BRAZZAVILLE, 11 sep (IPS) – Un mois après la proclamation définitive des résultats des élections législatives, l'Assemblée nationale du Congo-Brazzaville a été investie le 4 septembre 2007. Lucile Oba Sauthat, l'une des dix femmes élues sur les 137 députés, estime que le non-militantisme des femmes est l'une des causes de leurs faibles résultats aux dernières élections.
Oba Sauthat est élue députée au titre du Parti congolais du travail (PCT), le principal parti au pouvoir dans ce pays d'Afrique centrale, dans la première circonscription électorale de Hinda, dans le sud, à environ 45 kilomètres de Pointe-Noire, la capitale économique du pays. Elle appelle les femmes congolaises à se réveiller et à s'impliquer dans le combat politique, car, dit-elle, leur avenir en dépend. Le correspondant de IPS au Congo, Arsène Séverin, l'a rencontrée à Brazzaville, la capitale, à la fin de la cérémonie d'investiture du nouveau parlement. IPS: Vous entrez pour la première fois au parlement qui vient d'être installé : quels sont les sentiments qui vous animent?
Lucile Oba Sauthat (LOS) : Mon sentiment est un sentiment national. On est élu député national, et nous avons la mission d'accompagner nos mandants pendant cinq ans, d'écouter leurs doléances et de les ramener au niveau de l'hémicycle pour que le gouvernement les prenne en ligne de compte. C'est cela la mission d'un parlementaire. IPS: Dix femmes seulement ont été élues sur 137 députés à l'Assemblée nationale. Pensez-vous que ces résultats reflètent le combat politique de la femme congolaise?
LSO : Mais pourquoi toujours vouloir ramener ce débat à un combat politique face aux hommes? Je ne cesse de le dire, la femme doit prendre conscience d'elle-même d'abord, parce qu'elle doit contribuer activement à la gestion de la chose publique. Je crois que chemin faisant, comme le dit notre slogan au sein de l'Union révolutionnaire des femmes du Congo (URFC, organisation des femmes du PCT), “Seule la lutte libère”. Cela peut faire donc que demain nous ayons plus de représentativité féminine. Au niveau international, on parle de la question de genre, et ce sont les partis politiques qui doivent pousser les femmes à prendre activement part dans la gestion de la chose publique, parce que moi par exemple, j'appartiens à un parti. Je suis au PCT où je suis membre du Comité central. Les autres partis peuvent faire autant en désignant les femmes au sein de leurs instances dirigeantes. C'est de la responsabilité des leaders des partis politiques de le faire, de promouvoir les femmes qui militent déjà au sein de leur organisation. IPS: Pensez-vous qu'il y aurait eu des empêchements ou des défauts dans la sélection et le soutien des femmes candidates au sein des partis politiques qui ont plus présenté des hommes?
LSO : Je ne pense pas qu'il y a eu des empêchements. Vous savez que pour la femme, c'est la qualité qui compte, et ça, personne n'ose le dire. Ce n'est pas le nombre qui compte. Et toutes les femmes qui ont été positionnées comme candidates aux élections législatives ont fait preuve bien évidemment de qualité. Je ne dis pas que celles qui n'ont pas été positionnées par leurs partis n'ont pas été capables. Dans d'autres cas, il y a certainement eu des problèmes, comme celles qui ont été empêchées de se présenter pour favoriser des hommes. Mais c'est des cas minimes. Le grand problème reste celui de la combativité, et là il semble que la femme baisse trop les bras. Il faut lutter, il faut prendre conscience du combat qui est le nôtre pour triompher et pour avancer. C'est pourquoi d'ailleurs nous demandons à toutes les femmes qui sont au sein des partis politiques, toutes tendances confondues, de se réveiller et de prendre conscience que la vie de demain en dépend. IPS: Comment entendez-vous organiser votre combat au sein du parlement, notamment concernant l'égal accès aux fonctions administratives, politiques ou électives, tel que reconnu par la constitution?
LOS : Mais, c'est déjà une loi, ce n'est pas nous qui l'avons initiée, c'est quand même une loi de la République. Et elle devait être appliquée par les hommes. Le plus grand mal que nous avons dans notre pays, c'est l'applicabilité des textes par les hommes. Les textes, nous les avons à foison dans le pays, mais il se crée toujours des problèmes pour les appliquer, même quand ils sont assez clairs. Je ne sais pas comment nous allons nous organiser parce que la rentrée parlementaire vient juste d'avoir lieu. Nous avons besoin de temps pour prendre contact avec les autres sœurs et voir comment nous allons mener cette lutte dont dépend l'avenir politique de la femme congolaise. Mais d'ores et déjà, il faut dire que nous nous battrons pour faire appliquer les lois qui existent et faire passer d'autres qui seront initiées au cours de la législature en faveur de la femme.

