N'DJAMENA, 14 fév (IPS) – "Il y a une trentaine d'années, il était encore fréquent de rencontrer des troupeaux d'éléphants traversant la route à la sortie sud de N'Djamena", se rappelle Hassan Nago, 65 ans, fonctionnaire retraité. Mais aujourd'hui, la végétation luxuriante d'antan a laissé place au vide.
Au niveau du village Toukra, à une dizaine de kilomètres de la capitale tchadienne, sur la route nationale qui mène vers le sud du pays, la faune discutait la route aux voyageurs, souligne Nago. "La zone était très boisée, la végétation luxuriante, et les éléphants, les antilopes, les gazelles, les lièvres étaient souvent présents sur la route", raconte-t-il, affalé sur sa natte rapiécée. Nago vit dans le village de Malo-Gaga, à 14 km au sud-ouest de N'Djamena. Aujourd'hui, toute cette forêt, qui part de la sortie sud de N'Djamena jusqu'à Koundoul, en passant par Malo-Gaga, Ka'abé, Toukra, Do-matelas, Ngueli, soit sur une distance de plus de 20 km, a totalement disparu, et les éléphants avec, déplore Nago. "De cette forêt verte, il ne reste plus que quelques arbres épineux, des jujubiers, des savonniers de type balamites aegyptiaca, des acacias albida, et des palmiers. De la faune, il ne reste que quelques lièvres, des varans, des écureuils et autres rats malingres", raconte le vieux technicien agricole. Le besoin croissant en bois de chauffe et en charbon de bois de la capitale N'Djamena, l'exode rural, qui a déversé dans les villages périphériques une importante population venue de l'intérieur du pays, la guerre civile de 1979-80, qui a déstructuré les services forestiers, sont quelques-unes des causes de cette déforestation plutôt rapide des alentours de N'Djamena, selon Nago, un ancien fonctionnaire du ministère de l'Agriculture du Tchad. La rapide déforestation du sud de N'Djamena a également ouvert la voie à l'inondation qui est l'autre difficulté à laquelle font face aujourd'hui les riverains de la capitale tchadienne. "Il n'y avait pas d'inondation ici avant", affirme Ada Titeina, une habitante du village Ka'abé. "Mais aujourd'hui, à cause de la disparition des arbres, notre village est totalement inondé quand il y a grosses pluies. Nous utilisons parfois même des barques pour nous rendre à N'Djamena". Lors de la dernière saison des pluies à Ka'abé, dont l'activité principale est la riziculture, les villageois ont dû construire des digues géantes pour se protéger de l'inondation. "Ces digues nous ont protégés pendant la saison. Nos maisons et nos champs étaient à l'abri de l'eau", témoigne Titeina. Grâce à ces digues, certaines pistes étaient praticables le long de la saison, même si parfois, elles étaient boueuses par endroits, indique-t-elle. Titeina ajoute que l'inaccessibilité de leur village, pendant la saison des pluies, les empêche d'écouler convenablement leurs produits agricoles vers N'Djamena. "Nous avons bien tenté de reboiser notre village, mais à chaque fois, les troupeaux des éleveurs arabes, en manque de zones de pâturage dans les régions septentrionales du pays, venaient dévorer les jeunes plants. Cela a souvent causé des affrontements entre villageois et pasteurs arabes", déclare Ali Séid, un autre habitant de Malo-Gaga. L'absence d'arbres autour de la capitale fait que très souvent, pendant la saison sèche, la ville baigne dans la poussière. "La coupe abusive de bois est la cause première de la détérioration de l'écosystème autour de N'Djamena", estime Dr Adoum Ngaba-Waye, directeur de l'institut universitaire de formation des cadres supérieurs en environnement, basé à Sarh, dans le sud du pays. Selon lui, rien n'est encore perdu. L'espoir demeure. "On peut très bien encore reboiser N'Djamena et sa périphérie", dit-il. Il suffira d'y planter des espèces résistant à la sécheresse, telles que "les acacias senegalensis, les tibecias et les palmiers". Certaines espèces résistant un peu moins à la sécheresse pourront même y être incluses puisque la localité est traversée par deux fleuves importants, le Chari et le Logone. "On pourra très bien aussi reboiser la localité avec des arbres fruitiers tels que les manguiers. Il suffit pour cela d'utiliser des engrais non toxiques", indique Ngaba-Waye. On constituera ainsi un cordon écologique qui servira de brise vent autour de la capitale. Cette couverture végétale est d'autant plus importante que N'Djamena se trouve dans une zone de turbulences climatiques. "Reboiser N'Djamena et sa périphérie demande aussi des moyens et surtout de la volonté politique", ajoute Dr Ngaba-Waye. La volonté politique existe déjà, semble lui répondre Kedallah Youssouf Hamid, le gouverneur du Chari Baguirmi, région dont dépendent les villages périphériques de N'Djamena. Son équipe, dit-il, est très consciente de la situation et a initié plusieurs projets pour reboiser la zone. Le plus important de ces projets sera le reboisement de la zone Koundoul-Mandélia, soit une cinquantaine de kilomètres autour de la capitale. "Ce reboisement constituera à faire une ceinture verte autour de N'Djamena", souligne le gouverneur. Le gouvernement central du Tchad, pour sa part, a instauré, depuis près de 20 ans, une semaine nationale de l'arbre, célébrée chaque année au début du mois d'août. Lors de cette semaine organisée à l'échelle nationale, les autorités centrales et locales prennent la tête des populations pour planter des arbres. Mais ces jeunes plants, souvent peu protégés, sont très vite ravagés par des bêtes errantes. C'est dire que la solution à la désertification, qui menace N'Djamena, réside peut-être en peu de chose, mais elle reste à trouver.

