Q&R: ''J'en donnerai aux grands garçons pour leur argent''

NAIROBI, 29 avr (IPS) – Elle a marqué les livres de l'histoire de son empreinte en devenant l'une des trois femmes à disputer la présidence au Kenya; mais, Nazlin Umar ne siègera pas à la 'State House' (la Présidence), du moins au cours du mandat politique actuel.

Ce membre du 'Workers Congress Party' était la seule femme parmi les neuf candidats en lice pour la présidence dans les élections du 27 décembre qui ont déclenché des violences généralisées dans ce pays d'Afrique de l'est, ceci après que le leader de l'opposition Raila Odinga a accusé le président Mwai Kibaki de fraude électorale pour obtenir son second mandat en tant que chef de l'Etat. Toutefois, Umar n'a pas eu de bons résultats dans l'élection, et doit encore attendre pour voir si elle pourra obtenir un siège au parlement. Les résultats des élections législatives dans sa circonscription électorale, Kamukunji, ont été annulés à cause des inquiétudes au sujet du truquage des votes, et la date d'une reprise dans la région n'a pas encore été fixée. Les scrutins législatifs ont été également organisés en décembre. La correspondante de IPS, Kwamboka Oyaro, a interviewé Umar à propos de ses aspirations présidentielles avant le scrutin de l'année dernière, et l'a encore rencontrée récemment pour parler de la vie sur la piste de la campagne. La discussion est intervenue juste avant la cérémonie du 13 avril dernier, destinée à prêter serment dans un gouvernement de coalition qui est prévu pour unir Kibaki et Odinga en vue de se frayer un chemin hors du bourbier post-électoral.

IPS: Bien que la présidence ait été tranchée, vous avez toujours vos regards fixés sur la fonction politique sous la forme d'un siège parlementaire. Mais, le 'Workers Congress Party' n'a pas réussi à gagner ailleurs. Pourquoi croyez-vous que vous pouvez gagner sur cette liste dans votre circonscription électorale?

Nazlin Umar (NU) : En ce moment, nous n'avons aucune opposition au parlement. Les Kenyans se sentent délaissés puisqu'ils n'ont jamais demandé un gouvernement de coalition. Les grands garçons sont les grands traîtres du peuple kenyan, donc la présidence qui a été décidée n'est pas la décision des Kenyans. Je ne pense pas que l'union… durera. Vous verrez. Vous ne pouvez pas avoir deux personnes à la tête du pays.

Pour éviter cette tragédie qui attend notre pays sans une opposition, j'ai initié un mouvement pour rassembler tous ceux qui ont disputé les élections de l'année dernière et ont perdu, afin de constituer une opposition formidable à l'extérieur du parlement. Dans les quelques semaines à venir, nous divulguerons notre programme.

Quand on va demander une nouvelle élection — je suis celle qui l'a exigée après avoir vu le truquage évident dans ma circonscription électorale — je serai candidate, bien entendu. Jusqu'à maintenant, je suis sûre que le siège de Kamukunji est le mien. La population m'a plus appréciée après avoir vu que les hommes n'ont pas en cœur leur bien-être, mais sont en train de lutter pour des postes politiques et pour la suprématie. IPS: En tant que candidate à la présidence, vous avez demandé à ce que les salaires des hauts fonctionnaires — y compris les parlementaires — soient réduits. Si vous êtes élue députée, quelles réductions exigeriez-vous concernant le salaire des députés?

NU : Je ne peux certainement pas dire de 50 pour cent ou tout autre pourcentage. Mais il devrait être clair que les députés et les ministres devraient gagner légèrement en dessus de ce que gagnent les personnes ordinaires, et non les salaires exorbitants qu'on leur paie actuellement pendant que plusieurs Kenyans vivent dans la pauvreté.

En tant que simple députée, j'introduirais une proposition de loi au parlement demandant une baisse des salaires. Je sais que j'obtiendrai le soutien à l'extérieur du parlement, et puisque la plupart des députés ont leurs yeux rivés sur 2012, les prochaines élections, ils soutiendront également cette proposition. Je crois qu'elle sera votée. IPS: En ce qui concerne la question du truquage des votes, quelles sont les principales mesures qui doivent être prises pour garantir que ceci ne se reproduise pas lors du prochain tour des élections?

NU : Le vote électronique est la solution. Vous n'avez même pas besoin d'une carte d'électeur. Plusieurs jeunes ont plus de 18 ans et cela fait des années avant qu'ils n'aient des cartes d'identité, sans compter les cartes d'électeurs. Cela devrait être un système électoral automatique pour que dès que quelqu'un vote, l'information soit relayée immédiatement au centre de vote national. Ce système sera infaillible et le truquage sera hors de question. IPS: Revenons sur votre candidature à la présidence : Quand nous avons parlé la dernière fois, vous étiez optimiste à propos du soutien que vous obtiendrez à travers la parole et des personnes voyant la manière dont vous avez abordé la course. Pourquoi ceci ne s'est-il pas traduit en une meilleure performance aux élections?

NU : Mais ces votes ont été truqués… Dans le bastion du PNU, toutes mes voix ont été prises. Dans les bastions de l'ODM, toutes mes voix ont été également prises. Je n'ai pas eu d'argent pour louer des agents électoraux qui seront sur leurs gardes pour empêcher cela, donnant ainsi l'occasion à mes opposants de s'en donner à cœur joie. ("PNU" désigne le Parti de l'unité nationale de Kibaki, et "ODM", le Mouvement démocratique orange de Odinga). D'autres choses sont également intervenues pour affecter ma performance aux élections. Dès que je suis devenue la seule femme candidate à la présidence, les organisations de femmes qui prétendent soutenir des femmes candidates sont parties. Je n'ai reçu aucun sou d'elles. Elles se sont en réalité déclarées ouvertement pour soutenir les hommes candidats. Je pense que la race et le fait que je sois musulmane, ou de ne pas venir d'une grande origine ethnique, ont aussi affecté mes suffrages. Je peux dire que j'ai été une victime de genre et d'une intolérance raciale. IPS: Votre insuffisance relative en terme d'exposition médiatique pendant la campagne a été un obstacle. Quel type de stratégie médiatique utiliseriez-vous si l'opportunité de se présenter vous était offerte de nouveau?

NU : A partir de mon expérience dans les dernières élections, je me suis rendu compte que les médias de ce pays ne sont pas du tout objectifs… Ils étaient partiaux contre certains candidats et écrivaient, comme ils l'entendaient, des articles positifs au sujet des candidats de leur choix. En effet, en tant que députée, je proposerai aussi un projet de loi pour rendre obligatoire aux médias de donner une couverture égale à tous les candidats politiques. Ce qu'ils ont fait était une violation de la liberté de presse… Je vais utiliser la discrimination dont j'ai été victime — violations de genre, religieuses et raciales — pour obtenir le soutien des donateurs pour des programmes en vue de décourager de telles pratiques. IPS: Vous aviez également des inquiétudes au sujet des violences de campagne quand nous avions parlé dernièrement avec vous. Ces inquiétudes ont-elles persisté à travers la campagne?

NU : Oui, elles ont continué. Des supporters des deux partis principaux ont continué de me menacer. Il y a même un moment où on a tiré sur ma résidence. IPS: Pensez-vous que les autorités sont déterminées à faire des enquêtes à fond sur les menaces à votre encontre?

NU : Faire des enquêtes sur les menaces? Non, je pense qu'elles sont trop occupées pour cela! Je n'ai rien appris d'elles après avoir signalé la menace. Mais tant que j'avais la sécurité, j'étais certaine que j'étais en sécurité — non plus après que la sécurité a été retirée. IPS: Envisageriez-vous une autre candidature pour la présidence?

NU : Oui… Lorsque nous ferons une nouvelle tentative à la présidence, j'en donnerai aux grands garçons pour leur argent. Mes chances sont maintenant même plus élevées. Pendant les querelles pour les postes ministériels, les Kenyans ont découvert que les hommes n'avaient pas leurs intérêts à cœur, mais étaient juste égoïstes. Je suis la meilleure option.