DROITS: Une maladie terrible appelle une lutte plus terrible

TORONTO, 31 août (IPS) – L'inégalité de genre est devenue le point focal de l'épidémie du VIH/SIDA, notamment en Afrique, où 70 pour cent des personnes infectées sont des femmes.

Une nouvelle agence internationale puissante pour des femmes est nécessaire pour inverser cette situation et aborder le problème grandissant de violence contre les filles et les femmes, estiment des experts et des défenseurs.

“Le viol est extrêmement répandu, notamment par les plus âgés qui sont infectés par le VIH et qui croient qu'avoir des rapports sexuels avec une vierge va les guérir”, a déclaré Betty Makoni, directrice exécutive de 'Girl Child Network' (Réseau des enfants filles), une organisation non gouvernementale zimbabwéenne.

Dans les zones rurales du Zimbabwe, un enseignant viole 30 ou 40 de ses élèves filles et cela reste impuni, a affirmé Makoni à la Conférence internationale sur le SIDA à Toronto, au Canada, qui a pris fin il y a deux semaines environ. “Où se trouve la mobilisation mondiale?”, a-t-elle demandé.

Le Réseau des enfants filles a aidé 30.000 filles regroupées dans 500 centres à travers le Zimbabwe, où on estime qu'une proportion de 25 pour cent de la population âgée entre 15 et 49 ans est infectée par le VIH. A la conférence, Makoni s'est vu décerner le Prix inaugural du Ruban Rouge par le Programme des Nations Unies pour le développement et l'ONUSIDA.

“Il n'y a aucun droit à la vie pour les femmes et les filles ici. Elles sont traitées comme des semi-esclaves”, a-t-elle dit.

Stephen Lewis, l'envoyé spécial de l'ONU pour le SIDA est de cet avis. “Nous n'allons jamais subjuguer la force épouvantable du SIDA que si les droits des femmes deviennent déterminants dans la lutte”, a-t-il indiqué à la conférence. “C'est une affaire horrible, mortelle, cette oppression des femmes dans tant de pays sur la planète”.

Les Nations Unies estiment que jusqu'à trois millions de femmes perdent leurs vies à cause d'une violence basée sur le genre et quatre millions sont vendues à la prostitution chaque année, alors que deux millions sont victimes de mutilation génitale. Une femme sur cinq est victime de viol ou tentative de viol.

Les femmes constituent également la grande majorité des analphabètes au monde à cause d'un manque d'opportunités d'éducation.

Pour attaquer ces problèmes énergiquement, Lewis en a appelé à l'ONU de créer une agence internationale pour défendre les droits des femmes, semblable à l'UNICEF. Ladite agence pourrait avoir un budget d'un milliard de dollar, engager un millier de gens et disposer d'une grande capacité opérationnelle partout où elle est sollicitée.

Lewis et ses partisans disent que l'agence pour les femmes serait à même d'appuyer et de financer ces programmes, arracher des dons et s'assurer que des femmes sont impliquées dans le développement, le commerce, la culture, la paix et la sécurité.

Les femmes dans la pauvreté rencontrent plus de problèmes que les hommes, mais des politiques et programmes de développement ne sont pas conçus pour accéder aux besoins des filles et des femmes, souligne Joanna Kerr, directrice exécutive de l'Association pour les droits des femmes en développement, une organisation internationale de groupes de femmes, basée à Toronto, impliquée dans l'égalité de genre et des droits humains.

Les femmes ne touchent pas de salaires cash et ne sont pas autorisées à posséder des terres ou avoir des comptes en banque dans plusieurs endroits du monde, ce qui les laisse impuissantes et pauvres, a dit Kerr à IPS. “Dans plusieurs endroits du monde, les femmes ne peuvent même pas négocier l'utilisation de condoms. Le VIH/SIDA ne peut pas être efficacement traité sans qu'on ne touche aux causes premières de la pauvreté et de l'inégalité”, a-telle dit. Les programmes de prévention du VIH/SIDA seront inefficaces sans des programmes visant à réduire la violence contre les femmes, notamment les jeunes femmes. Ces problèmes ne sont pas typiquement africains mais sont valables également pour l'Asie du sud-est et l'Amérique latine, indique-t-elle.

“Il n'y a aucune voix puissante pour les femmes à l'ONU”, a souligné Kerr.

Par exemple, des jeunes filles sont violées chaque jour dans des camps de réfugiés, et une nouvelle agence de l'ONU pour les femmes dotée d'une forte capacité opérationnelle pourrait agir sur le terrain et assurer leur sécurité, a-t-elle dit. Une agence avec assez de personnel pourrait s'assurer que les besoins des filles et des femmes sont couverts, tels que les serviettes hygiéniques et la construction de systèmes adéquats de toilettes. “Ces choses évidentes ne sont souvent pas fournies”, a noté l'activiste.

L'ONU a actuellement une petite agence pour les femmes appelée UNIFEM — Fonds des Nations Unies pour les femmes — mais avec un budget relativement maigre de 40 millions de dollars, d'un mandat limité et d'un personnel sur place réduit, elle est loin de couvrir les besoins.

D'où viendra donc l'argent pour une agence de l'ONU pour les femmes? L'aide étrangère globale s'élève à plus de 100 milliards de dollars et on espère qu'elle atteindra 130 milliards d'ici à 2010, a déclaré Lewis au Comité de haut niveau sur la réforme de l'ONU, cet été.

“N'est-ce pas plus de la moitié de la population mondiale qui n'a pas droit à un pour cent du total?”, a-t-il demandé.

Le comité a la responsabilité de faire des recommandations concernant la réforme de l'ONU et pourrait recommander que l'Assemblée générale crée cette nouvelle agence.

Le besoin de créer cette nouvelle agence est “évident” et il y a une clameur grandissante pour l'action, affirme Kerr. “Je vois de gros autobus vides dans les rues de Toronto et je me pose des questions sur l'équitable distribution des ressources”, a indiqué Makoni, il y a deux semaines environ. “Au Zimbabwe, les filles qui avaient l'habitude de marcher sur 20 kilomètres pour l'école ne s'y rendent pas parce qu'elles n'ont pas de serviettes hygiéniques. Elles essaient d'utiliser plutôt des tiges”.

Mais c'est loin d'être certain que l'ONU va créer une agence forte et efficace pour des femmes, a admis Lewis volontiers. Il a demandé avec insistance à ceux qui étaient présents à la conférence de Toronto, dans son discours de fin en tant qu'envoyé de l'ONU, de “descendre dans l'arène contre l'inégalité de genre”.

“Il n'y a pas de vocation plus honorable et plus utile. Il n'y a rien de plus grande importance dans ce monde. Toutes les voies partent des femmes vers le changement social, et cela inclut la domination de la pandémie”, a-t-il conclu.