DEVELOPPEMENT: Des opinions se heurtent au sujet de ce qui est meilleur pour l'Afrique

ACCRA, 24 avr (IPS) – "L'Afrique n'est pas un cas désespéré. Le continent ne souffre que des effets des événements dans lesquels il n'y est pour rien et qu'il ne peut pas contrôler", a déclaré Ekplom Afeke, un activiste togolais qui prend part à la 12ème réunion de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) en cours à Accra, au Ghana.

Afeke affirme que le continent a été exclu du commerce et d'investissements pendant des décennies. Comme si cela ne suffisait pas, les effets d'une mauvaise gestion environnementale à l'extérieur du continent aggravent aujourd'hui la crise de pauvreté de l'Afrique. Il n'est pas seul dans son analyse. Le secrétaire général des Nations Unies (ONU), Ban Ki-moon, qui préside la réunion, a exprimé de la frustration face aux tentatives négligentes faites par la communauté internationale pour accroître le commerce et l'investissement en Afrique. Il a mentionné que les "avantages de la mondialisation, spécialement l'accroissement du commerce et de l'investissement", qu'il considère comme les vecteurs les plus sûrs de la croissance à long terme et du développement humain, "attendent malheureusement encore d'être bénéfiques pour l'Afrique". La part de l'Afrique dans le commerce mondial et l'investissement étranger représente trois pour cent seulement. "Un moyen sûr d'augmenter ce chiffre est d'assurer une rapide percée dans le Round de Doha (des négociations commerciales mondiales), celle qui intègre un développement significatif et des progrès d'infrastructures facilités par l'aide au commerce", a déclaré Ban à la conférence. Dans la dernière décennie, des gouvernements africains ont bénéficié de la flambée des prix des produits de base, augmentant leurs dépenses sur les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) de l'ONU pour promouvoir un large développement. Malheureusement, a indiqué le secrétaire général, "le défi des OMD a été compliqué par la montée alarmante des prix mondiaux des produits alimentaires. Des prix élevés menacent de détruire les gains réalisés jusqu'ici en matière de lutte contre la faim et la malnutrition". Afeke a dit de "regarder simplement la question du réchauffement mondial et son effet sur l'Afrique et vous vous rendriez compte qu'on est encore en train de faire souffrir le continent pour quelque chose qu'il n'a pas provoqué".

Le secrétaire général semble être du même avis que Afeke lorsqu'il a dit aux délégués que "le changement climatique est un autre domaine de grande et croissante préoccupation en Afrique. Les populations de ce continent, qui ont très peu contribué à ce problème, ne doivent pas à elles seules porter ce fardeau".

Le secrétaire général de la CNUCED, Supachai Panitchpakdi, a été critique pour la croissance générée par les produits de base dans son discours aux délégués.

Même si le commerce entre les pays en développement a triplé entre 1995 et 2005, "la performance des pays en développement en général au cours des dernières années et le progrès dans les pays les moins avancés et d'autres économies à faible revenu sont lents et continuent de dépendre avant tout des exportations des matières premières à faible valeur ajoutée.

Avec ces antécédents, il devient clair que le taux actuel d'amélioration du niveau de vie "est trop bas pour atteindre l'OMD qui demande de réduire de moitié l'extrême pauvreté à travers le monde d'ici à 2015", a déclaré Panitchpakdi. Ban reconnaît également qu'il est peu probable que plusieurs pays atteignent ces objectifs. Il a choisi l'Afrique comme celle étant "en danger" parce que "pas un seul pays n'est sur la bonne voie d'atteindre tous les OMD d'ici à 2015". Toutefois, tout n'est pas sombre en Afrique. Selon Ban, le Ghana, le Kenya, la Tanzanie et l'Ouganda ont tous enregistrés des succès dans divers domaines de développement. D'autres pays comme le Sénégal ont fait des progrès vers la réalisation de l'objectif consistant à élargir l'accès à l'eau potable. Le Niger, le Togo et la Zambie ont fait d'impressionnants progrès dans le contrôle du paludisme à travers la distribution gratuite de moustiquaires.

"Ces histoires de réussite doivent se reproduire et augmenter proportionnellement à travers l'Afrique avec un soutien effectif de la part de la communauté internationale", a ajouté Ban.

Malheureusement, la campagne des OMD n'est pas le seul effort international auquel l'Afrique prend part. L'Oxfam du Royaume-Uni a averti dans un rapport publié le 21 avril que l'Union européenne causera "d'irrévocables dommages aux perspectives de développement de certains des pays les plus pauvres du monde à moins qu'elle rectifie les accords de libre-échange prévus pour être finalisés cette année". Ces accords commerciaux sont les accords de partenariat économique en cours de négociations qui, selon Oxfam, "seront préjudiciables aux personnes pauvres et mineront le développement à travers l'Afrique, les Caraïbes et le Pacifique". Selon Oxfam, leur analyse montre que "ces accords se sont très écartés du modèle de développement qu'ils étaient supposés suivre. Le coût sera énorme : pertes annuelles en provenance des réductions de tarifs de 360 millions de dollars pour l'Afrique seule et neuf autres millions de dollars pour la conformité avec tous les pays impliqués". Mais le ministre britannique du Commerce international, Gareth Thomas, qui était aussi présent à la conférence de la CNUCED, est campé sur ses positions, affirmant qu'il y avait un besoin urgent de conclure les négociations commerciales qui permettront aux pays en développement de "tracer leur chemin à travers le commerce vers la croissance et la prospérité". Il a dit que "nous sommes à quelques semaines du point de marque ou d'arrêt des discussions commerciales de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Si le monde veut faire de son mieux pour les pays les plus pauvres, il doit bannir le protectionnisme et sceller maintenant un accord". Thomas a soutenu que "le commerce plus juste signifie se débarrasser des interdictions d'exportations, réduire les subventions agricoles qui faussent les échanges et baisser les tarifs". Quand ceci sera réalisé, il croit que le commerce "aidera les agriculteurs à mieux réagir aux prix actuels élevés des produits alimentaires au niveau mondial et à accroître la production, mais ceci n'est qu'une partie de la solution. Nous avons également besoin de plus d'investissement pour augmenter la productivité agricole. Si les agriculteurs sont capables d'obtenir les prix plus élevés, alors ils investiront". Ban a ajouté de la même manière que "nous avons besoin d'un accroissement substantiel des dépenses sur l'agriculture. En particulier, le commerce et l'investissement devraient être utilisés pour apporter une 'révolution verte' d'une meilleure productivité agricole à travers l'Afrique". Par contre, Afeke pense que les conférences de la CNUCED n'ont pas résolu des problèmes dans le passé. Il est sceptique de ce que réserve l'avenir. Toutefois, il voit "un certain engagement" de la part de certains dirigeants, spécialement le président brésilien Luiz Ignacio "Lula" da Silva.

Lula, comme il est souvent appelé, a intensifié la coopération technique entre son pays et un certain nombre de pays africains pour accroître la production agricole. "Ceux-ci sont les visionnaires de l'avenir sans lesquels l'Afrique ne décollerait jamais", a ajouté Afeke.