ACCRA, 25 avr (IPS) – Le seul moyen par le lequel les pauvres, en particulier les femmes, bénéficieront de tous les efforts que la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a consentis pour l'amélioration du commerce mondial, est d'assurer que les inégalités de pouvoir soient corrigées.
Tel est le commentaire de Esther Busser, conseillère en politiques commerciales de la Confédération syndicale internationale basée à Genève, qui prend part à la 12ème réunion de la CNUCED à Accra, au Ghana. Elle a commencé le 20 avril et pris fin ce vendredi. Cette confédération est une organisation non gouvernementale (ONG) travaillant dans le sens de la protection des droits des travailleurs. Dans un entretien avec IPS, elle a affirmé que les dirigeants de la CNUCED n'ont pas au départ la volonté politique de prendre des décisions qui profiteraient aux pauvres. La CNUCED devrait examiner comment la libéralisation affecte les pauvres, en particulier les femmes, et "écarter les questions uniquement relatives au commerce et à l'investissement". La conseillère spéciale des Nations Unies sur les questions de genre et secrétaire générale adjointe, Rachel Mayanga, a déclaré à la conférence que la CNUCED devrait aider les gouvernements à concevoir des programmes qui garantiraient l'équité sociale dans une ère de mondialisation déséquilibrée. Ceci est nécessaire pour libérer les pauvres, les femmes et d'autres groupes marginalisés des contraintes persistantes relatives à l'emploi, à la prise de décisions et à l'accès aux financements des affaires. "A moins que le monde concentre de nouveau ses politiques pour s'attaquer aux effets négatifs de la mondialisation et de l'inégalité économique sur le développement et la réduction de la pauvreté, les pauvres et les privilégiés continueront de vivre dans des mondes à part", a dit Mayanga lors d'une table ronde sur la mondialisation, le développement et la réduction de la pauvreté. Elle a averti que peu de pays, pauvres ou riches, étaient immunisés contre la marée montante de l'inégalité mondiale, rendant impératives des politiques économiques et sociales et des institutions qui intensifieront des efforts pour réduire l'élargissement des disparités sociales et de genre.
"Concernant les femmes et l'équité sociale", Mayanga a indiqué que "malgré certains exemples positifs où la mondialisation a augmenté les opportunités d'emploi et renforcé des groupes et réseaux de soutien aux femmes, elle a également renforcé ou aggravé plusieurs inégalités de genre existantes". Les femmes portent non seulement un fardeau disproportionné de la pauvreté mondiale, mais dans certains cas, la mondialisation a agrandi cet écart, avec des femmes qui perdent plus que leur part des emplois, des bénéfices et des droits au travail.
"Par conséquent, l'égalité de genre en tant qu'objectif en soi et, en tant que moyen pour atteindre les objectifs de développement convenus sur le plan international, supposait un relèvement du niveau d'importance et d'urgence", a-t-elle ajouté.
Mayanga a conclu en disant que les politiques devraient être sensibles au genre. Elles devraient promouvoir la capacité des femmes à s'engager pleinement à tous les niveaux d'activités de développement. Ceci "éliminerait considérablement l'inégalité.
Supachai Panitchpakdi, secrétaire général de la CNUCED, a appelé mercredi à inclure le genre en tant que catégorie dans les statistiques du travail qui retracent des effets de la libéralisation du commerce. Il a également suggéré que le renforcement de la capacité commerciale puisse prendre connaissance du genre. Busser a déclaré que "dans plusieurs pays à travers le monde, spécialement dans les zones de transformation pour l'exportation, des travailleurs ne sont pas autorisés à s'organiser. Ceci a conduit au mauvais traitement des travailleurs, dont la conséquence est le gain de salaires très bas. "Invariablement, ce sont des femmes qui en font les frais parce qu'elles ne sont pas organisées et n'ont pas la voix (pour protester)", a confié Busser à IPS. Bernice Chenge, travailleuse du textile en provenance de la Zambie, qui a pris part à certaines des activités parallèles organisées par des ONG présentes à la conférence, était du même avis que Busser.
"Quand une société étrangère a ouvert une industrie textile à Lusaka, la capitale zambienne, des femmes qui constituaient la plus grande partie des employés, étaient payées en dessous du salaire minimum national. Lorsque nous avons essayé de nous plaindre aux autorités, certaines d'entre nous étaient considérées comme des rebelles et licenciées", a-t-elle dit.
La Confédération syndicale internationale a estimé, à travers ses contacts avec des travailleurs à travers le monde, qu’au fur et à mesure que la CNUCED essaie de lever les barrières au commerce, elle ne crée aucun mécanisme qui protègerait les travailleurs, a indiqué Busser. Par conséquent, ce sont les grandes sociétés qui continuent de récolter les bénéfices de la libéralisation du commerce. Des exemples seraient le commerce du café, des céréales et de la banane.
Le coordinateur des politiques commerciales internationales de 'Actionaid', Aftab Alam Khan, a affirmé que l'agriculture est "au cœur de la question des produits de base. Des compagnies multinationales dominent le secteur, dictant les termes (de l'échange) et affectant négativement les pays en développement dépendant des produits de base tout en tirant des profits injustes de la chaîne d'approvisionnement". 'Actionaid' est une ONG de lutte contre la pauvreté.
La recherche conduite par 'Actionaid' et le 'South Centre' révèle que les six premières sociétés d'import-export de café détenaient la moitié du marché mondial en 1998 tandis qu'en 2002, seulement deux firmes contrôlaient les trois quarts du commerce céréalier mondial et deux autres, la moitié du commerce mondial de banane. Cette situation a donné plus de pouvoir aux personnes morales. Busser a déclaré que "des gouvernements sont en train de perdre leur contrôle politique et ne peuvent plus assurer la protection sociale qui peut garantir les droits des travailleurs". La plupart des gouvernements semblent conscients du problème, mais ne savent pas comment équilibrer les conditions nécessaires à la croissance et au même moment exiger l'égalité sociale, laquelle constitue ce dont les pauvres et les vulnérables de la société ont besoin. Le président de la Finlande, Tarja Halonen, a déclaré que les gouvernements ne doivent pas préférer la croissance à la justice sociale, parce que les deux pourraient et devraient co-exister.
"Donner le pouvoir aux femmes d'être actives dans les prises de décisions et d'être des partenaires égales dans la main-d'œuvre et l'environnement commercial, est un moyen sûr pour les pays de solidifier les acquis sociaux et d'accroître la compétitivité". Halonen a ajouté que "les gouvernements devraient faire plus pour encourager et soutenir les jeunes femmes et filles à jouer des rôles actifs dans toutes les sphères de la société, notamment à travers l'augmentation des opportunités d'éducation".

