COMMERCE-AFRIQUE DE L'EST: Sauvegarder la sécurité alimentaire à travers les APE

NAIROBI, 25 sep (IPS) – Les gouvernements et les exportateurs de l'Afrique de l'est s’opposent catégoriquement à ce que certains produits soient exclus des Accords de partenariat économique (APE), en vue de prévenir leurs effets néfastes sur les moyens de subsistance de la majorité des populations de la région.

Les APE sont des accords commerciaux que l'Union européenne (UE) est en train de négocier avec les Etats d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Leur volet accord commercial avec les ACP — signé à Cotonou, au Bénin, en 2000 — doit être remplacé puisqu’il est considéré comme non conforme aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), compte tenu du fait qu’il exclut les pays en développement non ACP. L'OMC a accordé à l'UE une exonération spéciale qui lui permet de continuer à accorder aux exportateurs des ACP un accès préférentiel à ses marchés jusqu'en décembre 2007. Mais qu'adviendra-t-il des produits vitaux ou de ceux exposés à la concurrence étrangère quand ce délai viendra à expiration? Cette situation est spécialement préoccupante compte tenu des subventions énormes que les agriculteurs européens reçoivent pendant que les producteurs de l'Afrique de l'est travaillent dur sans soutien du gouvernement. Les produits européens sont donc artificiellement bon marché et peuvent être vendus à bas prix sur les marchés africains tandis que les produits de l'Afrique de l'est sont trop coûteux à l’exportation. "Nous avons fini avec les importations d'autres pays qui sont assez bon marché, poussant hors du marché les produits kenyans identiques", a déclaré le mois dernier David Nalo, secrétaire permanent au Commerce et à l'Industrie, au cours d'un atelier dans la capitale kenyane, Nairobi. Comme exemple, il a cité le lait en poudre en provenance de l'Europe que le gouvernement a bloqué au début des années 1990 en augmentant les taxes pour protéger son industrie laitière, qui actuellement permet, indirectement, à trois millions de personnes de vivre. "Si nous avions autorisé l'importation du lait en poudre au Kenya, cela aurait totalement détruit cette industrie. Les produits considérés comme sensibles sont spécialement ceux qui proviennent des secteurs agricole et industriel. Le marché intérieur demeure un débouché important pour les petits agriculteurs principalement pauvres du Kenya. Ils ne sont pas capables de faire concurrence aux produits importés ou aller sur les marchés d'exportation. L'une des raisons de cette situation est l’insuffisance des infrastructures, particulièrement les routes, les moyens de communication, l'irrigation et la technologie. Par ailleurs, ‘’les barrières techniques comme les dures exigences relatives à la production du poisson rend l'exportation du poisson inaccessible à nos agriculteurs", a déclaré à IPS Miriam Omolo, responsable au programme commercial de l'Institut des affaires économiques, une organisation non gouvernementale. Nalo a insisté sur le fait que "nous avons intérêt à protéger notre agriculture de la destruction. Elle pourrait être la source de l'agro-industrie. Nous ne voulons pas qu'elle soit détruite". Il a également déclaré que la sensibilité de l'agriculture nécessite une période transitoire de 25 ans pour faciliter aux Etats de l'Afrique de l'est d’appliquer la réciprocité à la puissante Europe. "Nous ne voulons pas parler d'agro industries d'une part et trop nous ouvrir pour détruire notre industrie locale d'autre part". Peter Mandelson, Commissaire européen au commerce, avait également parlé, au début de cette année, de périodes transitoires "pouvant aller jusqu'à 25 ans". Erastus Mwencha, secrétaire général du Marché commun à l'Afrique orientale et australe (COMESA), a déclaré que les Etats du COMESA recherchent une période de 25 ans pour introduire progressivement la libéralisation selon les APE. Toutefois, 25 ans peuvent ne pas être assez longs, a-t-il déclaré à la presse le mois dernier. Dresser une liste régionale de produits sensibles est un processus compliqué, a-t-il ajouté. Un ‘’inventaire très exhaustif’’ des produits devrait d’abord être fait. La liste des produits sensibles du Kenya comprend principalement des produits agricoles tels que le sucre, le café, le thé, le blé, la viande, les produits de pêche, de volaille, les produits laitiers, la fécule de pomme de terre, et le soja. Les aliments transformés de la liste comprennent le poisson séché, le café grillé, les saucisses, la farine et les jus de fruit. Les autres produits sur la liste sont le tissu, les vêtements, la vaisselle et les ustensiles de cuisine, les cigarettes, la peinture, les tubes, les boîtes, le cuir, les peluches et les produits à base de coton. Ils ont été sélectionnés sur la base des critères comme la vulnérabilité aux importations, l'emploi d'un grand nombre de personnes, spécialement des gagne-petit, le développement rural et la capacité de production du Kenya. Le critère principal a été la sécurité alimentaire, c'est-à-dire si le produit fait partie du panier de la ménagère du Kenya. L'Institut Kenyan de recherches et d'analyses (Kippra) a indiqué que les montées subites des importations peuvent affecter la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance et le développement rural. L'agriculture est la filière principale qui emploie et qui contribue au produit intérieur brut (PIB) des pays à faibles revenus. Etant l'un d'entre eux, le Kenya est dans une situation semblable puisque l'agriculture contribue pour 16 pour cent à son PIB et 75 pour cent de la main-d'oeuvre est dans l’agriculture.