaux de 1990, et d'ici à 2050 auraient baissé de façon spectaculaire leurs émissions à entre 5 et 10 pour cent de la ligne de base de 1990. Ces objectifs d'émissions constituent ce que l'on croit être nécessaire pour stabiliser la concentration du dioxyde de carbone dans l'atmosphère en 450 parties par million de dioxyde de carbone équivalent dans l'atmosphère — le niveau auquel les scientifiques présents à l'important Panel intergouvernemental sur le changement climatique estiment que le réchauffement de la planète ne causera pas plus d'un changement de 2 degrés Celsius dans la température moyenne du globe et évitera ainsi des effets catastrophiques. "Le Plan d'action de Bali et la Feuille de route de Bali ont offert à l'Afrique l'occasion de dégager un consensus sur les questions complexes du changement climatique et du développement durable, au profit du continent", a déclaré le ministre de l'Environnement d'Afrique du Sud, Marthinus van Schalkwyk. Il succède au ministre de l'Environnement de la République du Congo, André Okombi Salissa, en tant que président de la CMAE pour les deux prochaines années. "Nous veillerons à ce que nous allions unis aux négociations parce que c'est ce que nous voulons, en tant qu'Africains, être unis. Beaucoup de pays en Afrique se sont déjà engagés à réduire les émissions de carbone d'ici à 2050. Nous voulons que les pays développés s'engagent aux objectifs d'émissions de 2025", a ajouté van Schalkwyk.

