NATIONS UNIES, 10 avr (IPS) – Les Nations Unies demeurent pratiquement handicapées puisque deux missions de maintien de la paix proposées en Afrique — l'une au Darfour et l'autre en Somalie — sont en train de faire peu ou pas de progrès.
Depuis 2004, le Conseil de sécurité a adopté sept résolutions relatives au Darfour, où le conflit en cours a coûté la vie à plus de 200.000 civils, et réduit plus de 2,2 millions au statut de réfugiés ou de personnes déplacées à l'intérieur du pays. En Somalie, la guerre civile qui a débuté en 1991, a déstabilisé le pays malgré 14 accords de paix.
Mais sur les deux fronts de bataille, l'organisation mondiale est incapable ou réticente à ramener la paix et la stabilité, soit pour des raisons politiques, soit pour des raisons logistiques.
L'appel désespéré à l'aide du secrétaire général Ban Ki-moon — notamment les troupes, les équipements militaires et surtout le soutien politique des Etats membres — a trouvé peu de réaction positive.
Le sous-secrétaire général Jean-Marie Guéhenno, chef des opérations de maintien de la paix, a été plus critique quand il a déclaré que "le soutien souvent hésitant" de la communauté internationale "pour les opérations de maintien de la paix de l'ONU était en train de rendre difficile le maintien des acquis dans des zones de conflit clés".
L'ONU a proposé une force de maintien de la paix de 26.000 soldats au Darfour, dans l’ouest du Soudan. Mais seulement 7.467 soldats sont sur place depuis la création de la Mission conjointe Union africaine-ONU au Darfour (UNAMID) le 31 décembre de l'année dernière.
La mission a encore besoin de plus de 18.000 soldats, principalement africains, et d'environ 18 hélicoptères. Mais il y a eu peu d'offres d'hommes et d'équipements, à part quatre hélicoptères venant de l'Ethiopie.
Il y a quatre ans, le Conseil de sécurité a abordé la question du Darfour pour la première fois, a déclaré Ban la semaine dernière. "La situation demeure [aussi] sinistre que par le passé, sinon pire. Les violences visant des civils, notamment des femmes et des filles, se poursuivent à des niveaux alarmants sans la possibilité de situer les responsabilités, ou d’y mettre fin", a-t-il averti vendredi dernier. Il a également dit que le conflit au Darfour "persiste à des niveaux extrêmes et inacceptables. Mais la souffrance constante est à la fois impardonnable et évitable, et le potentiel pour la paix et le progrès est grand".
Le secrétaire général envisage également une nouvelle force multinationale de maintien de la paix de 27.000 soldats en Somalie.
Mais la création de cette force a été retardée d'abord parce que "il n'y a aucune paix à maintenir en Somalie en premier lieu", selon l'ambassadeur Francis Butagira de l'Ouganda, dont les troupes sont déjà en Somalie dans le cadre d'une mission symbolique de l'Union africaine (UA) dans ce pays.
Toutefois, il affirme que la Somalie a besoin d'une force totale de 15 à 21 bataillons d'infanterie dans une opération proposée qui pourrait coûter environ 817,5 millions de dollars par an. "L'Ouganda est présent en Somalie pour une bonne cause et nous tiendrons bon, car nous croyons que la communauté internationale ne devrait pas abandonner la Somalie", a souligné Butagira, le mois dernier au Conseil de sécurité. Le représentant spécial de l'ONU en Somalie, A. Ould-Abdallah, a déclaré en décembre dernier au Conseil de sécurité qu'il y avait peu de raison de croire "qu'il a une quelconque chance de réussite si la communauté internationale continue d'adopter une approche de 'business as usual' (rien n'a changé)" par rapport au conflit.
"Il y a de sérieuses conséquences pour la Somalie, la région et probablement le monde, si le conflit n'est pas résolu et une solution durable définitive n'est pas acceptée", a-t-il ajouté. Comparés à la Sierra Leone, au Liberia et à d'autres pays africains qui ont été bloqués dans des guerres civiles, les efforts pour résoudre le conflit en Somalie "n'ont pas pu jusqu'ici porter des fruits", a-t-il indiqué. Lors d'une visite à New York le mois dernier, l'ancien secrétaire général Kofi Annan a critiqué les Etats membres pour leur manque de volonté à donner un appui inconditionnel aux opérations de maintien de la paix.
"Je peux comprendre pourquoi certains pays ne mettront pas de troupes sur le sol au Darfour pour des raisons que je pense que nous pouvons accepter", a-t-il dit. "Mais, je ne peux pas comprendre pourquoi ils ne peuvent pas se passer de deux hélicoptères".
Annan, qui a supervisé la création de plus d'une douzaine de nouvelles missions de maintien de la paix de l'ONU au cours de son mandat de 10 ans en tant que directeur administratif de l'institution mondiale, a également averti d'un nouveau danger imminent : les Nations Unies étaient en train de prendre à leur charge trop de missions de paix qu'elles peuvent être incapables de gérer. L'ancien secrétaire général a indiqué que l'organisation mondiale sera "débordée" par le nombre croissant de conflits dans le monde — principalement en Afrique et en Asie. "Je ne pense pas que l'ONU soit en position aujourd'hui d'aller prendre le relais en Afghanistan; je ne pense pas que l'ONU puisse obtenir les ressources pour jouer un rôle majeur et actif en Somalie", a-t-il souligné.
"Nous nous battons déjà pour avoir les ressources au Darfour, où certains l'ont qualifié de génocide", a indiqué Annan. Et ce qui est pire encore, a-t-il dit, a été "de donner l'impression d'agir quand rien ne se passe. Ceci, je pense, est plus préjudiciable".
Accablées par 17 opérations de maintien de la paix, notamment des missions à grande échelle en Afrique, les Nations Unies manquent de troupes, d'équipements militaires, de fonds et de volonté politique des Etats membres, pour porter une charge sans cesse lourde actuellement en danger d'effondrement. Quand environ 1.000 Kenyans ont été tués récemment dans des conflits ethniques dans ce pays d'Afrique orientale, l'organisation mondiale était soit impuissante, soit réticente à agir.
Dans la Corne de l'Afrique, les Nations Unies étaient obligées de se retirer de l'Erythrée et d'installer ailleurs leurs troupes à cause du manque de coopération des Erythréens. La Mission de l'ONU en Ethiopie et en Erythrée, qui a été créée en juillet 2000 pour surveiller un cessez-le-feu mettant fin à une guerre frontalière entre les deux voisins, est à un arrêt quasi-total. A tort ou à raison, l'Union africaine adopte la position selon laquelle les problèmes africains doivent être résolus par les Africains eux-mêmes, non par des étrangers.
Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l'UA, a déclaré le mois dernier qu'il était "scandaleux" de dépenser deux milliards de dollars par an pour l'entretien d'une force de maintien de la paix de 26.000 soldats, proposée par l'ONU au Darfour quand les besoins urgents de l'Afrique sont ailleurs.
Présentant une perspective africaine, l'ancien président du Mali a confié aux journalistes qu'il "regrettait vraiment" que "d'énormes sommes soient en train d'être investies dans la prévention des conflits en Afrique, lesquelles pourraient être mieux utilisées pour s'attaquer aux défis de développement du continent".
L'énorme budget de l'UNAMID, l'un des plus colossaux dans l'histoire du maintien de la paix de l'ONU, était "scandaleux", a-t-il affirmé, considérant que la clé pour résoudre le problème au Soudan était "avec nous". Il a toutefois reconnu qu'il y avait une "responsabilité africaine" dans la résolution des problèmes de paix et de sécurité sur le continent.
Jane Holl Lute, secrétaire générale adjointe pour le soutien sur le terrain, déclare que le budget total de maintien de la paix de l'ONU, qui était moins de deux milliards de dollars en 2003, pourrait excéder sept milliards de dollars en 2007-2008 : plus de trois fois le montant du budget régulier annuel de l'ONU.

