BLANTYRE, 24 août (IPS) – Des industriels, des exportateurs et même des responsables du gouvernement sont nerveux à propos du 1er janvier 2008. Ce jour, les Accords de partenariat économique (APE), actuellement en négociation entre l'Union européenne (UE) et six regroupements de pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) entreront en vigueur.
Le gouvernement malawite a affiché depuis le début un optimisme au sujet de l'APE, se concentrant sur le meilleur côté de cet accord commercial. Le ministère du Commerce a rassuré les citoyens de ce pays pauvre d'Afrique australe qu'ils ont besoin de ce nouvel accord pour "faire partie de l'économie mondiale". Le gouvernement a également hâte que l'APE donne d'accès à l'aide de l'UE avec l'amélioration des infrastructures dans des domaines tels que le transport et l'énergie.
Le ministère du Commerce n'a pas été impressionné par les protestations venant des organisations non gouvernementales (ONG) influentes au début de ce mois.
Elles sont allées jusqu'à écrire à la présidente de l'UE, la chancelière allemande Angela Merkel, en avril au sujet de l'APE proposé comme étant préjudiciable aux intérêts du Malawi et de 15 autres nations pauvres dans le Marché commun de l'Afrique orientale et australe (COMESA) puisqu'il les empêche de protéger les industries locales avec des tarifs et autres mesures. Mais actuellement, le gouvernement semble avoir rejoint le rang des ONG concernées. La semaine dernière, le 14 août, le ministère du Commerce a fait équipe avec des industriels et exportateurs du pays pour dresser une liste des produits locaux qui peuvent être sensibles à la concurrence internationale. La réunion des Malawites a également arrêté la position du pays sur les règles d'origine, les mesures qui règlent les produits entrant dans les accords commerciaux. Les règles d'origine exigent souvent qu'un produit auquel un accès préférentiel au marché est accordé vienne d'un pays qui a signé l'accord qui donne de tels accès préférentiels. A cette réunion, les parties prenantes ont reconnu que les règles en leur état actuel empêchent le Malawi d'accéder au marché de l'UE. Les commerçants et le gouvernement ont tous les deux accepté de souligner que l'APE devrait prendre en compte les réalités économiques et les différents niveaux de développement des deux partenaires dans l'APE. Le directeur adjoint des entreprises au ministère du Commerce, Alfred Vilili, a déclaré que le commerce malawite ne veut pas que les règles soient restrictives. Les règles devraient permettre aux industriels de rechercher des matières premières à des taux préférentiels dans des pays tiers (des pays hors de l'APE).
Les règles d'origine existantes des ACP-UE sont très restrictives. Par conséquent, il y a une faible utilisation des tarifs préférentiels offerts dans le cadre du régime commercial de l'ACP-UE, a ajouté Vilili.
Il a été également arrêté à la réunion que les procédures administratives introduites dans l'application des règles d'origine ont des implications sur les coûts et devraient par conséquent être simplifiées. Les règles d'origine sont importantes pour des sociétés qui fabriquent des produits pour l'exportation comme c'est un instrument qui pourrait faciliter le commerce d'exportation entre le Malawi et l'UE, a indiqué le directeur du commerce, Harrison Mandindi. Quelque 40 entreprises ont pris part à la réunion et, ensemble avec le gouvernement, ont dressé une liste de 102 produits comme étant sensibles. La liste comprend les principaux gagnants de devises étrangères du pays : le tabac, le coton, le thé, les textiles, le sucre et ses produits dérivés. D'autres produits sensibles sont la bière, le ciment, des produits laitiers, des œufs, la volaille, le fer et l'acier, l'huile comestible raffinée, certains types de carburant et l'éthanol, la levure, certains types et pièces de véhicules automobiles, certains types de fournitures de bureau, le blé, le maïs, les noisettes de macadamia, le riz, le paprika, les patates, certains produits carnés, le fruit, le poisson, les armes et munitions et les animaux sauvages. "Nous voulons protéger les petits pays qui produisent ces biens en les encourageant à produire des quantités énormes de biens qui ajoutent plus de valeur. Ils devraient également être encouragés à utiliser plus de matières premières locales", a souligné Mandindi lors de la réunion.
La liste a été dressée sur la base de plusieurs critères. Le premier est la sensibilité du revenu qui se réfère aux secteurs qui occupent un rang élevé parmi les acquéreurs de devises étrangères. Le deuxième est la sensibilité de l'emploi, se référant aux secteurs qui offrent d'emploi à un grand nombre de Malawites.
Le troisième est la protection des petites industries, se référant aux prochaines nouvelles industries qui peuvent avoir de difficultés à entrer en concurrence avec les firmes établies en provenance du Nord. Le critère de sécurité générale et sociale se réfère à la production des paysans aux maigres ressources. Un facteur y afférent est la sécurité alimentaire et le développement des moyens de subsistance ruraux, qui prend en compte si un produit contribue au panier à provisions alimentaires du pays. D'autres critères comprennent la protection de l'environnement qui voit l'impact que la production de certains biens a sur le pays. Des produits tels que des munitions, des armes à feu et des explosifs ont été inclus dans la liste pour des raisons de sécurité. Aux côtés de Mandindi, Vilili a souligné l'importance de la liste des produits sensibles au cours de la réunion. Il a dit que tous les pays ACP et pas seulement le Malawi, étaient inquiets au sujet de la désindustrialisation qui peut survenir du fait de la libéralisation en vertu de l'APE. "Le niveau de développement des deux parties à l'accord (l'UE et les ACP) est différent. L'économie du Malawi est agricole et par conséquent, les activités industrielles basées sur l'agriculture sont importantes. La compétitivité de ces industries est une question préoccupante dans les négociations de l'APE. C'est logique que le Malawi ait dressé cette liste des produits sensibles", a indiqué Vilili. Dans beaucoup de pays développés de L'UE, les industries métallurgiques et textiles emploient un grand nombre de travailleurs. Si ces industries devraient fermer définitivement, il n'y aurait pas d'autres emplois pour ces travailleurs concernés à court terme. Ces industries figurent alors sur la liste des produits sensibles de l'UE, de même que le riz et le sucre. Le Malawi a dressé la liste de ses produits sensibles et l'a soumise au secrétariat du COMESA le 15 août 2007. Le COMESA est en train de dresser une liste régionale pour examen au cours des négociations de l'APE. La liste initiale des produits sensibles en provenance du regroupement de l'Afrique orientale et australe (ESA), dans les négociations de l'APE, a inclus 2.900 produits, avec l'Ouganda et le Kenya ayant les listes les plus longues. Après la réunion du 12ème forum de négociation régional (RNF) organisé par le secrétariat du COMESA au début du mois d'août, on a demandé aux pays de réduire le nombre des produits sensibles en consultation avec les parties prenantes. Le RNF a recommandé aux pays de retirer de la liste les produits pharmaceutiques, médicinaux, scolaires et des produits exempts de taxes.

