BRUXELLES, 25 avr (IPS) – Deux tiers des malades du SIDA dans le monde vivent en Afrique subsaharienne. La maladie et la mort ont un impact considérable sur le développement économique de la région. Les institutions de micro-crédit veulent limiter les risques financiers en s'attaquant à l'épidémie.
En Afrique subsaharienne, les institutions de micro-finance participent, à l'échelon local, au développement économique en offrant de très petits crédits à des familles extrêmement pauvres afin qu'elles puissent développer une activité génératrice de revenus ou une petite entreprise. Ces micro-crédits ne sont parfois que de 15 dollars (11 euros) et leur taux de remboursement atteint en général presque 100 pour cent, mais la progression du VIH/SIDA a de plus en plus de conséquences sur le cycle des remboursements. “Dans les zones les plus touchées par le VIH/SIDA, le taux de remboursement varie entre 65 et 86 pour cent”, explique Francesco Strobbe du département des statistiques économiques de la Banque centrale européenne. “Par contre, ce taux est de 98 pour cent pour les emprunteurs qui ne sont pas atteints du SIDA”. Selon le dernier rapport du Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA) en 2006, plus de 13,2 millions d'individus vivaient avec le virus en Afrique subsaharienne. Par le passé, les institutions de micro-finance (IMF) ont parfois fait preuve de réticence à l'idée d'investir dans des communautés frappées de plein fouet par la maladie. “La productivité des mines, des usines, des fermes ainsi que des moyennes ou micro-entreprises est lourdement entravée par les décès ou les absences liées au VIH/SIDA”, souligne Strobbe, auteur également d'une étude sur l'impact économique de la maladie en Zambie et en Afrique australe. Pour faire face aux conséquences de l'épidémie, les IMF ont décidé de développer des programmes de sensibilisation vis-à-vis des emprunteurs. L'objectif est d'informer, de réduire le taux de transmission et de faire face aux coûts en proposant, par exemple, des couvertures pour les soins médicaux ou les funérailles. Pour Debrework Zewdie, qui dirige le programme de lutte contre le VIH/SIDA de la Banque mondiale, cette approche est l'un des maillons qui manquait à la lutte contre la pandémie. “La micro-finance peut être un outil efficace pour faire face aux conséquences de l'épidémie à court terme et combattre les causes de la maladie à plus long terme”, affirme également Strobbe. Certaines institutions accordant des micro-crédits, comme PlaNet Finance installée à Paris, estiment qu'avec une gestion efficace des fonds et la mise en place de programmes de sensibilisation, le taux de remboursement des emprunteurs infectés peut rejoindre celui des personnes qui ne sont pas atteintes du virus. Pour Didier Krumm, responsable des formations pour PlaNet Finance au Maroc, lier des services financiers à des programmes éducatifs ou de santé peut améliorer le bien-être des clients et des familles, accroître la productivité et réduire considérablement le taux de non-remboursement. En janvier dernier, le Programme des Nations Unies pour le développement a lancé, avec l'aide de PlaNet Finance, un projet pilote au Burkina Faso. Il s'adresse directement aux malades du SIDA et à leurs familles. L'institution lancera également en juin un nouveau programme au Maroc, qui devrait cibler environ 10.000 bénéficiaires de micro-crédits. D'autres institutions suivent également cette voie. L'organisme 'Opportunity International', présent dans 25 pays, vient de démarrer un programme d'aide d'un montant de 25 millions de dollars (18,4 millions d'euros) destiné à lutter contre la pauvreté via le développement de micro-entreprises. Hormis les prêts, cette institution offre également des formations sur le VIH/SIDA, des assurances en cas de décès et des programmes d'apprentissage. Les prêts accordés passent par des coopératives, composées en général de 15 à 40 femmes, dont le taux de remboursement atteint 98 pour cent. Au Malawi, le 'Finance Trust for the Self-Employed' (FITSE) a lancé un nouveau programme intitulé “Crédit et éducation”. Il propose des sessions d'information en matière de prévention du VIH/SIDA. Elles sont principalement destinées aux femmes. Selon l’ONUSIDA, les femmes courent deux à six fois plus le risque d'être infectées par le virus. L'ONU estime, par exemple, que 76 pour cent des femmes atteintes du VIH/SIDA dans le monde vivent en Afrique subsaharienne. (

