SANTE-AFRIQUE: Amener les accoucheuses traditionnelles dans le courant dominant

MAPUTO, 27 sep (IPS) – Dans un monde idéal, toutes les femmes d’Afrique devraient avoir accès aux dispensaires, aux infirmiers, aux obstétriciens, aux médicaments : la panoplie du personnel et d’équipement nécessaires pour sécuriser autant que possible le processus de l’accouchement.

A défaut de cela, qu’est ce qui peut être fait pour réduire les risques qui viennent avec l’accouchement des bébés? D’abord, améliorer les connaissances des accoucheuses traditionnelles (TBAs), affirment des délégués qui se sont retrouvés la semaine dernière au Mozambique à une rencontre de l’Union africaine (UA) sur les soins de santé sexuelle et de la reproduction.

’’Nous devons chercher à actualiser leurs connaissances pour qu’elles ne soient pas des TBAs, mais soient à un niveau supérieur, comme les sages-femmes’’, a déclaré aux journalistes dans la capitale mozambicaine, Maputo, Thoraya Ahmed Obaid, directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population.

’’C’est important, puisque dans certaines communautés, les TBAs sont les seuls dispensateurs de soins de santé de la reproduction présents’’.

Un plan d’action, adopté vendredi par les ministres de la Santé de l’UA, souligne cette nécessité, promettant de ‘’renforcer la capacité de toutes les catégories de dispensateurs de services de soins de santé sexuelle et de la reproduction et de droits (SRHR), y compris les infirmiers (et) les TBAs…’’ L’initiative marque une rupture avec les précédentes attitudes vis-à-vis des matrones, qui ont souvent occupé la deuxième classe par rapport aux agents de santé accrédités –- qui ont l’avantage d’une formation formelle. Dans un article publié par IPS en février de l’année dernière (SANTE-KENYA : Des accouchements plus sûrs nécessitent-ils une rupture avec la tradition?), la directrice de la division santé de la reproduction au ministère de la Santé du Kenya, Josephine Kibaru, notait que l’utilisation des TBAs sapait les efforts pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).

Huit OMD étaient convenus par des dirigeants de la planète au Sommet du millénaire pour le développement, qui s’est tenu en 2000 aux Nations Unies, à New York. Ils comprennent un objectif de réduction de la mortalité maternelle de trois quarts, d’ici à 2015.

Mais, Kibaru a réévalué sa position.

’’Nous ne pouvons pas juste nous asseoir et continuer par pratiquer la politique de l’autruche. Les TBAs sont là dans nos communautés. Nous devons travailler ensemble avec elles, les encourageant à envoyer les femmes enceintes dans les centres de santé assez tôt’’, a indiqué Kibaru à IPS.

Au milieu des craintes que plusieurs TBAs n’orientaient pas les femmes qui avaient des complications liées à l’accouchement vers des dispensaires et hôpitaux à temps pour éviter que ces problèmes ne conduisent à la mort, des efforts ont été faits pour décourager les matrones de faire des accouchements au Kenya. Elles sont maintenant exhortées à s’impliquer dans des activités comme la distribution de contraceptifs, a souligné Kibaru.

Des sages-femmes à la retraite ont été également rappelées pour offrir aux femmes la chance d’avoir des bébés avec un personnel qualifié de service.

Mais, la réalité reste qu’environ un quart de toutes les naissances dans ce pays d’Afrique de l’est sont faits sous la supervision des TBAs, selon des statistiques gouvernementales.

Ce qui ne peut également pas être réfuté est que nombre de femmes se sentent plus à l’aise avec des accoucheuses traditionnelles.

’’Ces femmes trouvent les TBAs d’un plus grand soutien pour elles parce que les TBAs ne s’occupent que d’une seule femme à la fois, tandis qu’une sage-femme qualifiée dans un hôpital a tendance à manquer de soutien individuel pour la femme –- étant donné qu’elle doit s’occuper d’autres cas également’’, a dit à IPS, Eddie Mhlanga, professeur de gynécologie et d’obstétrique à l’Université du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud.

Lorsque ces sages-femmes qualifiées sont présentes, c’est cela.

’’Nous devons voir comment amener les TBAs dans les systèmes sanitaires pour qu’elles puissent réduire l’impact de la fuite des cerveaux, en particulier dans des centres pour soins de santé primaires’’, a souligné Mhlanga.

Comme on le note fréquemment, la migration des professionnels africains de la santé vers les pays plus riches –- occasionnée par le bas salaire et les mauvaises conditions de travail –- a mis à rude épreuve les services de santé à travers le continent, en particulier dans des zones rurales. Cela a contribué à une situation où l’Afrique porte plus de 24 pour cent du fardeau des maladies dans le monde entier, avec l’assistance de juste trois pour cent des agents de santé (ces statistiques sont tirées de ‘Travailler ensemble pour la santé’, le Rapport 2006 sur la santé dans le monde, produit par l’Organisation mondiale de la santé.) Selon Warren Naamara, coordonnateur national au Ghana pour le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA, attirer les accoucheuses traditionnelles dans le système de santé impliquera qu’on leur donne le moyen de travailler dans un environnement propre, sûr –- et l’éducation également.

’’Il s’agira de former les TBAs en leur disant jusqu’où elles peuvent aller et jusqu’où elles ne peuvent pas aller. Il y a certaines choses qu’elles ne peuvent pas faire, comme la chirurgie’’, a-t-il expliqué.

‘’Là où elles anticipent des complications, qu’elles réfèrent ces cas vers le centre d’accouchement le plus proche, parce que leur travail les a formés pour détecter une femme qui pourrait ne pas accoucher sans problèmes’’.