COMMERCE-AFRIQUE DE L'EST: Tirer des leçons des gloires passées

DAR ES SALAAM, 23 août (IPS) – Des savants d'Afrique de l'est sont en train de fouiller dans l'histoire à la recherche d'indices pour cultiver des liens économiques et aborder les défis dans une nouvelle ère d'expansion du commerce avec la Chine et l'Inde.

Il y a quelques siècles, l'océan Indien était entrecroisé comme des marchants transportaient des biens en provenance de et en partance pour des régions africaines, arabes et asiatiques. Le commerce transatlantique a dépassé les routes orientales comme l'Europe et l'Amérique du nord étaient devenues industrialisées, déclarent des historiens. Les activités commerciales impliquant l'Afrique et l'Asie ont repris actuellement, apportant plus de richesse mais également plus d'emplois, d'exigences environnementales et sociales à l'Afrique. "Au 16ème siècle, la Chine avait la puissance militaire et technique pour dominer le puissant commerce de l'océan Indien, mais elle ne l’avait pas fait. C'était une puissance relativement pacifique", a indiqué à IPS, Abdalla Bujra, directeur exécutif du Forum de gestion de la politique de développement à Nairobi, au Kenya.

"Aujourd'hui, avec l'émergence des Etats de l'océan Indien en tant que principales puissances économiques, ce modèle est devenu important à étudier". L'Institut de recherche sur l'océan Indien du Zanzibar (ZIORI), lancé en juin, est un organe de recherche à but non lucratif dirigé par des universitaires des pays se situant le long de la côte-est de l'Afrique. Sa zone de concentration comprend le Mozambique, la Tanzanie, Zanzibar, le Kenya, la Somalie, Madagascar de même que les Etats insulaires des Comores et des Seychelles. L'objectif du ZIORI est d'étudier les anciens commerçants swahilis qui utilisaient de longs et petits navires avec des voiles latines connues sous le nom de boutres, pour s'embarquer sur le vent de la mousson et voyager jusqu'en Indonésie et en Chine. Le commerce qui en résulte a relié des personnes vivant tout au long de l'océan Indien, propageant de nouvelles idées sur la religion, en particulier sur l'Islam, et influençant l'habillement, l'architecture, la cuisine et la langue. "Il a créé une culture de tolérance. Les gens se sont engagés dans les affaires indépendamment de la religion et de la culture. C'est cette culture et cette liberté de mouvement que nous pouvons comparer avec le présent pour en tirer des leçons", a déclaré Abdalla Sheriff, directeur exécutif de ZIORI. Ces leçons pouvaient être pertinentes puisque le commerce se développe entre les Africains et les nations bordant l'océan Indien. La Chine et l'Inde courtisent de plus en plus les pays africains riches en minéraux pour avoir du pétrole et des produits de base afin d’alimenter leurs économies en plein essor et d’élargir des capacités industrielles tout en cherchant à étendre des marchés de consommation. Les pays asiatiques sont en train d'investir dans l'amélioration des routes de l'Afrique négligées, des chemins de fer et des réseaux de télécommunications tout en augmentant leur aide. Le commerce bilatéral entre la Chine et l'Afrique s'élevait à 40 milliards de dollars en 2005, comparé aux cinq milliards de dollars au début des années 1990, selon des statistiques du ministère chinois du Commerce.

Le Premier ministre chinois Wen Jiabao a déclaré qu'il espérait que les volumes commerciaux augmentent jusqu'à 100 milliards de dollars d'ici à 2010. Cette année, le gouvernement chinois a pris l'engagement de doubler l'aide à l'Afrique à hauteur d'un milliard de dollars d'ici à 2009, de créer un fonds de cinq milliards de dollars pour encourager l'investissement du secteur privé dans des pays africains et de construire des hôpitaux et des écoles. Toutefois, des activistes critiquent les politiques chinoises. Certains s'inquiètent du fait que la politique de la Chine de "ne pose pas de questions, de ne parle pas" sur des questions intérieures puisse maintenir des gouvernements antidémocratiques, étant donné spécialement les maigres performances de la Chine même en matière de droits de l’Homme. D'autres craignent que les entreprises asiatiques opérant en Afrique ne puissent pas également respecter les normes de l'environnement et du travail exigées par certaines organisations européennes de la société civile. "L'océan Indien est devenu un théâtre d'activités. Avec le village mondial, est venu le pillage mondial. Nous devons préserver notre héritage", a déclaré Issa Shiviji, un professeur de droit à l'Université de Dar es Salaam, en Tanzanie. Les organisateurs disent qu'un autre avantage du projet est que le ZIORI est basé à Stone Town, la capitale économique de Zanzibar, où il abritera une bibliothèque de recherche sur la civilisation swahilie, comprenant les rares publications offertes par des collections personnelles. Il encouragera également des savants locaux à étudier l'histoire africaine et à se munir d'une meilleure connaissance de leur propre passé dans le but de développer des indications sur des choses à venir.

"Dans le rapport de Tony Blair sur l'Afrique, les 50 dernières années se sont résumées en deux phrases : manque de responsabilité, ou corruption; et un manque de capacité, ou que nous avons cessé de réfléchir. L'Afrique vaut beaucoup plus que cela", a ajouté Shiviji.