TRAVAIL-ZAMBIE: Des Mesures Disciplinaires Pour Les Médecins En Grève.

LUSAK, 10 juill. (IPS) – La société civile zambienne et le
principal
syndicat des travailleurs du pays, ont condamné une nouvelle loi
qui donne à
l'association des médecins le droit de punir les docteurs des
centres de
santé publics, qui participent à une grève.

Le congrès des syndicats zambiens (ZCTU), la principale centrale
syndicale
du pays, déclare que la décision est non seulement un empiétement
sur le
droit d'expression des travailleurs, mais qu'elle est aussi
indigne d'une
société démocratique.
En réagissant face à la nouvelle loi annoncée par le ministre de
la santé,
Nkandu Luo, le secrétaire général adjoint du ZCTU, Alfred
Nyirenda, a
déclaré : "C'est pourquoi le ZCTU lutte pour que le droit de
grève soit
mentionné dans la Constitution . . . ".
Les syndicalistes zambiens, y compris le président Frederick
Chiluba, ancien
chef du ZCTU, menaient une lutte pour que le droit de grève soit
mentionné
dans la Constitution, depuis les années du règne de l'ancien
président
zambien, Kenneth Kaunda, qui a été démis de ses fonctions en 1991.
La nouvelle loi autorise l'organe directeur des médecins zambiens,
l'association des médecins zambiens (MAZ), à punir tout médecin
participant
à la grève. Déjà, la MAZ a demandé à 80 jeunes médecins du centre
hospitalier universitaire (UTH) de Lusaka d'expliquer pourquoi une
mesure
disciplinaire ne devrait pas être prise contre eux à cause de leur
participation à la grève de juin.
Les docteurs de l'UTH se sont mis en grève pendant plus d'une
semaine pour
protester contre leurs mauvaises conditions de travail et leurs
salaires.
Les docteurs des hôpitaux publics gagnent environ 200.000 kwachas
(l'équivalent de 100 dollars américains) par mois. Un dollar
américain
équivaut à peu près à 1900 kwachas.
Etant donné qu'un produit de base tel que le plat de maïs coûte
18.000
kwachas, et que la location d'une maison modeste revient au moins
à 100.000
kwachas, les docteurs zambiens du secteur public arrivent à peine
à joindre
les deux bouts, bien que le gouvernement leur accorde des
logements.
Un influent militant des droits de l'homme, Alfred Zulu de
l'équipe
indépendante de contrôle (ZIMT), a déclaré que la nouvelle
législation du
travail viole les conventions internationales signées par le
gouvernement
zambien.
"En tant que signataire officiel de la convention de l'O.I.T.
(organisation
internationale du travail), le gouvernement a mal fait de publier
un tel
instrument statutaire qui représente clairement une violation des
droits de
l'homme et du travail. Cet instrument devrait être réexaminé", a-
t-il dit.
Bumba Mulenga, clerc dans une entreprise privée de Lusaka, a
affirmé : "La
loi a non seulement fait reculer la Zambie de plusieurs décennies,
mais elle
a aussi montré que les syndicalistes sont les pires dirigeants
qu'un pays
puisse avoir.
"Ces mêmes gens (les membres du gouvernement de Chiluba) ont été
les
champions des droits du travail lorsqu'ils étaient dans
l'opposition, mais
maintenant ils ont changé de position. Comment peut-on les croire
?", s'est
enquis Mulenga.
Le gouvernement de Chiluba a eu tendance à éviter la grève avec
des
tactiques cruelles. En mars, par exemple, un projet de grève
nationale,
organisé par le ZCTU n'a pas pu avoir lieu parce que le ministre
du travail,
Newstead Zimba, un ancien syndicaliste, a menacé de renvoyer tous
les agents
de l'Etat qui participeraient à la grève.
En outre, dans la ville touristique de Livingstone, à la frontière
avec le
Zimbabwe, les agents municipaux qui sont allés en grève pour
n'avoir pas
perçu leurs salaires pendant sept mois, sont retournés
immédiatement à leurs
postes lorsque le responsable de la municipalité les a menacés de
renvoi.