LE CAP, 7 sep (IPS) – A la récente rencontre du Fonds pour l'environnement mondial (FEM) qui s'est tenue au Cap, en Afrique du Sud, le mot clé était "partenariat".
Même si le fonds est lui-même basé sur une collaboration entre le Programme des Nations Unies pour le développement, le Programme des Nations Unies pour l'environnement et la Banque mondiale, il dépend également de partenariats avec d'autres agences de l'ONU — et des banques de développement — pour effectuer son travail.
Mais, que signifient en pratique ces partenariats? Et plus important encore, comment se traduisent-ils en avantages pratiques pour les pays en développement, où le FEM focalise ses efforts sur l'amélioration de l'environnement? IPS a rencontré Rodney Cooke, un directeur au Département de gestion de programmes du Fonds international pour le développement agricole (FIDA), pour discuter de ces questions. Le FIDA est l'une des agences qui mettent en œuvre des projets pour le FEM, qui avait vu son propre financement renfloué avec plus de trois milliards de dollars durant les discussions des 29 et 30 août au Cap.
IPS: D’abord, pourquoi mettre une organisation qui se focalise sur l'agriculture à la même table que le FEM? Rodney Cooke: Le FIDA est fondamentalement dans les affaires de réduction de la pauvreté rurale. Puisque la plupart des personnes vivant dans des zones rurales dépendent directement ou indirectement de l'agriculture, une voie clé pour améliorer leurs moyens de subsistance est de rendre leurs systèmes de culture plus profitables. Immédiatement, cela nous amène, si vous êtes sur des sols pauvres avec des pluviométries peu fiables, vers des questions environnementales. Qui prend les décisions environnementales (en zones rurales)? Ce sont les fermiers. Ces gens décident s'ils vont utiliser un système agricole ou un autre, s'ils vont abattre les arbres. Donc la raison pour laquelle il y a une symétrie, si vous voulez, entre le FIDA et le FEM est que nous mettons l'accent sur les agriculteurs pauvres, des gens qui vivent dans des zones rurales — et ce sont ces gens qui prennent les décisions au niveau local qui affectent les questions de l'environnement mondial.
IPS: Pourriez-vous me donner un exemple de projet où le FEM et le FIDA ont pu travailler ensemble? RC: Rappelez-vous, vous devez avoir une activité nationale sur laquelle le FEM peut financer quelque chose ayant des avantages globaux. Par conséquent, il aura toujours fallu que nous ayons une idée ou une activité en cours pour laquelle nous pouvons ensuite aller au FEM pour dire voyez, ceci est quelque chose avec lequel nous pouvons prouver (de tels avantages).
Au Kenya, nous avons la gestion d’un certain nombre de ressources naturelles communautaires, ou des programmes d'amélioration de sources de revenus basés sur la communauté. L'un d'eux est le Mont Kenya. (La région en question) est contiguë à une zone protégée au sommet de la montagne. Par conséquent, dans nos discussions avec le FEM, puisque le parc national est une ressource mondiale, nous avons conçu une composante dans ce programme traitant de la contribution relative à la préservation de la biodiversité sur le Mont Kenya, et également la réduction de la dégradation de la terre — en d'autres termes, des pratiques de gestion durable de la terre.
IPS: Vous avez constaté dans un exposé, à la rencontre du FEM, que les bénéficiaires des projets FIDA sont des gens dont la première préoccupation est la survie et l'amélioration de la productivité agricole, plutôt que l'environnement…
RC: Si vous vivez avec un dollar par jour dans une région dont la terre est pauvre, votre souci est comment vous nourrir, vous et vos enfants. Cela me rappelle une table ronde que j'ai conduite à Johannesburg au Sommet mondial sur le développement durable (en 2002) qui était intitulée 'Survie ou une vie meilleure'. IPS: Etes-vous cependant en train de noter une prise de conscience accrue de la part de ces communautés? RC: La priorité des gens pauvres est comment produire assez de vivres pour eux-mêmes et leurs familles. C'est leur préoccupation — cela doit être leur souci. Nous pouvons discuter de la production d'une culture différente ou d'une culture d'une manière différente, c'est bien.
Mais, ces gens savent que si cela marche seulement pour une saison, alors cela n'a pas fonctionné. C'est de cette façon que leur prise de conscience est arrivée.
IPS: Et y-a-t-il un effet "attrayant" avec des projets ayant réussi? Les gens dans les communautés adjacentes prennent-ils note de ces initiatives, pour essayer de les reproduire? RC: Oui, nous sommes en train d'assister à cela; c'est une mesure importante de l'efficacité du FIDA. Le Maroc est un bon exemple typique.
Ce dont nous parlons ici, ce sont des moutons et des chèvres dans une région aride au Maroc, qui étaient en train de pâturer à l'excès dans la région. Alors, ce que nous avons fait dans notre programme a été de nous mettre d'accord avec les gens (dans la région) afin qu'ils se mettent en coopératives sur la base de leurs clans et des systèmes de villages, qui conviendraient qu'ils ne pourraient plus continuer (avec le pâturage excessif). Notre projet leur fournirait de la nourriture pour qu'ils n'autorisent plus le pâturage dans certaines régions de leurs prairies : ils laisseraient les prairies récupérer, se régénérer, parce que les animaux ne piétineraient et ne mangeraient plus tout ce qui est à portée.
Et alors, ils ont accepté de financer en fait la fertilisation, en payant l'argent de leurs propres coopératives.
Ce projet a fonctionné pendant six ans dans 200 villages. La clé de ce succès a été d'avoir une approche différente, une organisation différente des gens, auxquelles ils ont eux-mêmes souscrit, qu'ils ont conçues, et voulaient voir réussir.

