HARARE, 27 mars (IPS) – Vers la fin de l'année dernière, IPS a fait un reportage sur une campagne visant à amener les femmes à représenter 50 pour cent des candidats aux élections du 29 mars au Zimbabwe. Mais, cela ne s'est pas produit ainsi.
C'est seulement environ 13 pour cent des candidats pour la Chambre du parlement qui sont des femmes — avec environ 30 pour cent des candidats au sénat, selon des statistiques de la 'Women in Politics Support Unit', une organisation non gouvernementale (ONG) locale. Alors, qu'est-ce qui a mal tourné? Pour avoir une réponse à cette question et à d'autres relatives à la campagne '50-50', le journaliste de IPS Tonderai Kwidini s'est entretenu avec Luta Shaba, directrice exécutive de la 'Women's Trust', l'ONG qui a pris la tête de l'initiative. Le Zimbabwe organisera également des élections présidentielles dans deux jours (aucune femme ne dispute cette élection), et un scrutin municipal pour lequel des chiffres liés au genre sont difficiles à obtenir. Le scrutin se tient dans un contexte de crise politique et économique qui a déjà poussé des groupes de défense des droits à émettre des doutes sur le caractère libre et transparent du vote; les élections législatives de 2000 et de 2005 et l'élection présidentielle de 2002 ont été gâchées par des violations des droits de l'Homme et des allégations de truquage du vote pour le compte de l'Union nationale africaine du Zimbabwe – Front patriotique, au pouvoir. Certaines des préoccupations les plus pressantes dans le cas des élections de samedi se rapportent à l'intimidation actuelle de l'opposition et le parti pris de la presse publique contre les candidats de l'opposition, une liste d'inscription erronée qui pourrait favoriser la fraude et la manipulation de l'aide alimentaire à des fins politiques. Tonderai Kwidini (TK) : Votre campagne visait en partie à amener les femmes à représenter 50 pour cent des candidats en lice pour les élections prochaines. Mais les chiffres montrent que les partis n'atteignent pas cet objectif. Quelles en sont les principales raisons? Luta Shaba (LS) : Je devine que la campagne n'a pas eu un impact sur les partis politiques parce qu'il n'y a pas de mécanisme clair en place pour obliger les partis politiques à respecter les directives de la SADC sur la participation des femmes en politique. (Le Zimbabwe est signataire de la Déclaration de 1997 sur le genre et le développement de la Communauté de développement d'Afrique australe, qui a fixé un objectif d'avoir 30 pour cent des postes de prise de décision dans les nations membres aux mains des femmes vers 2005, un objectif ajusté depuis à 50 pour cent des postes). Ces directives sont claires, mais il y a un fossé laissé entre celles-ci et les politiques nationales. Nous disons par conséquent que le gouvernement doit mettre en place des directives constitutionnelles pour tous les partis politiques afin de s'assurer que les femmes auront une place dans la politique.
TK : En parlant à IPS l'année dernière, vous avez dit que la campagne voulait "débattre des questions qui nous empêchent en tant que femmes de venir au pouvoir et opérer des changements novateurs dans la vie des femmes". Quelles questions avez-vous identifiées à cet égard et comment les avez-vous abordées? LS : Les choses les plus pénibles sont les machinations des partis politiques où des femmes candidates sont parfois utilisées comme des pions dans un jeu politique, étant reléguées dans des régions où les chances de réussir pourraient être minces. L'autre grande question est le manque d'accès aux ressources telles que les finances, ce qui est en soi un problème de genre du fait de la préférence historique en direction des hommes.
La société a fait croire aux femmes que leur meilleure place est à la maison, à travers le mariage.
L'autre problème est le manque d'information. On raconte aux femmes toutes sortes de mensonges qui les découragent à participer à cause d'une insuffisance d'instruction de base. Nous avons toutefois essayé de renverser la situation en disant que les femmes doivent utiliser les ressources dont elles disposent — telles que leurs grands effectifs et une profonde compréhension des réseaux communautaires — et en propageant des informations au sujet de leur participation dans les questions de gouvernance. TK : Pouvez-vous indiquer un quelconque succès de cette campagne, à ce jour? LS : Nous nous sommes fixé d'atteindre deux objectifs principaux: amener les femmes à se porter candidates pour l'élection de 2008, et engager les femmes à voter pour d'autres femmes. Je dirais que nous avons, dans une certaine mesure, réussi parce que nous avons pu faire du programme des femmes une question d'actualité, et changer la mentalité du Zimbabwéen moyen (pour qu'il se rende compte) que les femmes et les questions de leadership ne sont plus un… débat, mais des questions dont le temps est venu. TK : Comment avez-vous réussi à le faire? LS : Principalement, nous l'avons fait à travers des annonces à la radio et à la télévision, plusieurs ateliers… et des pressions soutenues sur des partis politiques et des leaders d'opinion.
Nous avons utilisé un ensemble d'ateliers à travers le pays au cours desquels nous avons formé plus de 2.000 femmes venues des trois principaux partis politiques du Zimbabwe sur des questions de gouvernance et de leadership. Parmi celles-ci, 260 ont manifesté leur intérêt à occuper des postes politiques et 160 ont réussi à se présenter pour leurs différents partis politiques. TK : La campagne rassemble des femmes en provenance d'un échantillon de partis politiques. Comment avez-vous pu garder chacune à bord, vu l'atmosphère hostile entre les partis à l'approche des élections? LS : Nous l'avons fait dans un esprit commun en tant que femmes du Zimbabwe. Nous avons travaillé avec d'autres organisations dont les activités portent sur les questions de femmes, le ministère des Affaires féminines, du Genre et du Développement de la Communauté, et le 'Women's Parliamentary Caucus'. Ceci a fait de la campagne un effort collectif et, par conséquent, chacun a fait montre d'un niveau singulier de maturité. TK : En regardant vers le passé, comment auriez-vous dû conduire la campagne de façon plus efficace? LS : Le seul regret que nous ayons est que nous n'avons pas eu assez de temps pour éveiller la conscience de l'électorat sur la raison pour laquelle il est important de voter pour les femmes candidates. Le temps pour les pressions était court et nous devions faire nos choses de manière très rapide, laissant très peu de place à la préparation. Nous aurions préféré une interaction seule à seule avec des femmes à la base.
TK : Avez-vous d'activités quelconques prévues pour les derniers jours avant les élections — en particulier comme des préoccupations faisant pression sur les Zimbabwéens de voter pour les femmes candidates s'ils pensent que celles-ci sont à la hauteur du travail? LS : Nous avons lancé nos dernières annonces avant l'élection afin que quand les gens iront voter, ils auront les femmes candidates gravées dans leur mémoire.

