COTONOU, 22 déc (IPS) – "Pour les municipales du 17 février 2008, nous voudrions bien positionner beaucoup de femmes sur nos listes, le problème, c'est d'en trouver", déclare à IPS, Rosine Vieyra-Soglo, présidente de la Renaissance du Bénin (RB), un des principaux partis politiques du Bénin.
"Le problème à la RB, ce n'est pas de ne pas vouloir positionner des femmes sur les listes de candidatures aux élections, c'est de voir que les femmes ne sont pas disponibles", explique Vieyra-Soglo, épouse de l'ancien chef de l'Etat du Bénin, Nicéphore Soglo, actuellement maire de Cotonou, la capitale économique béninoise. Elle estime qu'au Bénin, les maris ne laissent pas leurs femmes faire la politique. "Si les hommes empêchent leur femme de faire la politique, c'est peut-être parce qu'ils pensent qu'elles vont leur faire de l'ombre. Ce que je sais, c'est qu'ils ne le veulent pas", dit-elle à IPS. "Moi, cela ne m'est jamais arrivé. Nicéphore Soglo se fiche totalement de ce que je peux faire, de ce que je suis. Il m'a laissé ma totale liberté", lance-t-elle. Même si le mari ne dit rien, estime Vieyra-Soglo, même s'il est d'une large ouverture d'esprit, il y a des choses qui constituent des obstacles pour les femmes : les réunions politiques qui durent tard le soir, les enfants à mettre au lit et à envoyer à l'école le matin… "La domestique ne peut pas tout faire, vous savez… Ce sont des réalités dont il faut tenir compte. Même dans les pays européens, ces problèmes se posent. Regardez autour de vous, vous verrez que la plupart des femmes qui font la politique sont seules, ou alors elles finissent par l'être…", affirme Vieyra-Soglo. En plus de cette absence de disponibilité des femmes, Vieyra-Soglo est également confrontée à une véritable résistance sociale par rapport au positionnement des femmes sur des listes de candidatures aux élections. "J'ai reçu des lettres de groupes de militants hommes dans lesquelles ils me disent, 'nous avons appris que vous voulez positionner des femmes sur vos listes. Si vous le faites, on ne votera pas pour elles'. Je fais quoi dans ces conditions?", demande Vieyra-Soglo. Cela n'a pourtant pas empêché la RB de positionner plusieurs femmes sur ses listes de candidatures aux élections législatives de mars 2007 au point d'être aujourd'hui, selon sa présidente, le parti qui fait le plus la promotion des femmes au Bénin. "La RB, avec trois femmes députées sur les huit sièges (du parti), est le parti politique du Bénin qui compte le plus de femmes élues à l'Assemblée nationale. Nous avons un très grand nombre de femmes conseillères municipales parce que je suis la présidente du parti et c'est moi qui positionne… Sinon, il n'y aura pas de femmes du tout", souligne Vieyra-Soglo. Par exemple, indique-t-elle, rien que dans la commune de Cotonou, la RB compte une dizaine de femmes conseillères municipales sur un total de 45. La troisième adjointe au maire de Cotonou, la plus grande ville du pays, est une femme. Mais, pour les 77 communes de ce pays d'Afrique de l'ouest, elles ne sont que 45 femmes conseillères municipales sur un total de 1.189 conseillers. De même, le parlement béninois ne compte que neuf femmes députées sur les 83 sièges. "Allez demander aux autres partis combien de femmes ils ont…", lance-t-elle en guise de défi. D'autres chefs de partis interrogés par IPS lui donnent raison et avouent leurs difficultés à trouver des femmes militantes. "On voudrait bien positionner des femmes sur les listes de notre parti, mais où les trouver? Les femmes intellectuelles, quand elles sont mariées, ont des scrupules à entrer en politique", confie à IPS, Sacca Fikara, député, président du Mouvement pour la démocratie et le progrès (MDS). Si la femme est une intellectuelle que le parti peut débaucher et positionner sur ses listes, explique Fikara, il ne peut exiger d'elle la fidélité au parti et le militantisme comme il peut le faire avec des hommes ou des militants convaincus. "Moi, mon parti n'est pas très bien implanté à Cotonou. C'est à Cotonou que vous trouvez des femmes intellectuelles libres de tout engagement familial. Mais dans les villages où est implanté mon parti, nous travaillons avec la femme du frère, la femme du cousin, la femme de l'oncle…", souligne Fikara. Il ajoute que pour les prochaines élections municipales, les listes de candidatures ne sont pas encore constituées et ne le seront qu'au dernier moment, parfois même à la veille de la clôture de dépôt des candidatures comme c'est souvent le cas pour tous les partis politiques au Bénin. Eric Houndété, député et membre de l'alliance Force Clé, partage cette opinion. "Je constate également que beaucoup de femmes ne se bousculent pas pour entrer en politique". On ne présente pas une femme à une élection pour le plaisir de la faire participer, explique Houndété. On la présente pour la faire gagner. Et si elle n'est pas préparée à l'avance, ce sera une mauvaise aventure pour elle. "Elle en sortira avec un goût amer, un dégoût pour la politique, et elle n'aura plus envie de recommencer plus tard. Il vaut mieux éviter à celles qui ne sont pas préparées d'aller à une mauvaise aventure", estime Houndété qui avoue que son parti n'a jamais présenté de femme candidate à la députation. En revanche, le Parti du renouveau démocratique (PRD), principal parti d'opposition au Bénin, dont le leader est Adrien Houngbédji, peut se targuer d'avoir des femmes députées au parlement et des femmes conseillères municipales. Le PRD compte actuellement deux femmes députées sur les dix sièges du parti, puis quatre femmes au conseil municipal de la ville de Porto-Novo, la capitale du Bénin, sur un total de 28 conseillers, rapporte Moukaram Badarou, secrétaire général du parti. "Ces résultats ne nous donnent pas satisfaction… On aurait aimé que les femmes soient plus présentes aux instances de décision, mais sur le terrain, on note une certaine résistance, soit de la part des femmes elles-mêmes, soit de la part de la société", commente Badarou. Il promet que le parti cherchera à améliorer ce score aux élections municipales de février 2008. "Le PRD positionnera des femmes au niveau de chaque arrondissement. Et comme c'est une élection à deux étapes, nous soutiendrons ensuite les meilleures des élues pour devenir maires", ajoute Badarou.

