AFRIQUE DU SUD: La montagne de la Table ouvre des voies aux chômeurs

LE CAP, 19 oct (IPS) – "Il y a tellement d'histoires à raconter sur la montagne, les plantes et ce qu'elles signifient pour mon peuple. La randonnée à pied est un merveilleux moyen d'en apprendre davantage aux touristes sur ma culture", déclare Noluthando Mathe, âgée de 27 ans.

Elle fait partie des quelque 420 chômeurs de longue durée qui ont été recrutés dans le cadre du programme de travaux publics prolongés au Parc national de la montagne de la Table (TMNP) dans la ville côtière du Cap.

Le programme d'un montant de 4,6 millions de dollars vise à donner un coup de pouce au développement social et à la réduction de la pauvreté tout en redressant l'économie du tourisme régional et en protégeant la biodiversité de ce qui est probablement le plus célèbre repère de la ville.

Le projet, avec un financement du ministère de l'Environnement national et du Tourisme, permet au parc d'aménager les 'Hoerikwaggo Trails' (les pistes de Hoerikwaggo). Hoerikwaggo est le mot que les Khoi, les premiers habitants de la région, utilisaient pour la montagne de la Table, et signifie "Montagne dans la mer".

Pour aménager les pistes, le parc est en train de recruter et de former des chômeurs des townships environnants dans un certain nombre de domaines, allant de la construction jusqu'à la conservation de l'environnement, en passant par la sécurité et le métier de guide.

Les townships sont des zones qui ont été aménagées pour des populations noires sous l'apartheid. Aujourd'hui, ils sont généralement des régions pauvres, où le chômage et ses problèmes y afférents sont endémiques.

Lorsqu'il sera achevé, le parc aura aménagé quatre pistes de Hoerikwaggo — dont trois ont déjà été lancées au cours des 18 derniers mois. La quatrième et la piste la plus difficile, la 'Hoerikwaggo Classic Trail' (Piste classique de Hoerikwaggo), conduira les randonneurs dans un voyage de six jours du Cap de Bonne-Espérance à la montagne de la Table. Déjà, cette piste mémorable est en train d'être comparée à la Piste Inca au Pérou.

Toutes les pistes ont à leur tête des guides experts recrutés dans les communautés voisines, qui étaient précédemment au chômage. Mathe vit dans le township de Masiphumelele à Fish Hoek.

Avant de devenir une guide, Mathe est restée au chômage pendant longtemps. Alors qu'elle s'est proposée pour un programme environnemental communautaire, elle a appris que le TMNP recrutait des guides et a postulé immédiatement. Elle avait dû passer par un processus de sélection difficile qui a duré douze jours, et était follement heureuse lorsqu'elle a décroché le job. Après une formation rigoureuse d'un an et demi, elle a officiellement obtenu le diplôme de guide en avril 2006. Devenue maintenant une professionnelle fière possédant une connaissance complète de la sécurité, des premiers secours, de la navigation, de la géologie et de l'histoire, Mathe dit qu'elle aime parler aux visiteurs de son héritage.

Selon le coordonnateur à la formation de Hoerikwaggo, Fran Hunziker, les guides ont également l'avantage du contact : "Les visiteurs ont la chance d'en apprendre un peu plus sur notre culture locale. D'autre part, nos guides entendent parler du style de vie à l'étranger".

L'expérience a rendu Mathe plus sûre d'elle. Elle est maintenant déterminée à explorer les opportunités offertes dans l'industrie touristique sud-africaine en plein essor. "Cet emploi m'a donné l'opportunité d'offrir à ma fille une vie meilleure. De plus, je suis en train de donner un bon exemple".

En conséquence, les ambitions de son enfant de dix ans sont déjà en train de dépasser les siennes, affirme Mathe. "L'autre jour, elle m'a dit qu'elle voulait être psychiatre".

Même si le parc désire vivement les conserver comme guides, ils se sont assurés que leur formation leur permet de s'épanouir au sein de l'industrie. "Leurs certificats de guide sont conformes aux normes nationales de qualification", affirme Hunziker. "Cela signifie que les guides peuvent utiliser leurs diplômes partout dans le pays et qu'ils peuvent facilement parfaire leurs connaissances en prenant des cours supplémentaires".

Bien que Grabeth Nduna (30 ans) se sente "très privilégié" d'être un guide de Hoerikwaggo, lui comme Mathe, rêve d'élargir ses horizons au moment opportun. "J'aimerais démarrer ma propre entreprise touristique", dit-il. "Diriger une affaire signifie que vous devez trouver de nouvelles idées tout le temps. Cela vous met en vedette".

Hunziker explique qu'à la longue, l'administration du parc envisage que ces guides travaillent comme entrepreneurs indépendants, qui vont faire de la sous-traitance pour le parc, ainsi que pour d'autres. Toutefois, jusqu'à ce que les pistes deviennent un succès, les guides travailleront sur un contrat fixe.

"Nous ne voulons pas qu'ils démarrent une affaire s'il n'y a pas encore un marché pour leurs services. D'autres programmes ont commis cette erreur", souligne Hunziker.

Intitulée 'Construire des pistes, bâtir des hommes', la phase de construction du projet de Hoerikwaggo est en train d'employer et de former environ 300 personnes dans le cadre du programme national de travaux publics de longue durée. Eux aussi étaient des chômeurs recrutés dans des communautés avoisinantes.

Ils remettent en état les pistes existantes, ouvrent de nouvelles voies et réalisent de nouveaux réajustements pour les Pistes de Hoerikwaggo.

Tous les travailleurs reçoivent une formation sur place et plusieurs ont l'opportunité de finir des programmes de formation accrédités dans un collège local. "L'idée est que les travailleurs auront tous développé des aptitudes qui leur permettront de rivaliser sur le marché libre, une fois que le programme prendra fin", indique Lwandiso Reve, responsable du projet de construction des équipes chargés des sentiers pour piétons.

Par ailleurs, le parc aspire à développer 40 petites et moyennes entreprises d'ici à mars de l'année prochaine.

Reve explique qu'ils ont désigné un certain nombre de travailleurs comme responsables d'équipes, qui, à leur tour, emploient leurs propres équipes de 12 à 15 personnes. Soutenus par un cours de connaissances commerciales et sous la direction des responsables du projet, les chefs d'équipe ont en charge le paiement des membres de leurs groupes et doivent gérer leurs propres comptes professionnels. "Une fois qu'ils finiront leur travail pour le parc, ils auraient développé des aptitudes et une expérience leur permettant de louer leurs services à d'autres organisations", déclare Reve.

Les Pistes de Hoerikwaggo ne fournissent pas seulement l'emploi aux townships environnants. La devise du Parc national de la montagne de la Table — 'Le parc pour tous, le parc pour toujours' — reflète la nécessité de rendre la montagne accessible et de susciter un intérêt pour la protection de l'environnement. Par conséquent, la Piste populaire a été aménagée pour attirer des jeunes des townships du Cap.

Au départ, le plan était de construire seulement le 'Hoerikwaggo Classic Trail' (Piste classique de Hoerikwaggo). Cependant, après réflexion, affirme le responsable de piste du TMNP, Stephen Lamb, le 'concept de Robin des bois' a été développé. Pour aider à financer la Piste populaire, le TMNP a conçu la Piste luxueuse de la montagne de la Table, destinée à la classe huppée du marché touristique.

La Piste populaire de deux jours (avec un séjour d'une nuit) est une randonnée éducative guidée, qui donne aux jeunes randonneurs l'opportunité d'avoir des connaissances sur l'environnement et sa protection, et, également important, leur permet de jouir du plaisir d'être en haut des montagnes.

Pour plusieurs Sud-Africains, c'est une première, souligne Lamb.