EDUCATION-NAMIBIE: ''Pas étonnant que nos taux d'admission soient si faibles''

WINDHOEK, 26 oct (IPS) – "Dieu a regardé mon travail et il en était satisfait. Mais lorsqu'il a regardé mon salaire, il a pleuré", indique l'affiche générée par ordinateur dans le bureau de Norbert Booi au Collège d'enseignement secondaire A. Shipena, un établissement public dans la plus vieille banlieue de Windhoek, Katutura.

L'affiche en dit long sur ce qui traverse l’esprit du professeur d'anglais au moment où il feuillette la rubrique des petites annonces du 'Republikein', un des trois quotidiens de la Namibie.

"Il faut un miracle pour dispenser un cours sans des matériels didactiques de base", note-t-il, faisant allusion aux conditions de travail défavorables.

Mais Booi doit s'estimer heureux d'enseigner dans la capitale. Son homologue, Martin Natangwe, un ressortissant zambien, professeur de sciences dans la région de Kavango le long de la frontière nord de la Namibie, n'a pas été aussi chanceux.

La hutte qu'il partage avec son épouse et sa fille âgée de quatre ans vient directement de l'âge de fer — une espèce de poteau et de mélange de ciment et de sable. L'établissement lui-même ne dispose pas d'eau courante ou de toilettes. Les manuels et le matériel d'écriture manquent. Il n'y a pas de laboratoire pour des leçons pratiques de sciences. "Il est difficile de dispenser un cours. Rien d'étonnant que nos taux d'admission soient si faibles", affirme Natangwe.

Par ailleurs, la région de Kavango est sujette aux inondations. Les enseignants se préparent pour la saison pluvieuse. En dehors du taux élevé d'absentéisme, certains doivent donner des cours sous des arbres. D'autres devront se débattre dans des salles de classes inondées ou qui s'effondrent lorsque les structures de poteaux et d'excréments d'animaux ne peuvent pas résister au temps. Toutefois, Natangwe ne va nulle part ailleurs parce que son contrat de travail interdit aux étrangers de changer d'emplois. Pasilius Haingura, le secrétaire général de l'Association nationale des syndicats des enseignants namibiens (NANTU), confirme qu’un grand nombre parmi les 20.000 enseignants du pays veulent quitter la profession.

Tout en faisant remarquer que les enseignants namibiens sont mieux nantis que d'autres fonctionnaires en termes de salaires, Haingura dit que les conditions dans lesquelles les enseignants travaillent ne leur laissent d'autre choix que celui de chercher d'autres emplois. Il y a peu de mesures incitatives pour retenir les enseignants qualifiés.

"Les enseignants quittent non seulement les services publics pour des écoles privées, mais également pour des sociétés parapubliques et privées", dit-il. "Les conditions de service sont pitoyables". Les enseignants reçoivent des primes de logement et de transport, mais celles-ci sont trop insuffisantes pour compenser.

Ils doivent également faire face aux classes surpeuplées. "Dans la plupart des écoles publiques, vous pourriez voir quelqu'un qui doit s'occuper de 50 élèves, 15 fois plus que le taux escompté au plan international, et sans ressources", souligne Haingura. La NANTU estime qu'environ 2.000 enseignants du secteur public quittent le système chaque année, mais les collèges (écoles normales) et l'université ne peuvent produire que 1.200 remplaçants par an.

Le gouvernement namibien admet que tout ne va pas pour le mieux dans le secteur de l'éducation. Le vice-Premier ministre Libertina Amathila a exprimé récemment la préoccupation du gouvernement au sujet du départ des enseignants qualifiés de la profession à la recherche de cieux plus cléments.

En mars, le secteur de l'éducation a reçu la plus grosse part — environ 52 millions de dollars US — du budget national pour 2006/2007 sur quelque deux milliards de dollars. Toutefois, l'argent n'est toujours pas suffisant pour satisfaire toutes les demandes.

Au total, 90 pour cent du budget de l'éducation va vers les salaires, laissant très peu pour les constructions, le matériel et l'équipement. Il y a toujours une pénurie et une répartition inégale des enseignants qualifiés. Il y a trop peu de salles de classe pour accueillir le nombre croissant d'élèves. Souvent, des élèves mal préparés sont envoyés en classes supérieures.

La Namibie a adopté une politique de passage automatique des élèves chaque année, de la première année (cours préparatoire) à la 9ème année (fin du premier cycle), et de la 10ème à la 11ème année (de seconde en première), puisque les écoles pour la plupart n'ont pas de place pour les redoublants.

Cette année, le faible taux de passage aux examens de fin d'année a donné lieu à des appels en faveur de la réforme du secteur de l'éducation en Namibie. Sur les 13.850 élèves qui ont passé les examens de fin de scolarité du niveau 12 (terminale) en 2005, seulement 2.840 étaient qualifiés pour entrer à l'Université de Namibie et à l'Institut universitaire de technologie de Namibie. L'université et l'institut universitaire de technologie, qui offrent également des diplômes, se plaignaient d'avoir été contraints d'accepter des élèves qui ne peuvent ni parler ni écrire l'anglais fondamental.

Depuis l'année dernière, le gouvernement étudie les voies et moyens de revitaliser le secteur éducatif, en mettant l'accent sur le recrutement d'enseignants qualifiés de science et d'anglais.

A travers le nouveau Programme d'amélioration du secteur de l'éducation et de la formation (ETSIP) du gouvernement, celui-ci espère "produire des citoyens ayant une éducation secondaire de bonne qualité, des citoyens pouvant appliquer la science, utiliser l'information et ayant les aptitudes pour gagner de gros salaires", a déclaré le ministre de l'Education, Nangoloh Mbumba.

L'initiative met l'accent sur l'amélioration des qualifications des enseignants et le développement des connaissances scientifiques pour le marché de l'emploi.

Haingura de la NANTU n'est pas impressionné par le programme. "Ce qui nous préoccupe, ce sont des ressources pour attirer les enseignants dans la profession", souligne-t-il.

Il se demande si le gouvernement peut financer l'ETSIP. Le gouvernement cherche à mobiliser quelque 322 millions de dollars US au cours des cinq prochaines années pour financer le plan.

Selon Toivo Mvula, chargé de presse et d'information au ministère de l'Education, "le problème est que les collèges de nos enseignants (écoles normales) n'ont pas la capacité de produire assez d'enseignants".

Il a indiqué à IPS que dans le cadre de l'ETSIP, le gouvernement envoie des enseignants au Zimbabwe et à Cuba pour une formation en anglais, en mathématiques et en science.

Cinq nouvelles écoles ont été construites à Windhoek, la capitale namibienne, et quelques-unes ont été réfectionnées pour réduire les pénuries de salles de classe enregistrées au début de cette année.