DEVELOPPEMENT-MALAWI: Puiser de l'eau au péril de sa vie

BLANTYRE, 28 déc (IPS) – En puisant de l'eau dans la rivière Shire, les populations malawites qui vivent le long de ses berges risquent chaque jour d'être agressées par un crocodile. Les femmes et les enfants sont les premières victimes des attaques de crocodiles.

Le Shire, issu du Lac Malawi et long de 400 kilomètres, est l'une des principales rivières du pays, qui jette ses eaux dans le fleuve Zambèze. Elle est la principale source d'eau pour les populations vivant le long de ses berges. Traditionnellement, ce sont les femmes et les enfants qui sont chargés d'aller puiser dans la rivière l'eau nécessaire au ménage, mais les attaques des crocodiles rendent cette activité extrêmement dangereuse. “Dans la région de Machinga, dans le sud du pays, les habitants recensent environ trois décès par mois à cause des attaques de crocodiles”, selon le rapport 2006 sur le développement humain au Malawi du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Il y a sept ans, Agnès Wilson — aujourd'hui âgée d'une cinquantaine d'années — a été attaquée par un crocodile alors qu'elle puisait de l'eau dans le Shire. “Le crocodile m'a attaquée alors que je venais de plonger mon sceau dans l'eau. Il a voulu m'entraîner vers le fond de la rivière, mais j'ai résisté. J'ai eu plus de chance que d'autres qui y sont morts. J'ai été sauvée par des hommes qui passaient par-là”, rappelle-t-elle. Bien qu'elle ait perdu l'usage de son bras droit et risqué sa vie, Wilson brave les crocodiles chaque jour en allant puiser de l'eau dans la rivière. Elle et sa communauté n'ont pas d'autre choix, car le puits le plus proche de son village est situé à 15 kilomètres plus loin. “J'ai accepté le risque que je cours en allant à la rivière. Soit je meurs de soif, soit je meurs en puisant de l'eau…”, dit-elle. Le Malawi ne possède aucune évaluation du nombre de crocodiles vivant dans ses rivières, mais pour les populations installées dans la 'Lower Shire Valley' (la plus basse vallée du Shire), ces gros reptiles sont très nombreux. Ils accusent les autorités gouvernementales de se soucier beaucoup plus du bien-être de ces crocodiles que de celui de la population. En 1982, le Malawi a signé la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées (CITES), qui protège divers animaux, y compris les crocodiles. Auparavant, près de 800 crocodiles étaient tués chaque année au Malawi. Mais en vertu de cette convention, le nombre de captures s'est réduit maintenant à 200 par an, selon des estimations. Selon une étude réalisée en 2003 par l'organisation non gouvernementale (ONG) internationale 'WaterAid', dont les programmes tentent de fournir de l'eau potable et des installations sanitaires aux plus démunis, environ 44.000 personnes dans cette région du Malawi n'ont pas accès à l'eau potable et dépendent, pour les besoins quotidiens, de la rivière Shire, infestée de crocodiles. “De nombreuses communautés ont perdu un de leur membre attaqué par un crocodile en puisant de l'eau dans la rivière à Machinga”, explique James Longwe, responsable des programmes de WaterAid au Malawi. “Jusqu'à présent, nous avons été en mesure de fournir de l'eau potable à 18.000 personnes dans la région et nous espérons atteindre 44.000 individus dans le besoin d'ici à 2011”. Les crocodiles ne sont pas les seuls dangers qu'affrontent les populations installées le long des berges de la rivière Shire. La qualité de l'eau de la rivière n'est pas bonne et entraîne chaque année des maladies hydriques comme le choléra, la diarrhée, la dysenterie ou des problèmes prénataux. L'an dernier, pendant trois mois, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) a recensé au moins 4.000 cas de choléra dus au manque d'installations sanitaires adéquates dans la région et à une eau potable infestée de bactéries. Dans son rapport d'action humanitaire programmé pour 2007, l'UNICEF indique qu'il appuie des campagnes de sensibilisation sur la prévention du choléra, et aide à construire et réhabiliter des puits et infrastructures sanitaires dans quelque 400 écoles de la zone, ainsi que dans 150 centres de santé communautaires pour enfants. Dans le cadre des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), décidés en 2000 par les Etats membres de l'ONU, la communauté internationale s'est engagée à réduire de moitié, d'ici à 2015, le nombre d'individus dans le monde n'ayant pas accès à l'eau potable. Au Malawi, les autorités ont entrepris d'importants efforts pour améliorer sensiblement des sources d'eau, selon le rapport qui indique qu'en 1992, 47 pour cent de la population — estimée à 12 millions d'habitants — avait accès à l'eau potable, contre 75 pour cent en 2006.