JOHANNESBURG, 6 mai (IPS) – Des résultats qui proviennent des tests en Afrique du Sud, au Kenya et en Ouganda en 2006 ont montré que la circoncision masculine a réduit la transmission du VIH des femmes aux hommes de jusqu'à 60 pour cent. Sur la base de ces résultats, le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA et l'Organisation mondiale de la santé ont recommandé que des pays encouragent des hommes à se faire circoncire.
Mais, promouvoir cette pratique n'est pas sans risque.
Il y a un danger que des hommes puissent penser que la circoncision donne une protection complète contre le VIH, et ne prennent pas d'autres mesures pour se protéger. Pendant la période de cicatrisation de six à huit semaines pour la pratique, des hommes sont également plus vulnérables à l'infection qu'avant. En outre, nombre de ces pratiques sont actuellement faites par des circonciseurs traditionnels dans des conditions qui sont souvent non stériles et qui peuvent permettre la transmission du VIH.
Pour comprendre comment ces contraintes peuvent être surmontées, la rédactrice de IPS, Kathryn Strachan, a eu un entretien avec Mark Heywood, directeur de 'AIDS Law Project' à l'Université de Witwatersrand à Johannesburg, en Afrique du Sud. Heywood est également vice-président du Conseil national de l'Afrique du Sud sur le SIDA. IPS: A la lumière de ce que les tests ont révélé, que devons-nous savoir?
Mark Heywood (MH) : De grandes parties de l'Afrique australe n'ont pas de tradition de circoncision masculine, donc nous devons obtenir des informations au sujet des avantages de la circoncision. Des informations relatives à la circoncision sont déjà largement publiées, mais il y a beaucoup de confusion et d'incompréhension. Ce dont nous avons besoin maintenant est que le ministère de la Santé fournisse des informations justes, de haute qualité sur les avantages de la circoncision. Tel n'est pas le cas en Afrique du Sud. IPS: Comment devrait être présenté un programme de circoncision?
MH : La circoncision masculine doit être intégrée dans un programme plus large de santé sexuelle masculine et de la reproduction et elle doit être promue juste comme une partie de la prévention du VIH. La promouvoir de cette manière, elle nous donne une opportunité de parler de la santé sexuelle masculine, quelque chose qui se produit très rarement. Une approche globale donne également une occasion aux services de dépistage et d'assistance psychologique ainsi que des mesures plus larges de prévention du VIH, et ce faisant, elle encourage les hommes à s'occuper de leur santé et à opérer des choix en connaissance de cause. Nous devons éviter de présenter la circoncision de telle sorte que des hommes aillent simplement dans un service de santé, subissent la pratique et quittent. La réaliser de manière séparée d'un programme plus large du VIH signifie que les hommes pourraient retourner dans la communauté sans la compréhension correcte de la circoncision en tant que mesure préventive. IPS: Quel rôle la tradition joue-t-elle dans la promotion de la circoncision?
MH : La culture et la tradition sont des questions complexes et nous devons toujours arriver à comprendre comment les aborder. Ce dont nous avons besoin est de mettre des informations précises dans le domaine public et ensuite de laisser à chaque homme le soin de prendre les décisions lui-même, fondées sur les informations qu'il reçoit. Et, nous avons besoin d'une stratégie de prévention conduite par la société et la communauté pour aider les hommes qui optent pour la pratique. Ce que nous voulons éviter est de mettre la pression sur un groupe pour être circoncis parce qu'un autre groupe l'est. IPS: Eu égard à ce que vous avez dit au sujet de la meilleure manière de procéder, quelle est la prochaine mesure qui devrait être prise?
MH : La prochaine mesure est d'obtenir une politique à travers le Conseil national de l'Afrique du Sud sur le SIDA, qui est l'organe consultatif le plus élevé du gouvernement sur le SIDA. Dans la société civile, il y a beaucoup de confusion qui entoure la circoncision et ceci doit être réglé, et dans le gouvernement, il y a de la résistance… Mais la circoncision représente une opportunité de faire de grands progrès vers la réduction du nombre de nouvelles infections, et ce dont nous avons maintenant besoin est la messagerie publique qui donne des conseils clairs et non ambigus, qui aborde les besoins de ceux qui choisissent (de pratiquer) la circoncision.

