DEVELOPPEMENT-ZIMBABWE: Un effort herculéen est nécessaire

HARARE, 28 fév (IPS) – "Vous ne pouvez pas parler de réduction de moitié de la pauvreté lorsque notre pays va dans la direction opposée. Nous sommes totalement largués)", déclare Maxwell Tambarare, un enseignant à Chiredzi, une région du sud-est du Zimbabwe.

Il faisait allusion aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), des Nations Unies. Le premier objectif est la réduction de moitié de la pauvreté d'ici à 2015. IPS a interrogé au hasard des Zimbabwéens à Harare et à Chiredzi pour jauger l'étendue des connaissances des gens au sujet des OMD.

Pour la plupart des personnes interrogées, les OMD et la date de réalisation, 2015, semblent être peu convaincants. Les interviews montrent que seul un effort herculéen pourra changer le sort du Zimbabwe. La crise du Zimbabwe a pris un caractère rhétorique dans les informations aux quatre coins du globe. Avec un taux d'inflation annuelle supérieur à 1.593 pour cent — probablement le plus élevé au monde — la vie est devenue une lutte pour la survie pour les citoyens ordinaires.

Le chômage est à une hausse record de 80 pour cent. La plupart des chômeurs gagnent néanmoins péniblement leur vie à travers le commerce informel. Ceci malgré la violente répression contre le secteur informel, opérée par le gouvernement dans sa tristement célèbre Opération Murambatsvina.

Le programme de suivi, promis pour reconstruire les étalages du marché et les maisons devant remplacer les stands et demeures détruits, est demeuré un projet chimérique près de deux ans après.

"Si le gouvernement envisage sérieusement de réaliser les OMD, alors il doit accélérer les mesures pour corriger les effets de l'Opération Murambatsvina,", estime Amos Muzamani, un titulaire du baccalauréat, sans emploi.

Lorsqu'on considère la santé, d'énormes défis subsistent. Le gouvernement est confronté à la réduction du taux de mortalité parmi les enfants ayant moins de cinq ans de 129 à 42 décès pour 1.000 naissances vivantes d'ici à 2015. Le taux de mortalité maternelle a augmenté considérablement durant les 10 dernières années à cause du manque d'accès aux soins prénatals, aux soins pendant l'accouchement et aux soins post-natals pour les femmes, selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF).

"C'est difficile pour nous parce que les frais d’hôpital sont trop élevés, même dans des hôpitaux publics", affirme Alice Makanga, une femme enceinte qui vit dans la capitale, Harare.

Le ministre de la Santé et du Bien-être des enfants, Dr David Parirenyatwa, a soutenu que les femmes enceintes et les enfants âgés de moins de cinq ans ont droit à des soins de santé gratuits. Mais les hôpitaux, évoquant des coûts de fonctionnement élevés, continuent de faire payer les patients.

A cause du VIH/SIDA, un nombre effroyable de 3.000 décès surviennent par semaine, ce qui signifie 168.000 décès par an. Le traitement aux médicaments anti-rétroviraux (ARV) prolongeant la vie est hors de portée pour la grande majorité des personnes dans le besoin, estimées à 300.000.

"J'ai été dépisté, mais je ne reçois pas des ARV. Ils disent toujours à la radio que nous en recevrons", indique Paul Mandi, qui vit à Tshovani, Chiredzi. Le gouvernement a promis de mettre le traitement à disposition d'ici à la fin de 2007.

La situation économique a eu un effet néfaste sur l'accès à l'éducation. Des difficultés économiques ont conduit à un abandon massif des enfants au niveau de l'école primaire, ce qui est contraire à ce que demandent les OMD. Des parents au Zimbabwe ne peuvent plus payer les frais de scolarité sans cesse croissants.

Ce faisant, l'ancien problème de la préférence pour les garçons s'est aggravé. "C'est une question de priorités", explique Simbarashe Moyo du district de Zaka, dans le sud-est du Zimbabwe. "J'achète de la nourriture avec mes maigres revenus, mais je sacrifie d'autres choses pour éduquer mes garçons. C'est en tête de la liste". Ainsi sa fille, Mercy Moyo, âgée de huit ans, déclare à IPS : "Je ne vais plus à l'école. Mes parents ont dit que c'est trop coûteux. J'y retournerai quand ils auront de l'argent".

Le gouvernement a introduit un module d'assistance à l'éducation de base (BEAM) pour aider les enfants défavorisés, mais le programme est limité aux enfants dont les parents sont infectés ou affectés par le VIH/SIDA.

L'augmentation des abandons scolaires, qui est contraire à la tendance dans le reste de la région, signifie que les pauvres d'aujourd'hui resteront défavorisés à l'avenir.

La protection de l'environnement, qui est abordée dans le septième OMD, a été également très affectée. De vastes régions du Zimbabwe sont devenues des 'dongas' puisque des exploitants informels d'or et de diamant creusent illégalement dans l'espoir d'y tirer une certaine forme de source de revenu.

Le gouvernement s'est récemment lancé dans une opération de répression pour réduire l'exploitation minière. Les parties orientales du pays ont été les plus durement touchées. Des mineurs illégaux défendent leurs actions comme le résultat des conditions économiques difficiles. "Nous n'avons pas le choix dans cette situation où les loups se mangent entre eux. Nous devons nourrir nos familles", souligne Marko Phiri, un chercheur d'or dans la ville de Kwekwe (province du Midlands).

Wenceslous Ndlovu, un travailleur humanitaire basé à Harare, croit que le temps passe très vite pour un gouvernement confronté à une récession économique. Le gouvernement a accusé les nations occidentales d'être responsables de la crise pour avoir, entre autres, pris des sanctions rapides contre les dirigeants de la ZANU-PF, au pouvoir.

Fambai Ngirande, de l'Association nationale des organisations non gouvernementales, un grand regroupement d'ONG, en rejette le tort sur le Fonds monétaire international (FMI). Le FMI devrait annuler la dette du Zimbabwe. La dette un été un gros handicap pour le gouvernement depuis plusieurs années maintenant et a affecté la masse monétaire.