KENYA: Une loi pour avoir plus de femmes au parlement – le prochain épisode…

NAIROBI, 23 août (IPS) – Des activistes du Kenya ont repris les efforts pour faire légiférer sur une augmentation du nombre des femmes occupant des sièges au parlement de ce pays d'Afrique de l'est, et ce, après qu'un projet d'amendement à la constitution qui devrait créer 50 sièges spéciaux aux femmes a été repoussé.

"Nous sommes en discussion avec des députés pour savoir comment renvoyer cette question au parlement", a déclaré Ida Odinga, co-présidente du 'National Women Leaders Negotiating Committee' (Comité de négociation national des femmes leaders) qui a été au premier plan dans la campagne pour la création de sièges spéciaux en faveur des femmes. "Mais nous voulons que les hommes parlementaires sachent que les femmes kenyanes sont déçues par eux. Ils ont raté de saisir l'opportunité de faire citer le Kenya quand il s'agira de la question des mesures de discrimination positive", a-t-elle ajouté, se référant au fait que les hommes occupent environ 90 pour cent des sièges à l'assemblée, et déterminent ainsi si des projets de loi seront votés ou non.

Avant le vote sur le projet de loi, des efforts ont été consentis pour réunir un million de signatures en faveur de l'amendement; des femmes activistes et femmes politiques ont également marché à Nairobi, la capitale, et dans des régions environnantes pour mettre leur poids dans le soutien à cette loi. Néanmoins, le projet de loi a été repoussé le 15 août quand le nombre de députés présents au parlement s'est avéré trop insuffisant pour procéder à un vote de la loi. Tandis qu'au moins 145 des 222 parlementaires étaient requis pour obtenir un quorum, seuls 95 étaient à l'intérieur de l'hémicycle. Certains députés étaient sortis du parlement avant le vote; d'autres étaient simplement absents pour l'événement. Toutefois, le manque de soutien à l'amendement semble être moins une conséquence de l'opposition aux mesures de discrimination positive qu'une préoccupation au sujet d'une disposition dans la loi qui a prévu 40 nouvelles circonscriptions électorales. Le Kenya possède actuellement 210 circonscriptions électorales. Les opposants du gouvernement prétendent que ce dernier utiliserait de nouvelles circonscriptions électorales en sa faveur au cours des élections générales de décembre, et certains députés ont accusé les dirigeants d'agir de mauvaise foi en incluant la création de nouvelles circonscriptions électorales dans le projet d'amendement à côté de la clause relative aux sièges des femmes. Les législateurs ont conseillé qu'un projet de loi traitant uniquement de la représentation des femmes au parlement soit émis quand l'amendement sera autorisé à être présenté de nouveau dans six mois.

Le Kenya a du chemin à faire avant de rattraper ses voisins concernant la présence des femmes au parlement. Sa présente législature est fière d'avoir le nombre le plus élevé de femmes députées dans l'histoire du pays : 18. Toutefois, ceci ne représente que 8,1 pour cent des députés, comparé à une représentation des femmes de 30,4 pour cent en Tanzanie et 29,8 en Ouganda (selon les chiffres de l'Union interparlementaire). Le Rwanda, situé également dans la région de l'Afrique de l'est, compte des femmes dans pas moins de 48,8 pour cent des sièges dans la Chambre basse du parlement, et dans 34,6 pour cent des sièges dans la Chambre haute.

Le Rwanda et l'Ouganda disposent des mesures constitutionnelles pour garantir la représentation des femmes à l'assemblée.

"Un pays comme le Rwanda, qui est juste en train de sortir d'une guerre sérieuse, a été capable de passer une loi sur la discrimination positive qui a vu presque un nombre égal de femmes et d'hommes au parlement. Il n'y a rien pour empêcher le Kenya, qui est un centre régional, de faire de tels progrès", a souligné récemment Elizabeth Lwanga, coordonnatrice résidente des Nations Unies au Kenya. Le Rwanda a connu un génocide en 1994 qui a vu plus de 800.000 Tutsis minoritaires et de Hutus modérés massacrés par des militants extrémistes hutus. On accepte généralement que les femmes puissent occuper 30 pour cent des sièges dans des Assemblées nationales pour qu'elles commencent par exercer une influence sur les affaires parlementaires. Le projet d'amendement à la constitution devrait assurer qu'un minimum d'environ 17 pour cent des sièges parlementaires au Kenya soit occupé par des femmes à tout moment; les femmes devraient être nommées aux 50 nouveaux sièges. Le Kenya a d'abord essayé d'introduire une législation sur la discrimination positive en 2000, dans un projet de loi qui a été par la suite rejeté par Daniel Arap Moï, président entre 1978 et 2002. La loi proposée a été donc mise en suspens.

Les mesures de discrimination positive ont été également incluses dans un avant-projet de constitution rédigé par la Conférence nationale constitutionnelle, qui s'est réunie au cours de 2003 et de 2004 pour réviser la constitution de l'ère de l'indépendance du pays. Toutefois, cet avant-projet a été rejeté lors du référendum de 2005.

Certaines femmes députées et activistes ont souligné que la création de sièges spéciaux pour les femmes au parlement n’intervenait en partie que pour assurer l'égalité politique entre les sexes, et que les femmes doivent s'efforcer pour gagner plus de postes électifs. Toutefois, des femmes candidates essayant ceci au Kenya rencontrent un tas d'obstacles, en particulier un manque de ressources de campagne, et les perceptions traditionnelles de la femme qui accordent peu de places aux activités hors du cadre domestique.