AFRIQUE DU SUD: Un projet de fourniture d'eau suscite controverse et suspicion

GRAHAMSTOWN, 2 mai (IPS) – Un plan pour augmenter l'approvisionnement en eau potable de deux villes côtières dans la Province du Cap oriental, en Afrique du Sud, provoque un débat passionné.

Ce projet de 110 millions de dollars pour fournir plus de l'eau potable au Port Alfred et à Kenton-on-Sea, a été élaboré par la société locale de l'eau (Albany Coast Water Board), un groupe d'ingénieurs-conseils et une institution financière du secteur privé. Augmenter la consommation d'eau dans ces villes est le résultat de l'accroissement de la population dans ces régions et de leur popularité en tant que destinations touristiques. A première vue, cela pourrait paraître étonnant que l'une de ces villes doive connaître des pénuries d'eau, puisque Port Alfred est situé sur l'éternelle rivière Kowie, tandis que Kenton-on-Sea est encadré par deux rivières : le Bushmans et le Kariega. Toutefois, l'eau dans le bassin hydrographique de ces rivières a une forte salinité du fait des origines marines des formations rocheuses dans la région. Des barrages utilisés pour approvisionner les deux villes et d'autres petits villages de la région doivent être curés de façon périodique pour garantir leur constante viabilité.

Le projet qui suscite les controverses actuelles, verrait une plus grande dérivation de l'eau du plus grand réservoir d'Afrique du Sud, le Barrage de Gariep, le long d'un tunnel existant vers le Fish River. Cette eau complémentaire sera tirée de la rivière, en aval, traitée au niveau d'un réservoir près de la ville du sud-est, Grahamstown, et ensuite canalisée à travers un nouveau pipeline vers Kenton-on-Sea et Port Alfred. Toutefois, Denis Hughes, directeur de l'Institut pour la recherche en eau, basé à Grahamstown, indique que "… le rendement de l'eau du système du fleuve Orange et du Barrage de Gariep est déjà totalement fourni". Le Barrage de Gariep est situé sur le fleuve Orange. Pour d'autres critiques, ce projet est trop coûteux et compliqué. Comme de grandes parties du bassin hydrographique du fleuve Orange sont sujettes à la sécheresse, Port Alfred et Kenton-on-Sea pourraient connaître des pénuries d'eau même en temps de bonne pluviométrie si elles deviennent dépendantes du Barrage de Gariep pour leurs fournitures d'eau.

Hughes est également mécontent de ce qu'il décrit comme des réponses inadéquates données à un certain nombre de questions qui ont été soulevées lors d'une rencontre de participation publique à propos du projet, tenue au début de mars.

Au nombre des questions posées à la rencontre, figuraient la qualité de l'eau et des questions environnementales, et d'autres options pour améliorer les fournitures d'eau vers ces villes côtières. Une organisation locale de conservation, la 'Kowie Catchment Campaign (KCC), suggère qu'une sérieuse réflexion soit accordée à la construction d'une usine de dessalement comme source alternative d'eau douce. Port Alfred reçoit déjà une quantité de ses approvisionnements en eau d'une petite usine de dessalement; toutefois, Bigen Africa, la société d'ingénieurs-conseils pour le projet de pipeline, soutient que le dessalement est trop coûteux. Selon DWAF, le traitement par dessalement coûte généralement un dollar par kilo-litre. Par comparaison, le coût du traitement conventionnel de l'eau est entre un quart et un tiers de ce chiffre. Le processus secret de promotion du projet de pipeline a suscité des suspicions parmi les résidents locaux. Il a été interdit à des membres du public et aux médias de prendre part à une présentation, par Bigen Africa, de son étude de faisabilité du projet à la municipalité à Grahamstown le 20 avril. "Ils nous obligent à accepter le projet comme un fait accompli", déclare Nikki Kohly de la KCC.

La KCC est également préoccupée par la qualité de l'eau qui trouve actuellement son chemin via la rivière Kowie dans le système de distribution de l'eau de Port Alfred.

De grands collecteurs d'eaux pluviales à ciel ouvert, construits dans les années 1800, passent le long des bords de plusieurs rues à Grahamstown, environ 60 kilomètres en amont; lorsqu'il pleut, le contenu pollué de ces collecteurs se déverse finalement dans la rivière Kowie.

Le porte-parole de la KCC, Jim Cambay, déclare que les ruisseaux qui coulent des collecteurs sont dans un état terrible : "Ils sont traités comme des dépotoirs à ciel ouvert, et quand les pluies arrivent, la plupart de ces ordures sont déversées dans les fermes le long de la Belmont Valley".

La KCC compte presque entièrement sur des enregistrements photographiques pour surveiller les ruisseaux dans le bassin hydrographique de Kowie. Le groupe envoie les photographies à la municipalité locale et au Musée Albany à Grahamstown pour que les membres du public soient en mesure d'examiner les preuves de l'état dégradant des lits des ruisseaux. Les enregistrements photographiques ne révèlent cependant rien sur la qualité de l'eau dans les ruisseaux.

Cambay dit qu'il aimerait faire des examens chimiques sur l'eau; mais comme la KCC ne dispose pas d'assez de fonds pour cela, il essaie de convaincre la municipalité pour partager ses enregistrements — un processus qui s'est avéré frustrant. "Au cours des cinq dernières années, j'ai essayé d'obtenir les enregistrements sur la qualité de l'eau de la municipalité concernant ce qui est déversé dans la rivière Kowie en provenance des champs d'épandage", souligne Cambay. Les collecteurs d'eaux pluviales font partie du système d'égout de la région.