SANTE-RDC: De l'eau partout, mais est-elle potable à boire?

KINSHASA, 30 avr (IPS) – La pluie tombe à verse, déferlant vers l'est, le long du fleuve Congo à travers Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC).

Il est midi, mais le ciel devient noir et bientôt les rues pleines de nids-de-poule de cette métropole délabrée mais animée, sont remplies de flaques de taille d'une mare, dont plusieurs sont plus larges que les voitures qui les traversent. Avril est le début de la saison pluvieuse pour les provinces orientales de la RDC, un moment où toujours plus d'eau se déverse sur une région déjà trempée.

Mais malgré une abondante provision de pluie et des fleuves qui font des remous, l'accès à l'eau potable est un problème persistant pour cette nation d'Afrique centrale. Aussi vaste que l'Europe de l'ouest, la RDC essaie encore de recoller les morceaux après une décennie de guerre et de bouleversements y afférents qui ont coûté la vie à plus de cinq millions de personnes, selon des chiffres récents publiés par l'organisation humanitaire, le Comité international de secours (IRC). Le dictateur Mobutu Sese Seko, au pouvoir pendant plus de 30 ans jusqu'en 1997, avait également fait peu de choses pour développer les infrastructures du pays.

Une enquête démographique de santé des Nations Unies, menée en RDC en 2001 (l'année la plus récente pour laquelle ces données sont disponibles), a conclu que seulement 46 pour cent de la population nationale avaient accès à l'eau potable. Dans les zones rurales, bien que 60 pour cent de la population puissent avoir accès aux sources d'eau naturelle, juste 30 pour cent des ces sources étaient protégées contre une contamination éventuelle.

Kinshasa, une ville de près de huit millions d'habitants, n'a pas de système d'égouts central. Dans les zones rurales telles que les provinces du Nord-Kivu et de l'Orientale, il est fréquent de voir des femmes et des enfants recueillir l'eau d'une pompe communale et la porter ensuite à la maison dans des seaux. Malgré les conflits actuels dans l'est du pays, une étude publiée au début de cette année affirme que moins d'un pour cent de tous les décès en RDC étaient directement liés aux violences. "La majorité des décès est due aux maladies infectieuses, à la malnutrition et aux conditions néo-natales — et relatives à la grossesse", indique le rapport intitulé 'Mortalité en République démocratique du Congo : une crise persistante', produit par l'IRC et le 'Burnet Institute' — une organisation de recherches médicales et de santé publique basée à Melbourne. Trop souvent, les maladies infectieuses en question s'installent parce que les provisions d'eau sont contaminées. "Principalement les causes (des maladies en RDC) sont la qualité de l'eau, que cette eau soit bouillie ou pas, l'hygiène n'est pas soignée autour de la maison, et autres", déclare Steven Lauwerier, représentant adjoint du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) en RDC. Des huit Objectifs du millénaire pour le développement adoptés par l'Assemblée générale des Nations Unies en 2000, on s'accorde généralement à dire que la RDC sera capable d'atteindre seulement un d'ici à la date limite de 2015, celui d'assurer la durabilité environnementale, qui comprend comme principale composante, l'accès durable à l'eau potable saine.

A cet effet, en collaboration avec le gouvernement du président Joseph Kabila, l'UNICEF a démarré la mise en œuvre d'un système appelé 'Village assaini' ou programme "Healthy Village" (Village en bonne santé), qui cherche à encourager non seulement l'approvisionnement en eau potable, mais également des pratiques hygiéniques et sanitaires. "Si vous encouragez seulement la promotion de l'eau potable et les gens ne lavent pas leurs mains correctement, ceci ne va pas réduire la diarrhée, alors nous avons pensé qu'il était important de concevoir un programme global avec différentes composantes", explique Rinko Kinoshita, responsable de la planification de l'UNICEF en RDC.

Un programme basé sur la demande, 'Village Assaini', exige qu'une communauté demande à y prendre part, après quoi le gouvernement, les agences étrangères et la communauté cherchent à atteindre des objectifs tels que pourvoir 80 pour cent des ménages en toilettes correctes, et 70 pour cent en eau potable. Les matériaux non disponibles localement, comme le ciment, seront fournis — mais la participation de la communauté dans l'entretien et la protection des sources d'eau avec les matériaux locaux, est aussi importante. Dans une autre initiative, une organisation non gouvernementale qui a son siège à Washington et qui mène ses activités en RDC, 'Population Service International' (PSI), a mis l'accent sur la mise à disposition de deux types de comprimés de traitement d'eau, pour lesquels les récipiendaires payent un montant nominal.

Le premier, un produit appelé PUR, peut réduire de façon significative le risque de maladie diarrhéique en enlevant la saleté et les vers intestinaux de l'eau. Les autres comprimés, Aquatabs, réduisent le risque de maladies d'origine hydrique telles que le choléra et la typhoïde. "Ils baissent le coût de purification de l'eau et sont beaucoup plus faciles à transporter que le chlore", affirme Theresa Gruber-Tapsoba, la représentante du PSI dans le pays.

Un seul sac de Aquatabs est capable de purifier 20 litres d'eau, tandis que la même quantité de PUR est efficace pour 70 litres d'eau.

La javellisation est souvent utilisée dans les régimes de traitement d'eau des pays qui ont des infrastructures plus développées, puisqu'elle est hautement efficace pour tuer les bactéries d'origine hydrique.