DROITS: Louise Arbour tient tête à l'Algérie

GENEVE, 16 mars (IPS) – Louise Arbour, le Haut commissaire aux droits de l'Homme, a pris clairement position sur deux points chauds du Conseil des droits de l'Homme de l’ONU en réunion à Genève : l'examen périodique universel et l'indépendance des rapporteurs.

Les experts doivent jouir de toute leur indépendance dans l'exercice de leurs mandats et le Conseil des droits de l'Homme des Nations Unies doit fonctionner dans la plus grande transparence! C'est en substance ce qu'a soutenu Arbour mardi face aux Etats et aux organisations non gouvernementales (ONG) réunis, à Genève, pour écouter son rapport annuel.

Pour la première fois, le Haut commissaire a clairement indiqué sa position : en déclarant explicitement vouloir renforcer le profil des experts et non l'affaiblir, elle a pris ouvertement le contre-pied de l'alliance des pays qui dominent le rapport des forces au sein du conseil.

Pour Arbour, l'examen du respect des droits de l'Homme par pays doit être “facilité” par des experts indépendants. Et, outre le rapport émis par le pays concerné, les ONG, c’est-à-dire la société civile, sont “les mieux placées pour exposer les violations des droits humains, juger des progrès accomplis et proposer des mesures correctives si nécessaire”.

Cette position prend le contre-pied de la position exprimée par l'ambassadeur de l'Algérie, Idriss Jazaïry. Ce dernier reflète les positions des groupes africain et arabe, soutenus par la plupart des pays asiatiques et islamiques, en plus de la Russie et de Cuba. Cette alliance, dominante au sein du conseil, soutient l'idée que l'examen périodique universel des pays ne doit se baser que sur le rapport du pays examiné.

L'ambassadeur algérien a pris la parole, à cet égard, pour rappeler que le rôle des experts dans cet examen n'a pas encore été défini par le Conseil des droits de l’Homme. Il a même “suggéré” à Arbour d'attendre pour en parler. Mais cette dernière a maintenu ses propos, arguant qu'elle se devait de donner les orientations les meilleures pour le respect et la promotion des droits de l'Homme.

Le Haut commissaire s'est montré tout aussi intransigeant à propos de la nature des rapporteurs spéciaux. Alors que l'alliance dominante veut coûte que coûte mettre fin aux mandats des experts par pays, Arbour a insisté sur l'importance d'une “couverture universelle” de la protection des droits de l'Homme dans le monde. Et elle a cité les exemples de Myanmar (Birmanie) et de la Corée du Nord, qui poursuivent des violations massives et systématiques des droits de l'Homme.

Elle a plaidé en faveur des rapporteurs qui, grâce à “l'indépendance et l'impartialité qui les caractérisent, garantissent qu'un large éventail de droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, affectant tous les groupes, fasse en permanence l'objet d'un examen”.

Arbour a ajouté que “leurs interventions promptes ont fait des détenteurs de mandats les acteurs de premier plan quand il s'agit de réagir à des situations de crise. Ces experts identifient les violations auxquelles les populations vulnérables, certains groupes ou certains individus sont exposés, et contribuent à alerter l'opinion publique et les gouvernements”.

*(Juan Gasparini et Carole Vann sont journalistes à InfoSud, une agence de presse suisse basée à Genève. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre InfoSud et IPS).