SANTE-CONGO-BRAZZAVILLE: Les deux capitales du pays frappées par une épidémie de choléra

BRAZZAVILLE, 13 fév (IPS) – Dans un coin du Centre hospitalier et universitaire de Brazzaville (CHU), un hangar de 50 mètres carrés environ a été aménagé rapidement ce mois pour accueillir les victimes du choléra qui sévit dans la capitale politique du Congo.

Sous des arbres, le hangar, qui tient lieu de centre de prise en charge des cas de choléra à Brazzaville, abrite quelques lits couverts de moustiquaires et sous lesquelles se torpillent des silhouettes de malades fatigués et déshydratés par des diarrhées et vomissements provoqués par le choléra. Jusqu'au 11 février, 40 cas avaient été enregistrés, dont 17 internés pour choléra et 23 autres libérés pour diarrhées ordinaires. Les malades internés sont isolés depuis quelques jours et personne ne peut y accéder. “C'est interdit parce que les risques de contamination sont importants. Nous désinfectons tous les visiteurs. Les patients font les selles à tout moment et boivent beaucoup de l'eau”, explique à IPS, une infirmière qui ressort du hangar, habillée d'une combinaison de protection. Les patients qui ne sont pas contaminés repartent chez eux après une consultation rapide. “J'ai fait la diarrhée et des vomissements, puis mes parents m'ont conduite à ce centre de prise en charge. On m'a posé quelques questions avant de me confirmer que ce n'était pas le choléra”, témoigné à IPS, Déolinda Lunda, une femme d'environ 35 ans. Certains parents de malades, debout à une bonne distance du centre, saluent l'initiative des autorités sanitaires, mais déplorent les conditions dans lesquelles sont isolés les patients. “Ils sont suivis régulièrement, mais les conditions d'hygiène ne sont pas respectées. Le cas de mon père, par exemple, qui baigne totalement dans ses selles, mais nous, ses parents, ne pouvons pas le nettoyer. Les infirmières manifestent le dégoût”, affirme un parent de malade à IPS, à l'hôpital. Interrogés par IPS sur ce que leurs proches ont consommé avant de tomber malades, des parents ont donné des réponses variées. Le choléra est communément appelé la "maladie des mains sales". “On ne sait vraiment pas ce qui s'est passé. On a mangé tous du poisson frit à l'oseille, et personne d'autre que lui n'a fait de diarrhée depuis deux jours. On ne sait pas s'il a mangé quelque chose ailleurs”, déclare à IPS, Monique Mboko dont le fils est malade hospitalisé.

Complètement désemparée, une autre femme a affirmé que son enfant, qui vend des articles divers au marché Total de Brazzaville, aurait consommé des aliments infectés. “Si ce n'est pas l'eau en sachet, c'est la nourriture qu'on vend dans les bassines”, indique Antoinette Djaba dont le fils est également interné au CHU. L'épidémie de choléra, qui s'est déclarée à Brazzaville il y a quelques jours, a fait déjà cinq morts. La maladie, qui se manifeste par une diarrhée aiguë et des vomissements, est partie de Pointe-Noire, la capitale économique du pays, où l'épidémie sévissait depuis novembre dernier. Le gouvernement a dressé, le 7 février, un bilan de plus de 60 décès enregistrés, principalement à Brazzaville et Pointe-Noire. “A ce jour, les chiffres sont les suivants : département de Pointe-Noire, 3.197 cas pour 56 décès; département du Kouilou, 87 cas pour quatre décès, département de Brazzaville, six cas pour cinq décès”, a déclaré le ministre de la Communication, porte-parole du gouvernement, Alain Akoualat. Ces chiffres ne sont pas stables. Le professeur Henri Joseph Para, président du Comité de coordination nationale de gestion de la crise de choléra, a indiqué que chaque jour, de nouveaux cas étaient enregistrés. “Pour l'instant à Brazzaville, il n'y a pas une forte affluence de cas. Mais, à Pointe-Noire, nous avons encore enregistré 74 cas et cinq autres décès se sont ajoutés après les chiffres publiés par le gouvernement”, a-t-il dit à IPS. Selon Para, des actions sont en cours pour contenir la maladie, mais il manque de moyens financiers. “De l'argent pour acheter les médicaments, les voitures, les produits de laboratoire, les blouses, les produits d'assainissement et de protection. Le gouvernement a pris l'engagement d'alimenter notre budget, mais on attend toujours”, a-t-il déclaré, précisant que le premier budget, estimé à 2,4 millions de dollars, a été revu à la hausse. Selon une source des Nations Unies à Brazzaville, le gouvernement aurait assuré, au cours d'une réunion avec les partenaires internationaux, que les fonds devaient être dégagés cette semaine pour Brazzaville, car Pointe-Noire avait déjà reçu un début de financement de 120.000 dollars. Le gouvernement aurait également annoncé que le budget passerait à 3,5 millions de dollars. Le gouvernement se bat pour faire respecter des mesures élémentaires d'hygiène, comme se laver les mains avant et après les repas, bouillir de l'eau avant de la boire, et ne pas consommer des aliments cuits vendus dans les places publiques. Les autorités ont également interdit la vente des boissons non stérilisées, des glaces et yaourts fabriqués de façon artisanale, destinés à la consommation. Le directeur général de la santé, Damase Bozongo, exclut l'utilisation du vaccin contre le choléra, privilégiant les mesures préventives. “Nous savons tous…que le vaccin du choléra ne dure que six mois. On ne va pas tout de même vacciner tous les six mois les populations. C'est pourquoi nous faisons la promotion des règles élémentaires d'hygiène”, a-t-il soutenu.

Pour sa part, le représentant au Congo du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), Dr Koen Vanormelingen, a révélé à IPS que l'UNICEF avait dégagé 100.000 dollars pour appuyer les autorités sanitaires dans la gestion de l'épidémie. Selon des témoignages recueillis des habitants à Pointe-Noire, l'affluence des cas de diarrhée dans les centres hospitaliers de cette ville était d'abord attribuée à la consommation d'un riz avarié. Près d'un mois après, l'épidémie a pris une grande ampleur. “A Pointe-Noire, c'était essentiellement dû à la contamination de l'eau des puits et des forages. Les prélèvements faits par le ministère de la Santé montrent que la nappe phréatique était contaminée. C'est un grand problème, et il faut s'assurer que toute l'eau de consommation à Pointe-Noire est potable”, a indiqué Vanormelingen. Médecins sans frontières (MSF), une organisation non gouvernementale, qui appuie l'équipe des médecins à Pointe-Noire, estime par ailleurs que la situation pourrait être maîtrisée à Brazzaville, si la gestion de la crise se faisait normalement. “A Brazzaville, la maladie vient de commencer. Et comme on a pris les choses trop tôt, avec un peu de mobilisation sociale, la disponibilité d'eau potable et une bonne prise en charge, on évitera le pire”, explique à IPS, Judy McConnery, chef de MSF au Congo. Elle met garde contre une aggravation de la situation. “S'il a fallu attendre 2.000 cas pour donner l'alerte à Pointe-Noire, à Brazzaville, par contre, les risques de généralisation de l'épidémie sont importants”, a indiqué McConnery. “A cause des pénuries constantes d'eau potable et des débordements des égouts pendant les pluies; et parfois les canalisations de distribution d'eau potable sont exposées à l'air libre, et donc à des risques de contamination”. Entre novembre et janvier, la pluie est tombée abondamment à Pointe-Noire et Brazzaville, inondant des quartiers dans la capitale, faisant sept morts.

La précédente épidémie de choléra a touché le Congo en 1998, pendant la guerre civile. La maladie, qui avait touché les sites des sinistrés et des déplacés de guerre, avait pu être jugulée rapidement sans faire trop de dégâts.