POLITIQUE-KENYA: Des femmes en lice pour le parlement, mais pas dans la course?

NAIROBI, 26 déc (IPS) – A première vue, cela ressemble à une histoire de bonne nouvelle. Le Kenya va aux urnes ce jeudi pour les élections générales, avec des nombres records de femmes en lice.

Des 2.548 candidats au parlement, 269 sont des femmes — soit environ 10,6 pour cent des candidats, comparés à environ quatre pour cent lors de la dernière élection en 2002, quand juste 44 des 1.015 candidats aux législatives étaient des femmes. Près de 1.500 des 15.332 candidats pour l'administration locale, soit 9,6 pour cent, sont des femmes (au moment de la publication de cet article, IPS n'a pas pu obtenir les chiffres pour le nombre de femmes candidates aux municipales lors des dernières élections). L'un des neuf candidats à la présidentielle du scrutin du 27 décembre est une femme; aucune femme ne s'est présentée pour la présidence de 2002. L'examen plus approfondi de ces chiffres — qui doivent être vus dans le contexte d'une hausse générale du nombre des candidats à l'élection — révèle toutefois une image plus troublante, du moins concernant l'élection législative. Bien que 108 partis politiques se disputent les élections, la course se limite essentiellement à trois groupes : le Parti de l'unité nationale (PNU) de Mwaï Kibaki, en course pour la présidence avec le Mouvement démocratique orange (ODM) — et en troisième position, le Parti du mouvement démocratique orange du Kenya (ODM-K). Des 135 candidats au parlement sur la liste du PNU, 13 sont des femmes (9,6 pour cent). L'ODM présente sept femmes sur un total de 190 candidats (3,7 pour cent), et l'ODM-K a 15 femmes parmi ses 133 candidats (11,3 pour cent).

On peut alors bien affirmer que juste 35 femmes — 13 pour cent du nombre total des candidats au parlement — sont dans la course à l'élection législative avec une possibilité réelle de gagner. "Le reste se trouve dans les partis périphériques qui sont inconnus des électeurs. Je ne vois pas une nécessité de célébrer le nombre élevé de femmes candidates, parce que la performance risque d'être aussi faible qu'elle l'a été en 2002", déclare Rosemary Okello-Orlale, directrice exécutive de 'African Woman and Child Feature Service' — tout ceci dans un pays où plus de la moitié de la population d'environ 37 millions est constituée de femmes. Le Parti de l'unité nationale, à travers lequel Kibaki cherche un second et dernier mandat, attribue le nombre réduit de ses femmes candidates au parlement à leur manque d'intérêt au leadership, de même qu'une crainte d'embrasser la politique comme carrière. "Le souhait du PNU est d'avoir autant de femmes candidates que possible pour donner au président un plus grand nombre duquel choisir une fois qu'il formera son gouvernement, mais tel n'est pas le cas puisque des femmes craignent de relever le défi politique", a confié a IPS Dismas Mokua, porte-parole du parti à Nairobi, la capitale du Kenya. Cette crainte provient du manque de ressources, des préoccupations liées à la violence politique et des exigences familiales, a-t-il ajouté. Généralement, des femmes mariées étaient réticentes à entrer en politique, a dit Mokua; elles préféraient donner plutôt la priorité à leurs familles. Jacqueline Oduol, membre du comité exécutif national de l'ODM et présidente des Femmes démocrates oranges — la branche du parti qui s'occupe des questions touchant les femmes membres — a indiqué que des primaires défectueuses étaient à l'origine du nombre insignifiant de femmes sur la liste de son parti.

"Quand un système échoue, il est connu que des femmes souffrent le plus parce qu'elles comptent sur l'équité pour réussir. Si les primaires étaient transparentes, alors plus de femmes auraient pu être désignées", a remarqué Oduol, qui a elle-même perdu dans les primaires pour la circonscription électorale de Usonga-Alego, dans l'ouest du Kenya. Elle a déclaré à IPS que ses supporters, en majorité des femmes, étaient venus tôt pour voter pour elle lors des élections du parti, mais étaient obligés de retourner à leurs occupations parce que le scrutin n'a pas pu démarrer. "Ils ont abandonné et sont rentrés, et quand le vote a commencé tard dans la journée, les femmes n'étaient plus en mesure de repartir aux bureaux pour voter : elles ont d'autres engagements, et certaines parcourent de longues distances à pied pour atteindre des bureaux de vote". L'un des objectifs de l'ODM est que 30 pour cent des sièges parlementaires soient détenus par des femmes, a ajouté Oduol, mais le parti ne serait pas en mesure d'atteindre cet objectif s'il n'a pas pris des mesures pour assurer la transparence des primaires. (On estime généralement que des femmes doivent contrôler environ un quart des sièges dans un parlement pour commencer à influencer les affaires parlementaires). Pour sa part, l'ODM-K reconnaît qu'il doit faire davantage pour mettre les femmes sur sa liste. Les 15 femmes candidates que le parti est en train de présenter "… ne sont pas assez", a indiqué à IPS Kaplich Barsito, directeur de communications. "Nous aurions voulu que plus de femmes participent, mais le nombre que nous avons obtenu — élu pour la plupart au cours des primaires — est un bon point de départ. Je suis sûr que la prochaine fois, plus de femmes voudront disputer le leadership".

Appréciant l'augmentation qu'il y a eu cette année au sein des femmes candidates, Joy Masheti — chargée de programmes à 'Caucus for Women's Leadership' basée à Nairobi, une organisation non gouvernementale — croit qu'elle peut être attribuée à l'éducation civique : "Plusieurs organisations ont entretenu des femmes sur l'importance de participer à la prise de décision pour le bien du pays". Kwamchetsi Makokha, un autre analyste, souligne que "généralement, des Kenyans acceptent que les femmes soient sous-représentées. Le processus de rédaction et de révision de la constitution avait pour effet d'encourager des femmes à rechercher le leadership". Son commentaire faisait allusion aux efforts consentis au cours des dernières années pour réviser la constitution de l'ère de l'indépendance du Kenya. Quelque 14 millions de personnes ont été inscrites pour voter dans les élections de jeudi, lesquelles mettront en compétition 210 sièges parlementaires et environ 2.500 postes de conseillers municipaux, en plus de la présidence. En 2002, huit femmes ont été élues au parlement, tandis qu'une autre a gagné un siège au cours de l'élection partielle de l'année suivante. Des partis ont ensuite désigné neuf autres femmes au parlement, ce qui donnait un total de 18 femmes députées (en plus des 210 membres élus du parlement au Kenya, il y a 12 députés nommés).

Au moment de la publication de cet article, IPS n'a pas pu obtenir des chiffres pour le nombre des femmes élues dans les conseils municipaux en 2002.