BLANTYRE, 21 août (IPS) – Chaque jour un autobus, souvent bondé au-delà de sa capacité, quitte le Malawi pour l'Afrique du Sud. La plupart des passagers sont des commerçants, en partance pour aller vendre des bibelots en bois dans les principales villes d'Afrique du Sud telles que Johannesburg, Durban et Le Cap.
Quelques arrêts à Harare, au Zimbabwe, avec des morceaux de tissu et des produits alimentaires tels que la farine et le sucre.
De l'Afrique du Sud, les commerçants ramènent des vêtements, des chaussures, des accessoires personnels et des produits de l'électronique. Ceux qui vont au Zimbabwe achètent du beurre, de la confiture et de la sauce tomate pour vendre au Malawi. Certains commerçants traversent également les frontières pour aller au Mozambique, en Zambie et en Tanzanie pour ramener des marchandises. Ceux qui ont des sommes d'argent importantes voyagent en avion même jusqu'au Kenya, à Hong Kong, à Dubaï et en Thaïlande pour ramener des produits de l'électronique et des habits.
Maria Kachale, 32 ans, s'est engagée dans le commerce transfrontalier depuis 1999. Avec ses recettes, elle a construit une maison à trois chambres et a acheté une voiture d'occasion.
Kachale déclare que ce n'est pas facile d'être dans les affaires. Elle passe beaucoup de temps sur la route. "Cela prend deux jours pleins pour aller en voiture du Malawi en Afrique du Sud et cela seul est très fatiguant". La femme d'affaire qui réside à Lilongwe, la capitale du Malawi, parcourt également de longues distances à la recherche des clients pour acheter sa marchandise et des biens à ramener au Malawi. Elle dit qu'avant les problèmes économiques au Zimbabwe, des commerçants avaient le choix entre aller dans ce pays actuellement affecté par la pauvreté ou en Afrique du Sud. "Le Zimbabwe est un peu plus proche du pays, mais maintenant, nous n'avons pas d'autre choix que de faire tout le chemin vers l'Afrique du Sud puisque c'est une destination commerciale plus lucrative". Une autre personne impliquée dans le commerce transfrontalier informel est Zalimba Khoviwa, un homme de 27 ans qui réside à Mulanje, un district dans le sud du Malawi qui partage la frontière avec le Mozambique. Depuis l'âge de 19 ans, Khoviwa traverse la frontière à vélo pour acheter du maïs, des pâtes, de la pâte dentifrice et du savon au Mozambique, lesquels il revend dans sa région. "Quelques-uns d'entre nous aident à fournir du maïs, qui est une nourriture de base dans ma région. La plupart du temps, nous n'en cultivons pas assez pour nous nourrir nous-mêmes", indique Khoviwa. Khoviwa fait partie des quelque 500 commerçants transfrontaliers informels dans sa région, selon une enquête réalisée en novembre 2006 par l'Association nationale des femmes d'affaires (NABW) qui assure la promotion de petites activités économiques au Malawi.
Le coordonnateur national au crédit de la NABW, Lackson Kapito, déclare que la capitale du pays et la principale cité économique, Blantyre, abritent approximativement 10.000 de ces commerçants tandis que Mzuzu, la troisième ville plus grande du pays, et le district lacustre de Mangochi en contiennent 2.000 chacun. Kapito a estimé qu'au moins cent personnes en provenance des 23 autres districts du pays sont impliquées dans le commerce transfrontalier. Le pays a une population de 12 millions d'habitants dont 65 pour cent vivent en dessous du seuil de pauvreté avec moins d'un dollar par jour.
L'analyste économique Mavuto Bamusi dit beaucoup de bien du rôle effectif que les commerçants transfrontaliers informels sont en train de jouer dans l'économie malawite. Il souligne que ce type de commerce offre des opportunités économiques aux femmes et aux jeunes du pays qui autrement seraient sans emploi. "La préoccupation est qu’ils font habituellement face à toute sorte d'injustices sociales et économiques telles que le harcèlement de la part des autorités publiques, spécialement le service des impôts. Ils subissent des contrôles inutiles qui ne sont pas réglementaires et ils sont obligés de payer des taxes exorbitantes", explique Bamusi. Il déclare que l'autre désavantage est que la plupart des commerçants ne sont pas lettrés et ignorent les taux d'impôts sur les différents types de biens. "Malheureusement, il n'y a pas un regroupement formel qui s'occupe des intérêts de ces commerçants, ainsi ils ne peuvent pas lutter pour leurs droits", observe Bamusi. Ces expériences sont en contradiction avec la déclaration de mission des services de recettes du pays, l'Autorité des recettes du Malawi, qui indique qu'elle contribue au développement national à travers la mise en vigueur rentable, équitable et effective des lois de l'impôt sur le revenu et à la fourniture continue des services de qualité à toutes les parties prenantes. Un autre analyste économique, Abel Mwanyungwe, est d'accord avec Bamusi sur le rôle du commerce transfrontalier informel. Il affirme que ce commerce est important pour le pays puisqu'il procure du travail informel à beaucoup de personnes qui, en fin de compte, contribuent à l'économie du pays parce qu'elles payent des taxes et sont capables de maintenir leurs moyens de subsistance et ceux de leurs familles. Mwanyungwe s'inquiète du manque d'études de marché et d'information sur le commerce informel qui, déclare-t-il, fait que la majorité des commerçants ne connaissent pas la demande pour leurs marchandises. "L'environnement économique du pays ne leur est pas favorable", souligne-t-il, expliquant que des banques exigent le nantissement, hésitant à accorder des prêts aux commerçants informels. D'où la difficulté pour les commerçants d'accéder aux crédits pour le capital.
Mwanyungwe estime également que même si les commerçants avaient facilement accès aux prêts, ils seraient confrontés aux taux d'intérêt prohibitifs, se situant actuellement entre 23 et 26 pour cent.

