ECONOMIE-CONGO: La TVA Affecte Le Panier De La Ménagère.

BRAZZAVILL, 29 juill. (IPS) – L'application de la taxe sur la
valeur ajoutée (TVA) sur tous les produits alimentaires a affecté
le pouvoir d'achat des ménages congolais, en raison de l'inflation
qui en a résultée.

Fixée à 18,9%, la TVA est devenue effective depuis le mois de juin
dernier et, déja, les consommateurs en subissent les conséquences.
Selon les observateurs, les mères de famille qui estiment qu'il
leur faut 3 000 à 5 000 FCFA pour le repas de la journée, selon
qu'elles gèrent une famille nombreuse ou moins nombreuse, sont les
plus affectées.
( 100 fcfa équivallent à 1 FF)
Une institutrice de 35 ans,, mère de 3 enfants, qui se fait
appeler Leila, a de plus en plus du mal à nourrir sa famille.
"Mon revenu mensuel de 70 000 FCFA est nettement insuffisant
pour nourrir ma famille", déclare-t-elle. "Au marché, j'ai
failli pleurer. Je ne sais pas ce que nous allons devenir poursuit-
elle en montrant une assiette contenant quelques tomates.
"Au Mali c'est (la tomate) 50 FCFA seulement. J'ai acheté ça à
300 FCFA. Regardes, ces cinq oignons, avant ça coûtait 200 FCFA,
j'ai eu ça à 500. On n'arrivera pas !".
L'indignation de Leila qui a séjourné à Bamako pendant 11 mois,
est celle de toutes les ménagères qui jugent exorbitante et
injustifiée, la flambée des prix des produits alimentaires.
Marie Anastasie Nzoulani, vendeuse de poissons de mer au marché
de Ouenzé, quartiernord de Brazzaville, affirme que les prix sur
le marché ne sont plus abordables.
" Nous n'arrivons pas à comprendre jusqu'alors quel est le
travail du gouvernement ; s'il aime son peuple ou pas.Nous ne
pouvons pas concevoir qu'aujourd'hui, on achète le carton de
chinchard ou de sole à 32 000 alors qu'il était à 27 000 FCFA.
Nous ne comprenons pratiquement rien. On est fatigué. Si c'est
comme ça, nous serons obligés de ne plus vendre".
"L'autre jour, au marché, j'ai vu le litre d'huile que l'on
vendait à 1 200 FCFA, chez un Ouest africain. Quand, je suis
revenu dans la boutique pour l'acheter, c'était trop tard, un
commerçant est venu tout prendre. Il revendait le litre à 2 000
FCFA ", se plaint Lucile BOYA.
"Nous autre, poursuit-elle, nous avons des salaires maigres et
irréguliers. Un tas de trois poissons de soles est passé de 1 000
à 2 500 FCFA. Avec 5 000 pour une famille de 10, si vous décidez
de manger du poulet, vous en avez juste pour le repas de midi.
C'est incroyable. Nous ne pourrons pas bien manger avec notre
petit salaire. Quand on sait qu'on a plusieurs bouches à
nourrir".
Les importateurs de produits alimentaires dénoncent l'absence de
concertation entre le gouvernement et les partenaires sociaux dans
la prise des décisions aussi importantes que l'application de la
TVA.
Jean Benoît, l'un des responsables des établissements Chalala –
vendeur de produits carnés- pense que "si les prix ont augmenté
sur le marché c'est parce qu'il n'y a pas eu une concertation
entre le Ministère du Commerce et celui des Finances".
Au mois de mai dernier, le Ministère du Commerce a eu des séances
de travail avec les grands établissements commerciaux, aucours
desquelles il aurait réussi à imposer la baisse des prix. A la
grande surprise, quelques jours après, les prix ont triplé sur le
marché, a indiqué Jean Benoit.
Félix Mboueno, ministre du commerce, a expliqué que plusieurs
opérateurs ne comprennent pas l'utilité de la TVA pour un pays.
"Quand les opérateurs économiques se plaignent, c'est parce
qu'ils ne savent pas ce qu'est la TVA. Il y a un système de vases
communicants depuis les producteurs jusqu'aux grossistes, les demi-
grossistes, détaillants et l'acheteur final qui est le
consommateur. Par conséquent, l'opérateur n'a pas à se plaindre.
Il est remboursé car c'est le consommateur final qui paie
la TVA", affirme Félix Mboueno.
" Devons-nous exonérer les produits de la TVA pour faire plaisir
aux opérateurs économiques ? Non", a rétorqué le Ministre du
Commerce.
Ce dernier avait indiqué dans une déclaration diffusée par
"Radio liberté" (proche du pouvoir), que cette taxe est en
vigueur sur l'ensemble du territoire national. La TVA va remplacer
les différentes taxes antérieures reposant sur le chiffre
d'affaires (TCA).
Théophile Pale, économiste et enseignant à la faculté des Sciences
Economiques de l'université Marien Ngouabi de Brazzaville
explique que "la TVA s'applique à différents niveaux de
l'activité économique ou commerciale. Le résultat procuré est
dégressif contrairement à la TCA. Toutefois, la TVA est supportée
par le consommateur. Aussi, elle est un impôt sur la
consommation".
En 1994, suite à la dévaluation du FCFA, le gouvernement de
l'époque avait levé les taxes sur les produits de premières
nécessités importés, comme une mesure d'accompagnement suite à
l'augmentation mécanique des prix relative à la dévaluation du
Franc CFA.
La loi instituant la TVA a été adoptée en novembre 1996 par le
Parlement. Ne jugeant pas utile son application immédiate, le
gouvernement avait alors pris une circulaire pour exonérer de la
TVA certains produits tels que la viande, la volaille pendant une
période de 12 mois.
L'exhumation de la TVA a été imposée par la nécessité de faire
redémarrer une économie ruinée par cinq mois de guerre civile
(juin-octobre 1997), mais aussi par plusieurs années de gestion
chaotique.
Mais le gouvernement voudrait ainsi, surtout, appliquer la réforme
fiscalo-douanière soutenue par le FMI.
" L'Etat a besoin de fonctionner à partir des ressources qui sont
payées par les contribuables", a indiqué Mathias Ndzon, ministre
des Finances et du Budget.
La TVA ne s'applique pas pour le moment sur les matériaux de
construction et autres équipements pouvant servir dans la
reconstruction du pays détruit lors de la guerre de 1997 qui a
opposé les partisans de l'actuel président autoproclamé, Denis
Sassou Nguesso, contre ceux du président déchu, Pascal Lisouba.
Le programme de reconstruction du pays, estimé à 500 milliards de
francs CFA, a été récemment approuvé par le FMI.
" Evidemment pour des raisons de reconstruction, nous avons été
emmenés à exonérer pour 12 mois la TVA et les droits douaniers sur
l'outil du travail et les matériaux de construction jusqu' au 31
décembre 1998", a expliqué le Ministre Ndzon.
"Nous avons dû nous battre avec le FMI parce nous étions en
désaccord avec ses principes, et avec la communauté économique et
monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC) parce que nous avons pris
une décision sans accord des autres pays de la sous-région. La TVA
nous est nécessaire car elle permet de renflouer les caisses de
l'Etat pour faire face à ses obligations traditionnelles", a-t-il
ajouté.
Mais les consommateurs ne sont pas satisfaits.
"Le gouvernement n'a pas prévu des mécanismes de suivi de mise en
application de cette TVA. La malhonnêteté s'est installée et
chacun, au nom de la TVA, fixe des prix fallacieux", dénonce
Diallo Cissé gérant d'un supermarché.(