OUAGADOUGOU, 27 août (IPS) – Le député Mahama Sawadogo, réélu pour un quatrième mandat à l'Assemblée nationale du Burkina Faso, est aujourd'hui président du groupe parlementaire CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès), le parti au pouvoir. Il se défend de s'opposer au projet de loi sur les quotas des femmes au parlement, affirmant qu'il se veut seulement conformiste.
Selon le député Sawadogo, le projet de loi sur les quotas — qui prévoyait 30 pour cent pour l'un ou l'autre sexe sur la liste des candidatures — irait à l'encontre de la constitution et il souhaite que la parité femmes/hommes se fasse au niveau des postes nominatifs. Son parti a finalement obtenu 14 femmes élues sur les 57 députés du CDP. Le correspondant de IPS au Burkina, Brahima Ouedraogo, s'est entretenu avec Sawadogo à Ouagadougou, la capitale burkinabé.
IPS: Est-ce que les femmes sont bien représentées au parlement?
Mahama Sawadogo (MS) : Ce n'est pas suffisant, mais espérons que la prochaine fois, on fera mieux. Sinon au niveau de notre parti (le CDP), nous avions décidé que sur les listes électorales, il devait avoir un minimum de 25 pour cent. Malheureusement, ce pourcentage n'a pas été atteint dès la confection des listes, je crois que c'est ce qui explique les résultats atteints.
IPS: Quelles en sont les raisons du nombre insuffisant des femmes sur les listes de candidatures?
MS : Pour apprécier la situation de la participation des femmes, il y a trois niveaux de considération qu'il faut prendre en compte : il y a le niveau socioculturel; celui des partis politiques et la volonté politique; et les textes. Au niveau socioculturel, la grande majorité des Burkinabé n'est pas très préparée pour voir des femmes exercer de très hautes responsabilités, surtout des mandats de députés. Vous savez quand la femme est mariée, elle a deux possibilités, soit se présenter (aux élections) chez son mari, soit se présenter chez elle. Chez elle généralement, on estime que c'est mieux que la population soit représentée par un homme, alors elle est défavorisée. Chez son mari, elle est étrangère; cela limite les chances des femmes.
Au plan politique, la volonté existe, elle peut être insuffisante, mais aucun parti n'est opposé à la participation de la femme en politique. Au niveau des partis, c'est une question de stratégie politique : le parti est partagé entre deux considérations : faire participer les femmes et gagner. A partir de ce moment, le choix est clair que si vous faites participer les femmes et vous perdez, ça pose problème; c'est pourquoi les partis ont tendance à mettre les femmes en seconde position pour pouvoir gagner l'électorat.
IPS: Cependant sur le terrain, les femmes déclarent mobiliser mieux que les hommes, n'est-ce pas?
MS : C'est vrai, mais le problème ne se pose pas en termes de sexe de candidat, car il n'est pas évident que les femmes voteront pour une candidate. L'expérience a montré que beaucoup d'hommes obtiennent plus le vote des femmes que les femmes n'en reçoivent. Et puis, compte tenu des pesanteurs socioculturelles, les femmes peuvent estimer qu'une des leurs ne peut pas faire tel ou tel travail. Si bien que quand elle est en compétition avec un homme, l'homme sort gagnant.
IPS: Les hommes ne profitent-ils pas de cette mésentente entre les femmes?
MS : Evidemment, ça c'est réel car au-delà des convictions politiques, des intérêts, et des idéaux, il faut reconnaître qu'il y a une place pour l'intérêt personnel et on comprend pourquoi les hommes profitent de ce contexte qui leur est favorable en attendant que les choses évoluent.
IPS: Est-ce que les textes auraient pu aider les femmes?
MS : Les textes interviennent au niveau de la discrimination positive, ce qui se traduit dans notre pays par la revendication des quotas, ou plus précisément de la parité. Cependant, dans la constitution de notre pays, l'une des dispositions dit que le président du Faso (le chef de l'Etat burkinabé) nomme aux hautes fonctions militaires et civiles, donc c'est une prérogative constitutionnelle du président du Faso qu'une loi ne saurait remettre en cause. Ensuite, la constitution inscrit en bonne place l'égalité des sexes, donc l'interprétation de cette disposition ne permet pas de justifier un quota ou une certaine parité. Même si on revoyait les choses, au plan électif, il est impossible de fixer un quota a priori parce que le décideur en dernier recours c'est l'électeur. IPS: Donc le projet de loi sur les quotas n'a pas de chance de passer?
MS : Je suis convaincu que si on ne touche pas à notre constitution, une telle loi ne passera pas au Conseil constitutionnel. Les gens sont tellement pressés qu'ils pensent qu'une loi votée tout de suite fait l'affaire, mais je pense que c'est se précipiter. IPS: Pourtant la loi du quota encouragerait les femmes à se présenter plus!
MS : Si c'est une élection dont la base est le genre, on peut fixer des pourcentages et les élections se font sur cette base, mais les représentants élus ne seront pas représentatifs de la société. Ensuite, les femmes n'ont pas d'ambitions politiques comme les hommes. Par ailleurs, les partis doivent tenir compte de leurs compétences intellectuelles et de leur capacité à apporter des électeurs. L'influence du candidat sur le terrain joue beaucoup pour la présentation des candidatures.
Malgré tout, je suis convaincu qu'il y aura beaucoup de résistance de la part des hommes, car beaucoup d'intérêts sont en jeu dans ces élections. Donc si les contraintes socioculturelles sont balayées d'un seul coup avec une loi sur les quotas, les positions acquises seront certainement défendues comme des forteresses par les hommes.

