NAIROBI, 25 jan (IPS) – Les quelque 50.000 participants au Forum social mondial (FSM) de Nairobi n'ont pas besoin de chercher loin des signes de pauvreté. A sept kilomètres à peine, à l'est du bruyant Stade Moï, le long d'un sentier sale, se trouvent des habitations éparpillées, construites en terre de barre, des maisons en planches et en tôles rouillées. Et bon nombre d'habitants de ce quartier n'ont pas entendu parler du FSM.
C'est un monde éloigné des débats passionnés du forum sur un 'Autre monde' et la mondialisation. Ici, des jeunes gens et jeunes filles sont occupés à gagner leur vie. Dans un marché non loin de là, Mwangi James, qui vend des poulets, a déclaré : "Je sais que quelque chose se passe là-bas. Mais je ne sais vraiment pas ce que c'est".
Peter Muiga, un électricien, a ajouté : "J'aimerais aller au forum pour être instruit. Mais j'ai appris qu'on doit payer beaucoup d'argent au portail. Je n'ai pas d'argent".
Les organisateurs du FSM font payer aux participants des frais d'inscription allant jusqu'à 2.000 shillings kényans (Ksh) pour combler un déficit dans les cinq millions de dollars nécessaires pour abriter le forum — les Kényans doivent payer 500 Ksh.
Nairobi, la capitale de l'un des pays les plus pauvres au monde, constitue une étude en matière de contrastes : ici il y a une grande richesse, ainsi qu'une pauvreté profonde — avec tous les signes révélateurs de l'inégalité économique que les participants du forum veulent éradiquer.
Les Nations Unies le classent 152ème sur 177 pays en termes de développement humain, et la Banque mondiale indique que le revenu moyen dans le pays est de 460 dollars.
Quelqu'un dans le marché a dit à haute voix: "Ils essaient de régler des problèmes là-bas au stade", ce qui a amené James et Muiga à énumérer leurs problèmes : manque d'argent, peu de possibilités d'éducation…
"Trouver quelque chose à manger", a souligné Karmja, qui cherche un emploi depuis huit ans. Un autre homme a montré une jambe cassée des suites d'un accident de la circulation : "J'ai besoin de médicaments".
Nairobi abrite également au moins 200 bidonvilles, selon l'Organisation des Nations Unies pour l'habitat humain (ONU-Habitat). Des bidonvilles comme Kahawa Soweto, à deux pas du forum, dont les 4.000 habitants disent qu'ils placent leurs espoirs dans ce que font et disent les participants au forum. Dimanche, un groupe confessionnel a emmené Esthel Wangui et d'autres habitants du bidonville à une session du FSM sur le logement. "J'ai aimé cela parce qu'ils ont déclaré qu'ils supprimeront ce type de maison dans lequel nous vivons", a-t-elle dit. "J'aimerais être dans des maisons meilleures. Je comprends que toutes ces personnes sont venues pour s'occuper de nos problèmes".
Samuel Kahuhu est de cet avis, mais a ajouté : "Parler seulement ne changera pas les choses. Nous attendons de voir commencer une action concrète".

