WINDHOEK, 8 nov (IPS) – Des efforts pour construire la première usine de dessalement à grande échelle de la Namibie vont très vite. Le projet est une entreprise commune de la Société namibienne de l'eau (NamWater), une société d'Etat et de la compagnie minière 'UraMin Inc'.
Capable de produire plus de 50 millions de mètres cubes d'eau potable par an, l'installation coûtera 140 millions de dollars. Elle doit être implantée à côté de la ville côtière de Swakopmund qu'elle desservira, avec Walvis Bay; ces deux communautés sont dans la région de Erongo — une zone vaste mais peu peuplée. L'usine ravitaillera également les mines d'uranium locales.
Selon la NamWater, Erongo consomme actuellement environ 12 millions de mètres cubes d'eau par an, avec Walvis Bay représentant 4,3 millions de mètres cubes de ce total, 3,3 millions de mètres cubes pour la mine 'Rössing Uranium' de Rio Tinto et trois millions de mètres cubes pour Swakopmund. La plus grande partie de l'eau provient des aquifères souterrains.
"L'installation d'une usine de dessalement d'une capacité de 50 millions de mètres cubes par an signifie que le volume de notre provision d'eau pour la côte sera multiplié par quatre", déclare Vaino Shivute, président directeur général de la NamWater, laquelle a indiqué qu'elle payera la moitié de la facture pour l'usine. Vaino ajoute que sa société a déjà commencé à chercher un financement international pour le projet.
L'intérêt de UraMin dans la construction de l'usine vient du fait qu'elle a développé la troisième mine d'uranium principale de la Namibie à Trekkopje, près de Swakopmund. La nouvelle mine aura besoin d'environ 20 millions de mètres cubes d'eau par an quand elle entrera en service au début de 2009.
Des projets de construction d'une usine de dessalement ont été initialement dévoilés en 1988, quand la NamWater cherchait à satisfaire une demande croissante d'eau dans les régions côtières de la Namibie.
Toutefois, cinq années plus tard, l'initiative a été mise en suspens. Ceci a suivi un processus d'appel d'offres difficile dans lequel la Namwater a été poursuivie en justice en vain par l'une des sociétés soumissionnant au contrat de l'usine, aux motifs que son offre était plus rentable. Dans une autre tournure, la société n'a pas pu signer un contrat avec Weir-Envig, la firme choisie pour construire l'usine, puisque les deux parties n'ont pas pu s'entendre sur plusieurs questions. En outre, il y a une réduction nette de la consommation dans les régions où l'usine devait fournir ses services. Il a été également découvert que les aquifères de la région retiennent beaucoup plus d'eau que l'on ne croyait au départ.
"L'utilisation avait également diminué puisque des mesures pour fournir des eaux usées épurées aux résidents pour l'irrigation des jardins sont mises en œuvre. L'industrie de la conserve du pilchard de la région, autrefois consommatrice principale d'eau, a été obligée de réduire davantage sa demande face à la diminution des quotas", a indiqué à IPS, Timothy Waineki du Conseil régional de Erongo. Il y a d'autres préoccupations selon lesquelles l'eau dessalée serait trop chère pour les résidents côtiers, a-t-il ajouté. Cette fois-ci, les choses semblent bouger plus en douceur avec le projet, qui selon la NamWater, correspond aux objectifs du développement durable. Toutefois, lors d'une rencontre publique tenue à Swakopmund en août pour discuter des effets possibles de l'initiative sur l'environnement, des résidents ont exprimé leur inquiétude par rapport aux aspects esthétiques de l'usine. Ils craignent qu'elle ne soit une horreur pour des gens conduisant entre Swakopmund et Henties Bay vers le nord. Alex du Plessis — directeur de 'Turgis Consulting', la société chargée de réaliser l'étude sur l'évaluation de l'impact environnemental pour l'usine — reste optimiste à propos des réactions du public face au projet. "Il y a eu des propositions pour construire des usines de dessalement par le passé, mais rien n'en est sorti; notre projet n'est pas seulement un rêve sans queue ni tête et nous bénéficions de beaucoup de soutien de la part des communautés". L'installation comprendra deux pipelines parallèles coulant vers et en provenance de la mer, un puisard sur la plage pour assurer un écoulement régulier de l'eau, et l'usine de dessalement elle-même — qui sera construite en grande partie de façon souterraine à environ deux kilomètres du littoral. La Namwater envisage également un nouveau pipeline plus large venant de l'usine de dessalement à Swakopmund et un nouveau réservoir qui mélangera l'eau souterraine à l'eau dessalée dans le but d'améliorer la qualité générale. Les prix de l'uranium ont fait un tour de montagnes russes ces dernières années, allant de dix dollars la livre en 2003 à plus de 130 dollars en juin de cette année. Le prix était d'environ 80 dollars la livre au moment de la rédaction de l'article. Toutefois, les prix du pétrole en hausse et les préoccupations concernant le réchauffement mondial suscitent un intérêt renouvelé dans l'uranium, lequel constitue le combustible standard utilisé dans des réacteurs nucléaires.
Des prix favorables ont amené 'Rössing Uranium', la plus vielle mine d'uranium du pays, située au nord-est de Swakopmund, à annoncer l'année dernière, lors de la célébration de son 30ème anniversaire, qu'elle avait renoncé à ses intentions de fermer définitivement. Et au début de cette année, la 'Paladin Resources', basée à Perth, a annoncé son intention de mettre à exécution la seconde mine d'uranium de la Namibie — le projet 'Langer Heinrich'. Cependant, une autre mine, le projet 'Valencia de Forsys Metals' basé à Toronto, qui est située également dans le désert côtier du pays, est en train d'avancer rapidement pour reprendre la production au début de 2009, et aura besoin d'eau pour l'exploitation minière d'essai d'ici à la fin de 2008.
Duane Parnham, président de 'Forsys Metals', espère que le pipeline de la Namwater à la mine de Rössing pourra être élargi au dépôt de Valencia, s'il devrait devenir une affaire viable.
La plupart, sinon la totalité des dépôts d'uranium de la Namibie se trouvent dans le Désert Namib où le prix de l'eau est élevé, une situation qui peut rendre les opérations minières peu rentables. L'eau est utilisée dans l'extraction de l'uranium du minerai. "La consommation d'eau est une considération de conception importante pour le projet Trekkopje", déclare Ian Stalker, président directeur général de UraMin. "L'installation de la mine de Trekkopje accélérera l'utilisation du dessalement de l'eau de mer, qui est une option pour le ravitaillement en eau que la NamWater recherchait depuis un certain nombre d'années". La NamWater indique qu'elle fait actuellement des recherches sur la capacité de son réseau de pipelines existant dans le but de gérer la reprise annoncée de la demande de l'eau due au boom dans les activités minières de la région. Il est prévu qu'un calendrier provisoire des appels d'offre pour l'usine de dessalement sera disponible le mois prochain, tandis que le contrat doit être attribué d'ici à la fin d'avril 2008. L'usine doit être opérationnelle vers la fin de l'année prochaine.

