ABIDJAN, 31 déc (IPS) – L'espoir de voir la Côte d'Ivoire sortir définitivement de la crise qui la secoue depuis plus de cinq ans, réside, selon des analystes, dans l'organisation d'élections libres, transparentes et ouvertes à tous. Si depuis le début de la crise en 2002, ces élections ont été maintes fois reportées, la date de juin 2008 semble constituer l'ultime échéance.
Depuis la signature de l'accord politique de Ouagadougou (Burkina Faso), signé le 4 mars 2007 par les ex-belligérants, à la différence des précédents accords, le pays n'avait jamais connu pareille avancée dans le processus de sortie de crise, au point d'entretenir un espoir chez les populations ivoiriennes. Le processus de paix s'est consolidé petit à petit et la méfiance fait place de plus en plus à la confiance, estiment des analystes, notamment avec quelques étapes déjà franchies : la promulgation d'une loi d'amnistie en avril prenant en compte les soldats de l'ex-rébellion du nord, le lancement de l'opération de regroupement pour le désarmement le 22 décembre, le démantèlement de la zone de confiance (avril), l'organisation de la flamme de la paix (30 juillet), et la visite du président ivoirien Laurent Gbagbo dans le nord du pays (fin-novembre).
“Avec la signature de l'accord de Ouagadougou, la situation en Côte d'Ivoire est devenue très encourageante et rassurante”, affirme à IPS, Pascal Affi N'guessan, président du Front populaire ivoirien (FPI), le parti au pouvoir. “Aujourd'hui, les acteurs politiques ont revu leur position et manifestent plus d'engagement, de sincérité et de volonté d'aller à la paix”.
Selon Affi N'guessan, les audiences foraines se tiennent dans de bonnes conditions. Et à terme, le processus devrait permettre d'établir facilement des cartes d'identité aux populations, ainsi que des cartes d'électeurs. “Nous pouvons tenir le pari d'organiser les élections en juin prochain, malgré de petits retards dus au financement du processus”, assure-t-il.
Le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) ne semble pas avoir la même vision des choses, notamment après la signature de l'accord complémentaire intervenu entre le président Gbagbo et le Premier ministre Guillaume Soro, fin-novembre à Korhogo, dans le nord. “Nous avons toujours indiqué que nous dénonçons cet accord qui écarte des acteurs politiques au profit des belligérants”, déclarait aux journalistes, Koffi Niamkey, porte-parole du PDCI, au lendemain de la signature de l'accord.
“Tel qu'il est établi, le nouvel accord prouve que le premier était un échec”, a affirmé Niamkey. Le porte-parole de l'ancien parti au pouvoir — aujourd'hui dans l'opposition — s'est refusé à d'autres commentaires sur l'évolution de la situation. “Nous attendons les élections : si elles peuvent se tenir en juin, c'est notre vœu le plus ardent pour le Nouvel An”, a-t-il simplement déclaré au téléphone à IPS vendredi dernier, à Abidjan, la capitale économique ivoirienne.
Pour le Rassemblement des républicains (RDR), l'autre parti d'opposition, la date de juin 2008 doit constituer la dernière. “Il y a eu trop de reports. Cette fois, il faudra respecter ce délai”, exige Amadou Soumahoro, chargé des affaires politiques au RDR de l'ancien Premier ministre Alassane Ouattara.
La Côte d'Ivoire est divisée en deux par une rébellion armée qui occupe la moitié nord du pays depuis le 19 septembre 2002. Des ex-soldats de l'armée régulière estiment avoir pris les armes pour lutter contre l'exclusion présumée des populations de cette partie du territoire.
Mais depuis la signature de l'accord de Ouagadougou, le processus de paix engagé par les ex-belligérants commencent à changer la physionomie des choses, estiment plusieurs citoyens de ce pays d'Afrique de l'ouest. “Au contraire des quatre dernières années, l'année 2007 aura été celle de l'accalmie, tant sur le plan politique que sur le plan militaire”, indique à IPS, Fatoumata Bamba, commerçante de banane à Adjamé, un quartier d'Abidjan. “Nous avons plus assisté à des actes de rapprochement entre les ex-combattants, et je crois fermement qu'en l'état actuel des choses, nous parviendrons à une vraie paix”, soutient-elle.
Même sentiment chez Rodrigue Abé, un infirmier retraité, qui affirme que “l'inquiétude a fait place à la quiétude. Mais ce qu'il nous faut maintenant, c'est de saisir cette ultime chance”. Selon lui, “Voir le président Gbagbo se rendre dans le nord, observer les ex-rebelles participer au défilé de l'indépendance au palais présidentiel, ne sont pas des actes vains, mais des actions fortes qui prouvent que la page de la guerre est définitivement tournée”.
“Il faut maintenant penser à l'organisation des élections propres et transparentes pour éviter des frustrations qui peuvent occasionner de telles situations”, souligne Abé.
Cependant, l'avocat Antoine Kassi exprime quelques réserves. “Avouons que les choses seront très serrées, surtout qu'il n'y a pas encore de consensus autour du processus”, explique-t-il à IPS. “Les partis politiques se sentent exclus. Nous ne voyons pas comment ils vont mobiliser leurs militants à adhérer aux décisions qui seront prises dans le cadre des prochaines élections”.
Par ailleurs, dit-il, les derniers soulèvements des ex-combattants rebelles, en décembre, ne sont pas des événements de moindre importance. “Ce ne sont pas non plus des soubresauts à négliger, mais des preuves que beaucoup d'aspects n'ont pas encore été pris en compte pour parvenir au désarmement”, observe Kassi.
Entre le 15 et le 25 décembre, des ex-rebelles avaient lancé des mouvements d'humeur en tirant des coups de feu en l'air dans les villes sous leur contrôle, sans faire de victimes. Les ex-rebelles et leurs combattants supplétifs — les chasseurs traditionnels appelés localement les 'dozos' se plaignaient d'avoir été oubliés dans le programme de désarmement.
“Si à cela, s'ajoutent la lenteur des bailleurs de fonds à financer le redéploiement de l'administration, le désarmement des ex-combattants, ainsi que les petits accrocs entre les signataires de l'accord de Ouagadougou et la Commission électorale indépendante (CEI) au sujet de la date des élections, autant penser que juin 2008 est un pari difficile à tenir”, ajoute-t-il. Les signataires de l'accord de Ouagadougou ont fixé la date des élections au plus tard à la fin du premier semestre de 2008, soit en juin, alors que la CEI avait déjà annoncé le 30 octobre.

