LONDRES, 24 déc (IPS) – Le spectre de la fragmentation régionale hante les négociations sur la finalisation des Accords de partenariat économique (APE) intérimaires entre l'Union européenne (UE) et les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Telle est la situation, bien que l'un des objectifs fixés par les APE soit "l'intégration régionale".
Des organisations non gouvernementales, qui sont farouchement opposées à la fragmentation des discussions entre l'UE et des nations individuelles, étaient préoccupées que les menaces de pénalités commerciales du commissaire européen au commerce Peter Mandelson ne poussent des négociateurs à faire bande à part — hors des regroupements régionaux — et à signer des accords bilatéraux. Pour sa part, la Commission européenne (CE), frustrée par l'absence de progrès à quelques jours de la date limite du 1er janvier, avait insinué qu'elle voulait conclure des APE sur une base de pays par pays. Même si personne ne voulait encourager l'option ouvertement, elle apparaissait comme une solution de substitution, selon Oliver Morrissey, professeur d'économie de développement à l'Université de Nottingham au Royaume-Uni et commentateur des questions relatives au commerce africain et à l'aide.
Un APE bilatéral entre l'UE et le Kenya est devenu une option du fait des difficultés rencontrées avec la Tanzanie qui appartient à différents regroupements régionaux. Finalement, les membres de la Communauté de l'Afrique de l'est (EAC) sont entrés dans un APE. En Afrique australe, le Lesotho, le Botswana et le Swaziland ont signé un APE intérimaire, la Namibie a signé un APE séparé, mais l'Afrique du Sud a jusqu'ici refusé de signer l'APE. Ces pays, tous membres de l'Union douanière d'Afrique australe, ont ainsi été fragmentés par l'attitude intransigeante de l'UE sur la conclusion des APE sur les biens malgré les niveaux de développement inégaux de l'UE et des ACP.
En Afrique de l'ouest, les pays les moins avancés membres du regroupement régional, tels que le Sénégal, ont refusé d'être forcés à signer un APE. Des huit membres de l'Union économique et monétaire ouest-africaine, seule la Côte d'Ivoire a signé un APE intérimaire avec l'UE. Les autres membres sont : Sénégal, Bénin, Burkina Faso, Mali, Niger, Togo et Guinée-Bissau.
"L'intégration régionale est le gros problème. En principe, les six régions sont chacune faites pour avoir sur place un accord régional et atteindre un certain niveau de sa réalisation. En Afrique de l'ouest, le progrès sur l'intégration régionale est minimal et peut-être très peu probable", a déclaré Morrissey.
Accorder plus de temps pour conclure les APE pourrait nuire aux pays qui n'ont pas le statut de pays moins avancés, comme le Ghana et la Jamaïque.
"Les pays les plus pauvres n'ont pas en général de secteurs internes qui concurrencent avec les importations de l'UE. Ce sont les pays ACP relativement riches qui risquent de perdre le plus parce qu'ils produisent des biens manufacturés qui sont fournis au reste de leurs régions", a indiqué Morrissey. Sophie Powell, conseillère aux politiques commerciales de la fondation pour le commerce équitable 'Traidcraft', a affirmé que pour chaque pays ACP, abandonner ses voisins régionaux pour sauvegarder ses propres exportations — comme, a-t-elle soutenu, la CE était activement en train de l'encourager — serait un désastre.
Par rapport au Kenya, Powell a souligné qu'il n'est pas un PMA tandis que ses voisins immédiats le sont. Les producteurs kenyans à l'exportation étaient très préoccupés par la menace faite par l'UE d'augmenter ses tarifs si la date limite de la fin de l'année pour l'APE n'était pas respectée.
Dans un APE bilatéral avec l'UE, il aurait dû ouvrir son marché pendant que l'Ouganda ne l'a pas fait, ce qui aurait dû obliger l'Ouganda à mettre sur place des contrôles frontaliers stricts et des mesures défensives contre le commerce venant du Kenya en vue d'arrêter les biens qui entrent sur son territoire en provenance de l'UE. Ceci aurait dû être une réelle entrave au commerce régional, a indiqué Powell.
Avant que l'EAC et des pays de l'Afrique australe ne signent l'APE, leur commerce souffrait de l'incertitude de ne pas savoir si oui ou non leur accès aux marchés de l'UE serait affecté dès le 1er janvier lorsque la date limite de l'APE venait à expiration. Le secteur horticole du Kenya et les exportations de bœuf d'Afrique australe étaient tous dans la tourmente, a-t-elle ajouté.
Même si des pays en développement acceptaient de signer des APE cadre d'ici à la fin de l'année, ils doivent être rassurés qu'il y a assez d'argent dans le sac pour favoriser leur transition vers un marché libéralisé, a déclaré Sanoussi Bilal du Centre européen pour la gestion des politiques de développement, une organisation indépendante de recherche et de dialogue. "On ignore toujours la somme d'argent (en provenance de l'UE) qui sera disponible dans le cadre d'une réforme nationale", a-t-il dit. "L'APE pourrait simplement être une question de requalification de l'aide au développement existante. Les pays ACP ont raison d'exiger d'autres engagements". Il a suggéré que chaque Etat membre de l'UE puisse améliorer sa crédibilité en promettant plus.

