MAPUTO, 27 mars (IPS) – Sandra Alberto était dans un état de grossesse avancée lorsque le cyclone Favio a frappé le Mozambique au début de ce mois, le 2 mars, arrachant le toit en tôle de la maison où ses deux enfants et elle s'étaient réfugiés.
"Je me suis saisi de mes enfants parce que je pensais que le vent allait les emporter", a-t-elle déclaré. "Les toits et autres objets volaient partout sur le lieu".
Alberto âgée de 32 ans parlait au chargé de communications du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), Thierry Delvigne-Jean, qui visitait la ville côtière de Vilanculos, dans la province sud de Inhambane.
Le cyclone Favio a tué deux enfants et un adulte et a fortement endommagé des maisons et des bâtiments sur son passage, y compris quelque 220 salles de classe et l'hôpital.
"Je pouvais voir le toit en tôle s'enrouler autour des pylônes comme du papier", a dit à IPS Delvigne-Jean. "Cela montrait la force des vents". Par ailleurs, le cyclone est arrivé à un moment où le gouvernement et ses partenaires luttaient contre une autre urgence. Dans la région centrale, des pluies incessantes et de graves inondations avaient contraint plus de 160.000 personnes à fuir leurs maisons. Des bâtiments ont été détruits et des terres cultivées inondées dans les provinces de Zambezia, Manica, Tete et Sofala.
Au début du mois de mars, le nombre total de victimes des inondations était estimé à environ 40 personnes. C'est beaucoup moins que les 700 personnes qui avaient perdu la vie durant les inondations en 2000 à la même époque de l'année.
En outre, cette fois-ci, il n'y a eu aucune épidémie de choléra, encore un exploit puisque des gens sont concentrés aux mêmes endroits durant la période d'urgence. Le choléra est endémique au Mozambique.
Le gouvernement et ses partenaires au développement reconnaissent qu'ils sont mieux préparés pour traiter des urgences maintenant qu'il y a sept ans. Ce pays d'Afrique australe a eu largement son lot de malheurs. Il a souffert d'une urgence chronique sous la forme d'une guerre civile de 16 ans qui a fait plus d'un million de morts avant de prendre fin le 4 octobre 1992. En dehors des cyclones et inondations, il a souffert de sécheresses graves et même d'un puissant tremblement de terre, l'année dernière, qui mesurait 7,5 sur l'échelle de Richter. Le séisme a tué au moins cinq personnes.
Delvigne-Jean était stupéfait par la réponse rapide des autorités cette fois-ci. "Deux jours seulement après le cyclone, j'étais surpris de voir comment des gens affairés fixaient leurs toits et les pylônes électriques. Quelques 150 soldats mozambicains distribuaient des bidons d'eau et donnaient un coup de main là où ils le pouvaient.
"Tous les malades des hôpitaux touchés ont été transférés dans des tentes qui avaient été installées le long de pavillons détruits. Les choses ont continué comme d'habitude. Partout où vous allez, il y avait un sens d'énergie", a-t-il souligné.
Cinquante autres tentes mesurant 72 mètres carrés, fournies par l'UNICEF, devaient être installées pour des écoliers afin qu'ils continuent leurs cours.
Quel est le secret d'une telle efficacité dans l'un des pays les plus pauvres au monde? Depuis 2000, la préparation à une urgence occupait une place prépondérante dans les priorités du gouvernement et de ses partenaires. Il y a un plan d'urgence en place, et l'Institut national de gestion des désastres (INGC) rencontre régulièrement ses partenaires pour surveiller la situation.
Différents partenaires sont prêts à prendre en charge et à coordonner des aspects particuliers d'une urgence lorsqu'elle survient. Par exemple, l'organisation non gouvernementale britannique 'Save The Children' (Sauvez les enfants) et UNICEF ont co-géré des initiatives en matière d'éducation et sur des questions liées à la protection des enfants, comme la maltraitance des enfants et les soins aux orphelins.
Même lorsque la première grande inondation de l'année a frappé au milieu de la nuit, la réponse a été bonne et personne ne s'est noyé. Ceci malgré les 340 millimètres de pluie tombant en 24 heures et submergeant des parties de la ville de Quelimane, dans la province centrale de Zambezia.
Les 3.000 personnes affectées ont fui leurs maisons parce qu'elles étaient préparées. "Nous avions distribué des prospectus, utilisé des voitures avec des mégaphones et la radio pour dire aux habitants de s'attendre à l'inondation et leur dire ce qu'il faut faire", a indiqué Paulo Zucula, le directeur de l'INGC. "Les gens savaient où étaient installés les abris temporaires. On n'avait eu besoin d'y conduire personne par la main".
Zucula a souligné qu'il était impératif que les districts aient plus de capacité de répondre immédiatement. "Dans n'importe quel désastre, 90 pour cent des décès surviennent généralement au cours de la première heure, donc notre objectif est de permettre aux communautés de se préparer et de réagir.
"Elles doivent être informées des urgences possibles et dotées d'information sur ce qu'il faut faire. Plus important encore, elles doivent recevoir l'équipement de secours nécessaire comme les bateaux", a expliqué Zucula.
L'INGC, avec ses partenaires, a accéléré les campagnes de sensibilisation à travers ces districts au cours de la saison pluvieuse en cours.
Selon Chris McIvor, directeur de programme à 'Save The Children' au Mozambique, l'organisation a travaillé avec l'INGC pour concevoir des prospectus avec des messages simples en langues locales afin de préparer les communautés aux désastres. Quelque 10.000 prospectus sont actuellement distribués ce mois (mars 2007) à travers tous les districts à haut risque d'inondation. Des journalistes de radios communautaires sont en train d'être formés pour reprendre les messages à la radio. McIvor a donné des exemples : "Dans le passé, des automobilistes et des enfants ont été entraînés au moment où ils traversaient rapidement des rivières et des ruisseaux à cours rapide pour se rendre à la maison lorsqu'ils ont vu l'eau des crues monter.
"Cette campagne leur donne des conseils pratiques et des conseils sur le secourisme. Par exemple, ne pas traverser les rivières; aller sur des terres hautes lorsqu'ils entendent des alertes; ranger leurs documents dans un sac en plastique pour éviter des dégâts; et avoir une réserve d'eau potable parce que les puits se contaminent facilement durant les inondations".
Pour le moment, les 160.000 personnes et plus qui sont sans abri à cause des inondations doivent avoir accès aux services de base, y compris une eau de boisson potable pour éviter toute épidémie majeure. Delvigne-Jean a également indiqué à IPS que les zones où les inondations ont été les plus graves sont aussi les zones ayant les plus forts taux de prévalence du VIH/SIDA.
Dans certaines de ces zones, les estimations de la prévalence du VIH avoisinent 26 pour cent, bien au-dessus de la moyenne nationale de 16,2 pour cent. "Les personnes vivant avec le VIH ont des besoins spécifiques et sont, par conséquent, vulnérables aux maladies", a déclaré Delvigne-Jean.
Ces zones comptent également un nombre important d'orphelins. Le ministère du Bien-être social est en train de former des travailleurs en vue d'identifier des orphelins et d'autres enfants vulnérables. Les enfants reçoivent des kits de survie de base comme des couvertures, des casseroles et du savon.
Personne ne sait pendant combien de temps ces gens seront déplacés ou l'ampleur exacte des dégâts sur l'infrastructure. Cela est estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars. On ne sait également pas quand les gens seront capables de retourner à la production agricole, le moyen de survie pour la plupart des personnes affectées.

