NAIROBI, 5 déc (IPS) – La 12ème session de la Conférence des Parties de la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique a pris fin dans la capitale kényane, Nairobi, récemment sans qu'on fasse beaucoup mention des sources d'énergie plus propres.
Ceci était troublant, étant donné l'énorme potentiel pour des sources d'énergie de ce type en Afrique — et du fait qu'un tiers de la population mondiale, le gros venant du continent, n'a pas actuellement accès à l'électricité.
Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, le bois fait partie des principales formes d'énergie dans la plupart des ménages ruraux dans le monde en développement.
En Afrique, des alternatives d'énergie renouvelable comme l'énergie solaire, le vent et les ressources géothermiques demeurent largement inexploitées à l'exception du Kenya qui obtient environ 150 mégawatts (MW) — 10 pour cent de son énergie — des puits dans la Vallée du Rift dans l'est du pays. L'électricité produite par des sources géothermiques s'est révélée cruciale durant la sécheresse en 2001, lorsque des barrages hydroélectriques avaient fermé pour manque d'eau. En 2002, au Sommet mondial sur le développement durable à Johannesburg, en Afrique du Sud, des gouvernements avaient rejeté une proposition visant à contraindre des pays à produire 10 pour cent de leurs besoins énergétiques à partir de sources d'énergie durables.
L'énergie géothermique, tirée de roches aussi chaudes pour atteindre une température de 345 degrés centigrade sous la surface de la terre, est abondante dans la Vallée du Rift : une fissure énorme de 9.500 km va du Liban jusqu'au Mozambique.
"Le potentiel de l'énergie géothermique au Kenya, en Ouganda et en Ethiopie est de 3.000, 1.000 et 250 mégawatts respectivement. Des trois, le Kenya, qui est en tête en terme d'exploitation de cette énergie, n'a réussi qu'à tirer quelque 150 mégawatts. L'Ethiopie a exploité deux mégawatts et l'Ouganda zéro", a souligné Stephen Karekezi, directeur du Réseau de recherche sur la politique énergétique en Afrique, un groupe de réflexion basé à Nairobi.
Le Kenya a annoncé des plans pour augmenter de 22 pour cent la contribution de l'énergie géothermique dans sa fourniture énergétique d'ici à 2019. Au nombre d'autres pays exploitant des sources géothermiques, figurent les Etats-Unis, le Japon, le Mexique, l'Italie, l'Indonésie et les Philippines; l'une des plus vieilles centrales au monde est en exploitation depuis 1904 à Lardarello, en Italie.
David Yuko, un consultant kényan en énergie renouvelable, a beaucoup défendu l'énergie géothermique dans les pays en développement comme une alternative beaucoup moins coûteuse par rapport aux systèmes énergétique conventionnels à grande échelle qui requièrent un investissement énorme.
"Des centrales électriques peuvent être construites sur une base modulaire, et peuvent être agrandies au fur et à mesure que les ressources deviennent disponibles. La plupart des technologies d'énergie renouvelable sont disponibles à des coûts d'investissement modestes. L'énergie géothermique réduit l'importation des énergies fossiles, et rien que ceci économise des devises étrangères", affirme-t-il.
"Elle n'est ni sensible à la sécheresse ni sujette aux effets directs des prix globalement instables de l'énergie fossile".
Le Kenya a lancé une exploration géothermique de surface peu après l'indépendance vis-à-vis de la Grande-Bretagne en 1963. Deux puits ont été forés à Olkaria à Naivasha, à quelque 100 km de Nairobi. Dans les années 1970, plus d'études de faisabilité ont été effectuées entre Olkaria et le lac Bogoria, un lac d'eau de source chaude dans la Vallée du Rift. En 1981, la toute première centrale d'énergie géothermique d'Afrique a été mise en service, fournissant quelque 15 MW au réseau électrique kényan. En 1986, l'énergie géothermique occupait une place importante dans tous les plans énergétiques du pays.
Il existe de nombreuses utilisations pour cette forme d'énergie propre qui libère des quantités négligeables de dioxyde de carbone, comparé aux émissions provenant des centrales électriques tournant à base de carburant. Les fumées s'échappant des centrales d'énergie géothermique sont pour la plupart du temps une vapeur respectueuse de l'environnement.
Dans une ferme d'horticulture à Naivasha, la chaleur géothermique est utilisée pour contrôler les niveaux d'humidité la nuit afin de réduire les incidences des maladies fongiques. A proximité d'Eburru, la vapeur géothermique à basse température est utilisée pour sécher des fleurs de pyrèthres.
'Le prix de l'énergie', un dossier faisant autorité, préparé par la 'New Economics Foundation', un groupe de réflexion au Royaume-Uni, a une bien mauvaise opinion de l'énergie combustible pour Afrique. Il note que le montant des dépenses annuelles de la Banque mondiale sur les projets d'énergie conventionnelle, s'il était réorienté vers des installations solaires à petite échelle en Afrique, approvisionnerait 10 millions de personnes en électricité.
Karekezi a déclaré qu'au Kenya, les avantages économiques des sources d'énergie renouvelable ont ouvert la voie à des initiatives respectueuses de l'environnement utilisant ces sources. "Nous avons accru l'intérêt des énergies renouvelables en mettant l'accent sur les avantages économiques comme la création d'emploi, des coûts plus bas de l'énergie et des factures d'importation. Les gens sont plus préoccupés par les problèmes économiques à cause des niveaux élevés de pauvreté. L'environnement occupe une place relativement peu élevée sur la liste des priorités de plusieurs communautés et gouvernements", a-t-il noté. De nouveaux emplois ont également été créés à travers la construction, l'entretien et l'exploitation des sources d'énergie géothermique au Kenya. Selon Yuko, "des créneaux spécialisés, en particulier pour des applications directes de l'énergie géothermique, ont bénéficié des opportunités émergentes". (* Cet article fait partie d'une série de papiers sur le développement durable rédigés par IPS-Inter Press Service et IFEJ-Fédération internationale des journalistes environnementalistes).

