N'DJAMENA, 27 mars (IPS) – Lors de fréquents travaux de terrassement et de nivellement des rues de N’Djamena par la mairie, ce sont des forêts de sachets plastiques qui apparaissent après le rasage des engins à tel point qu’on se demande si ces rues sont bien en terre ou en plastique.
Les rues, les places publiques, les terrains vides, et surtout les décharges publiques de la capitale tchadienne, N’Djamena, sont tapissés de ces sachets plastiques qui parfois vous sautent au visage sans aucun égard.
Depuis bientôt trente ans, les ménagères tchadiennes ont délaissé les traditionnels paniers en raphia pour le ‘’léda’’, le sac en plastique.
‘’J’utilise les lédas parce qu’ils sont pratiques et moins encombrants. C’est vrai que j'ai appris plus tard qu'ils représentent un danger pour la santé et l'environnement. Mais, que voulez-vous, nous sommes si habituées à ces sacs que nous n’arrivons pas à nous en passer’’, confie, perplexe, Maïmouna Angaré Djarma, ménagère vivant à N’Djamena.
Sa mère, Medeleine Nekingalar, la soixantaine bien entamée, assise près d'elle, laisse éclater sa colère à l’écoute des propos de sa fille.
‘’Les femmes d'aujourd'hui pensent qu'elles sont civilisées et se rendent au marché les dix doigts vides comme si porter son panier en raphia de la maison au marché était une honte. De mon temps, chaque femme avait son panier en raphia et nous n'avions pas un environnement sale et pollué comme maintenant. Aujourd'hui, même l'huile et le lait sont mis dans des lédas. Ce n'est pas normal!’’, s’exclame la vielle dame.
Médard Laokein Kourayo a fait de la lutte contre les sachets plastiques une réelle obsession. Ministre du Développement touristique, puis de l'Agriculture, il y a encore un an, Kourayo dirige une association, le Club des prospecteurs de l'or vert, créée en juin 1988 et dont le siège est à Moundou, dans le Sud du pays.
‘’Les sachets plastiques non dégradables contribuent à la désertification de notre pays sans que les gens s’en rendent compte. Ces sachets plastiques asphyxient le sol et le rendent hostile à toute croissance végétale’’, révèle Kourayo.
Les sachets plastiques ont une durée de vie de 50 à 100 ans, explique-t-il. Ce qui veut dire que pendant peut-être un siècle, ces sachets vont encombrer le sol, empêcher la croissance des arbres, anéantir toute vie dans le sous-sol.
La mairie de N’Djamena a ouvert une décharge publique à côté d’une aire déjà reboisée à Walia, à la sortie sud de N'Djamena.
‘’Ces arbres mourront, c’est certain. Ils mourront parce que les déchets qu'on avait déposés dans la décharge sont principalement constitués de ces plastiques non dégradables. Ces sachets empêcheront ces arbres de respirer’’, assure Kourayo.
Ses affirmations sont malheureusement également partagées par Ahmat Agalla, directeur des Forêts et de la Protection de l'Environnement au ministère de l'Environnement. Selon lui, les sachets plastiques non dégradables tendent à annihiler les efforts déployés pour reboiser la capitale et ses environs.
La question des sachets plastiques avait occupé une large place lors des débats de la Conférence nationale souveraine de 1993 tant ces plastiques étaient devenus les seuls emballages utilisés par hommes et femmes.
Conformément à l’une des résolutions de cette conférence, le ministère du Commerce avait interdit l'importation des sachets plastiques qui viennent du Nigeria voisin.
Au lendemain de la prise de cet arrêté ministériel, les agents du ministère du Commerce ont saisi plusieurs tonnes de sachets plastiques qu'ils ont entreposés au magasin des douanes de Nguéli, quartier sud de N'Djamena, frontalier avec la ville camerounaise de Kousseri.
Quand les agents se sont présentés le lendemain au magasin pour procéder à l'incinération des sachets saisis, ils avaient tous disparu. Les commerçants propriétaires avaient, entre temps, fait usage de leurs carnets d'adresses pour sortir, nuitamment, toute la marchandise qui s’est immédiatement retrouvée sur les marchés de N’Djamena et des provinces voisines.
Plusieurs associations, dont le Club des prospecteurs de l’or vert de l'ex-ministre Kourayo, avec le soutien du gouvernement et des autorités locales, sensibilisent la population tchadienne afin qu’elle prenne conscience des dangers que représentent pour l’environnement et la vie les sachets plastiques non dégradables.
Ces associations aident également les populations à initier des activités de recyclage de ces sachets plastiques afin qu’ils ne traînent plus dans la nature, mais qu’ils soient utilement utilisés pour faire par exemple des objets de décoration, des chapeaux, des sacs, etc.
‘’La solution au problème des sachets plastiques passe par une conscientisation des Tchadiens sur le danger qu’ils représentent’’, confie Agalla.
Son département n’arrive à organiser pour le moment que de rares séances de sensibilisation des populations sur les dangers que représentent les sachets plastiques.
Selon le Club des prospecteurs de l’or vert, le salut du Tchad se trouve dans un changement de politique environnementale. Au moment où le pays est sérieusement menacé par l’avancée du désert, il a plus que jamais besoin de planter des arbres et de les voir croître, ce qui était déjà très difficile sans les sachets plastiques.
‘’Nos agents des Eaux et Forêts se comportent aujourd'hui comme de simples percepteurs de recettes. Ils doivent plutôt être formés comme des agents de formation en action environnementale. Si nous ne changeons pas de politique environnementale, nos enfants hériteront d'un pays mort dans un siècle’’, prévient Kourayo d’un air plutôt grave.

